«La Lutte des classes» – Banc à part

L’un des seuls réalisateurs à pouvoir combiner intelligemment fable contemporaine et satire sociale, Michel Leclerc récidive. Léger et impertinent, le film déçoit dans sa conclusion.

Pour Sofia et Paul, inscrire leur fils à l’école publique est un geste plus fort qu’un bulletin dans une urne ou qu’organiser une grève à Bagnolet. Elle est une bagnoltaise pure souche, avocate à la carrière grandissante, preuve de la réussite du modèle républicain. Lui est un chanteur d’un groupe de rock dont le seul tube demeure « J’encule le pape ». On les devine marxistes adolescents, votant Jospin en avril 2002, faisant barrage à l’extrême droite un mois plus tard, croire en Jean-Luc Mélénchon, manifestant suite aux attentats de Charlie Hebdo. Animés des plus belles intentions, ils sont malgré eux confrontés à la crise de foi de l’école laïque, jusqu’ici tribune apparente du vivre ensemble. En effet, voilà que la plupart de leurs amis scolarisent leurs enfants dans l’’école catholique du coin et que leur fils revient en pleurs. Jusqu’ici inébranlables, les convictions de ces bobos (bien que ce mot ne veuille plus rien dire) banlieusards sont secouées par l’injustice du réel.

C’est leurs propres valeurs que Michel Leclerc et Baya Kasmi, hautement investis dans l’entreprise puisque co-auteurs et réalisateur pour lui, actrice pour elle, ont mises à mal. Ce couple qui doit réinventer sa vision du monde pour le bien de leur progéniture, c’est le leur. Ils luttent à leur manière, sans colère, loin des ronds points. Après Le Nom des gens ou Télé gaucho, Michel Leclerc poursuit le portrait d’idéalistes avec pour moteur sa mauvaise conscience et pour échappatoire l’humour gonflé.

Mixité scolaire

Sofia et Paul, (Leila Bekhti et Edouard Baer, brillants) que certains pourraient résumer par la devise « bobo, intello, gaucho », se différencient de la plupart des personnages des comédies sociales françaises. Chez Michel Leclerc, les protagonistes ne sont pas de simples caricatures. Pour lui, ce sont de braves gens, ridicules par moments, touchants à d’autres. Au dessus de leurs têtes volent des sujets aussi brûlants que la mixité sociale, le vivre ensemble, la place du religieux dans une société dite laïque. Autant de thèmes qui remplissent les plateaux des chaines toutes infos et font naître chaque jour de nouvelles polémiques sans réponse. Au lieu d’attaquer ces problématiques, Leclerc et Kasmi choisissent la lampe de poche, comme pour mieux cerner la raison de leur perte de repères. Ils poussent la satire sociale assez loin, montrent que dans l’expression “femme voilée”, il y a surtout femme, jusqu’à ce qu’Edouard Baer, désabusé et gêné s’adresse à Leila Bekthi en ces termes “Pardon, Chérie, mais nous sommes les seuls parents blancs de cette école”. Comment peut-on remarquer la différence alors qu’on s’est battu pour qu’elle demeure ?

A l’instar d’un illustre duo, Jaoui-Bacri, Leclerc-Kasmi écrivent des comédies sociologiques où l’individu est plus important que l’histoire. C’est leur force, mais aussi leur limite. Attachant et juste pendant la première heure, avec quelques beaux moments de cinéma à la clé (lors d’une fête associative, des traces de rouge à lèvres sur des visages permettent à Edouard de retrouver Leila), le récit s’essouffle pour déboucher sur certains poncifs évitables.

La copie rendue reste tout de même plus que satisfaisante, laissant exister un cinéma qui n’a pas la prétention d’éduquer les foules, mais de les faire rire avec des sujets à priori inabordables dans la comédie. Cela mérite la mention.

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