“JR” du FC Bergman – Expérience XXL

Pour quelques représentations exceptionnelles, le collectif anversois investit la Grande Halle de La Villette avec son adaptation hors-norme du roman de William Gaddis.

En 2016, le collectif FC Bergman avait enchanté le Festival d’Avignon et, quelques mois plus tard, le public parisien avec Het Land Nod (Le pays de Nod). Dans ce projet, les spectateurs étaient invités à s’installer dans la reconstitution à l’échelle 1 de la salle Rubens du Musée Royal des Beaux-Arts d’Anvers. Devant eux, un conservateur passablement dépassé et entouré d’assistants amorphes tentait de  faire sortir un tableau trop grand par une porte trop petite… sa mission se corsait encore quand deux visiteurs dissipés investissaient les lieux. Fable absurde, sans parole mais pleine de poésie, ce spectacle à la scénographie et aux images époustouflantes était une réussite totale et donnait très envie de revoir le collectif à l’oeuvre.

Dans JR, les belges de FC Bergman s’attaquent cette fois à un grand roman américain. Dans cet ouvrage publié en 1975, William Gaddis dresse une satire de la société américaine à travers le personnage de JR, un jeune garçon de onze ans qui amasse subitement une fortune à la bourse de Wall Street. Critique foisonnante, complexe (et parfois bavarde) d’un pays où l’argent est roi et obscène, le roman avait tout pour plaire aux membres du collectif.

Super-dispositif

Comme pour leur précédents projets, le dispositif de JR repose sur une scénographie gigantesque qui rappelle surtout celle de 300 el x 50 el x 30, un spectacle qui suivait la « vie » d’un village passablement dégénéré dont les habitations étaient reconstituées sur scène mêle théâtre et cinéma (inédit en France). Dans JR, le public est disposé en “ring” autour d’une structure de quatre étages divisées en cellules qui permettent de reconstituer un bureau, un restaurant, un appartement ou un wagon de métro new-yorkais etc. En fonction de sa place dans la salle, le spectateur voit directement les acteurs jouer ou regarde une projection filmée de la scène (qui sont toutes filmées en temps réel par des caméramans mobiles). Un choix qui évoque évidemment le travail de Julien Gosselin ou Cyril Teste mais dans une version XXL puisque plusieurs scène peuvent se dérouler simultanément et sur 4 étages. La pièce se jouant en néerlandais et la lecture des sous-titres étant obligatoire, pas forcément facile à suivre pour un public francophone…

La dispositif de “JR” – Crédit: FC Bergman

La profusion de décors, d’accessoires et de situations impressionnent forcément même si cette débauche n’est pas vraiment mise au service de l’histoire et qu’elle peut avoir tendance à épuiser le spectateur. Les passages les plus agréables sont, de loin, ceux où l’action et les dialogues se calment, où la musique prend le dessus de manière presque poétique, ce qui rappellent alors l’esprit d’ Het Land Nod. Mais, après 3h de show (4h avec entracte), les intentions du collectif ne sont pas évidentes et on perçoit mal l’enjeu de monter ce texte aujourd’hui et de cette manière. In fine, la critique de la société américaine, de ses perversions et des ses obsessions s’avère assez mécanique. Comme si toute l’énergie des membres avait été absorbée par les (énormes) besoins de régie liés à l’imposante scénographie mais que le poste de metteur en scène été demeuré vacant…

Jusqu’au 16 avril à La Villette (211 avenue Jean Jaures, Paris 19ème). Durée : 4h (avec un entracte). Tarif : 10-26€.

Chloë Braz-Vieira

Rédactrice en chef de la rubrique art. Toujours quelque part entre un théâtre, un film, un ballet, un opéra et une expo.

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