Flashback – 30 ans après : “Doolittle” des Pixies

Doolittle, album mythique des Pixies, fête ses 30 ans ce mois-ci. L’occasion de revenir sur ce disque fondateur le temps d’un petit Flashback.

Enregistré dans plusieurs endroits aux États-Unis, principalement à Boston et dans le Connecticut, cet album est le deuxième du groupe. On y retrouve des morceaux de rock sombre, aux rythmes surréalistes, qui penchent vers des thèmes comme la torture et la mort. Pour les amoureux du rock des années 80 aux États-Unis, cet album des ‪Pixies‬ n’est pas sans rappeler la rage et la façon de chanter de ‪Kurt Cobain‬, chanteur de ‪Nirvana‬.

Un album aux références multiples

Le 17 avril 1989, quand Doolittle sort, les ‪Pixies‬ sont un des meilleurs groupe au monde avec leurs allusions entre le punk rock et les ‪Beach Boys. L’album avait pour titre original Whore (littéralement “pute”) mais Black Francis, le chanteur du groupe, décidera finalement que ce nom n’était pas approprié en voyant le design final de la pochette. Il déclarera dans une interview : « Un singe avec une auréole, l’appeler Whore… ça aurait apporté plein de merdes qui n’auraient pas été vraies »

Le singe au dos de l’album Nevermind de Nirvana,
sortie deux ans après Doolittle,
n’est pas sans rappeler l‘artwork du disque des Pixies.

La couverture de leur album permet de s’immerger immédiatement dans cette ambiance sombre. Le singe mathématicien est une référence à la chanson Monkey Gone to Heaven, chanson qui exprime le mal-être d’un homme qui ne se sent jamais à sa place. Ce titre peu aussi être vu comme une référence à la bataille philosophique entre le Darwinisme et le Christianisme. Cette chanson a été choisie pour la pochette car c’est un véritable hymne dans lequel tout le monde peut se retrouver :

« Everything is gonna burn / We’ll all take turns / I’ll get mine too »

PIXIES – MONKEY GONE TO HEAVEN

Autrement dit, tout le monde vit sur la même planète et si une personne n’en prend pas soin, alors c’est l’ensemble de ses habitants qui en souffre. Les designers de la pochette, Simon Larbalestier et Vaughan Oliver, ont eu accès à tous les titres de l’album pour faire les graphismes et cela se ressent tant les références sont omniprésentes. En écoutant cet album, difficile de ne pas être marqué par ces quelques chansons, grâce à leurs rythmes, paroles ou significations, à l’image de Debaser, commençant par la voix déchaînée de Frank Black, comme possédé.

Ce titre est une référence à un court métrage de Louis Bunel auquel a participé Salvador Dali, Un chien andalou. Celui-ci commence par une scène où l’œil d’une femme est sectionné en deux par un rasoir. Ainsi, les paroles « Slicin’up eyeballs / I want you to know » illustre bien le film. C’est d’ailleurs ce morceau en particulier qui a inspiré ‪Nirvana‬ pour son célèbre Smells Like Teen Spirit. La chanson Wave of mutilation est aussi très référencée dans sa narration. Le protagoniste se suicide et explique qu’il est en train de couler, au sens figuré car submergé de problèmes mais également au sens propre car il meurt littéralement. Même si cet album est globalement très axé sur un univers sombre avec des thèmes funèbres, on y décele des chansons au rythmes très entraînant comme Here Comes Your Man, qui permet de s’immerger dans les années 80 aux États-Unis, comme l’époque décrites dans les séries ou la littérature. Impossible de ne pas se mettre à danser aux premières notes de ce morceaux.

Doolittle a aussi une dimension très spirituelle, parlant énormément de l’ancien Testament, des croyances religieuses et également des légendes urbaines. La chanson No. 13 Baby parle de toute la symbolique du numéro 13 et la femme décrite dans cette chanson n’est autre que la représentation du diable. Le numéro 13 est tellement devenu énigmatique que l’un des membres du groupe s’est fait tatoué un M, 13ème lettre de l’alphabet. Toujours en rapport avec la Bible, le morceau Gouge Away reprend l’histoire de Samson et Dalila. Ce récit biblique raconte la vie de Samson et de sa compagne, héros aux pouvoirs incroyables mais un peu trop vaniteux.

Mort et résurrection d’un groupe culte

Les ‪Pixies‬ sont toujours des monuments du rock, encore 30 ans après. Saviez-vous que le nom du groupe avait été choisi au hasard dans le dictionnaire ? Le groupe s’est peu après séparé, après une interview de Black Francis le 14 janvier 1993, et ce dernier l’annoncera d’ailleurs aux autres membres du groupe par téléphone ou par fax. Frank Black entamera sa carrière solo qui connaîtra moins de succès que ses anciens camarades. Ainsi, en 2006 il reprend son ancien pseudonyme et rejoint les ‪Pixies‬ pour une série de concerts et de nouveaux morceaux. Joe Santiago, le guitariste, fonde un groupe avec sa femme : The Martinis. ‪Kim Deal‬, la bassiste légendaire, intègre les Breeders et Dave Lovering, le batteur, devient magicien. En 2004, le groupe se reforme pour le plus grand bonheur des fans. Même sans Kim Deal (remplacée depuis fin 2013 par une certaine Paz Lenchantin), les Pixies continuent donc de passionner les foules, également admirés par les plus grands (Radiohead‬, ‪Nirvana, David Bowie‬, U2, ‪The Strokes‬, ‪Kings of Leon‬)‬. On peut d’ailleurs retrouver de nombreuses reprises de leurs titres par ces groupes phares, à l’image de Gouge Away, dernier titre de Doolittle repris en 2007 par ‪Mogwai‬, célèbre groupe de post-rock britannique.


30 ans ont passé mais pourtant, cet album reste un monument de la culture du rock, incontournable et indémodable à la fois qui mérite d’être (re)découvert.

Pixies – Doolittle (1989)

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