« Blanche comme neige » – Un conte sans saveur ?


Très attendu ce mois-ci, Blanche comme neige, le dernier film d’Anne Fontaine sortait en salle ce mercredi 10 avril.

Le cinéma d’Anne Fontaine passe d’un genre à l’autre avec liberté allant du thriller à la biographie ou de la comédie au récit érotique. Avec son dernier film elle se tourne vers la légèreté pour se réapproprier le conte des frères Grimm, Blanche Neige.

De croqueuse de pommes à croqueuse d’hommes

Claire (Lou de Laâge), travaille dans l’hôtel de son défunt père géré par sa belle-mère, Maud (Isabelle Huppert). L’amant de Maud, tombe amoureux de Claire et la marâtre, jalouse et blessée, engage non pas un chasseur mais une guérisseuse blonde à l’accent russe, pour assassiner la jeune femme qui doit disparaître. Sauver in extremis dans des bois brumeux par Pierre (Damien Bonnard que l’on avait pu voir dans le très beau Rester Vertical de Alain Guiraudie) qui la recueille au sein d’une bâtisse où il loge avec son frère jumeau et un contrebassiste solitaire et hypocondriaque incarné par Vincent Macaigne. Claire ne rencontrera pas sept nains dans ce pays vert et enchanté mais sept hommes qui succomberont tour à tour à son charme. Le film tente de deconstruire les anciens schémas et réflexes patriarcaux à travers ce personnage de Blanche Neige décompléxée. Le prince charmant n’existe plus et Claire trouvera en ces sept fantassins, la perfection additionnelle qui lui permettra de se révéler et de finalement se réveiller. Le personnage s’éveille donc au désir, et le satisfait comme bon lui semble avec une pureté et une candeur ingénue. Le film se positionne comme un contre-pied au dessin animé de Disney, aucun balai dans les mains de Claire qui découvre ses désirs et les accomplit en jonglant virtuosement avec les hommes en s’abandonnant dans les bras de quatre d’entre eux.

©Gaumont

Un conte féministe qui tourne court

Le conte est habituellement annonciateur de l’ouverture du vaste champ de l’imagination, du rêve, de la drôlerie et celui d’Anne Fontaine nous laisse pourtant dubitatif. La revisite féministe de l’histoire de la plus connue des ménagères se prend à son propre piège et le propos féministe ne fonctionne qu’à moitié. Le personnage de la belle-mère voit sa beauté se faner, et aigrie d’être invisible aux yeux des hommes, elle en devient méchante et cruelle. La mauvaise reine n’est autre qu’une femme qui n’accepte pas de vieillir et de voir la beauté et la jeunesse fleurir autre part. La méchanceté passe du côté de la vieillesse et c’est facile. Le film se veut transgressif et cherche à choquer “le petits bourgeois” mais la transgression s’éteint dans une mise en scène tirée à gros traits qui marque et enfonce au lieu de suggérer avec finesse. Les gros plans, la nudité picturale et ce flou romantique que portent les images ennuient plus qu’ils ne transportent.

Le personnage de Claire répète qu’elle découvre ses désirs et qu’elle a envie de les vivre, martelant avec les mots l’idée de la libération de la femme par la prise en compte de ses désirs et de sa sexualité, idée que le film nous explique pourtant déjà suffisamment par la mise en scène. S’il est important de parler du désir des femmes au cinéma – sujet déjà évoqué par Maze-, ce que le film fait très bien par ailleurs le personnage de Claire étant décisionnaire et à l’inititative de chacunes de ses aventures, les personnages ne s’émancipent pas de leur zone de confort et tous répondent à ce que l’on attend d’eux. Vincent Macaigne est appelé à faire le bourgeois coincé et hypocondriaque, et Benoît Poelvoorde l’émerveillé excentrique. Le film ne trouve pas son équilibre entre la comédie burlesque et transgressive et la reprise du conte initiatique. La musique est répétitive, les métaphores insistantes, et l’on ne peut entrer que partiellement dans un second degrès qui n’a pas été exploité jusqu’au bout.

Blanche comme Neige connaît pourtant des moments jubilatoires et amusants à travers la légèreté et l’insouciance qui traversent les relations entre les personnages. Lou de Laâge apporte cette fougue et cette richesse ingénue qui donne au film de la vitalité. Elle danse au bal du village avec une liberté sans limites qui nous rappelle la folle et réjouissante envolée de Brigitte Bardot dans Et Dieu créa la femme. Le casting sauve un film au scénario fragile et à la prise de risque limitée et limitante. On aurait envie de se perdre aussi dans ses bois entouré par ce harem incongru et jouissif, une vraie sensation de liberté et une folie qu’on aurait aimé voir développer jusqu’au bout pour faire de cette histoire une transgression de l’histoire de celle qui n’a jamais transgressé.

1 commentaire

Laissez un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée.