« La Meute », récit de copinage et grands discours

Sarah Koskievic s’essaye à la narration après de nombreuses années passées sur les bancs du journalisme. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la transition est réussie.

Elles n’ont pas le même âge, encore moins les mêmes parcours, ni les mêmes aspirations, pourtant elles se fréquentent quasi quotidiennement, en quête d’une vie meilleure et d’un ancrage dans le réel qui leur manque parfois cruellement. Les héroïnes de La Meute se déplacent comme des loups, à pas feutrés, toujours en groupe, jamais seules ni abandonnées. Elles se soutiennent mutuellement dans l’adversité, même si chacune d’elle est aux prises avec ses propres problèmes de la vie de tous les jours. Voyageant entre les années et les époques de leurs vies, ces femmes découvrent ce que cela signifie de devenir adulte tout en maintenant les liens qui les unissent.

Voilà comment on peut pitcher le premier roman de la journaliste talentueuse Sarah Koskievic. Après être passée par les plus grandes rédactions parisiennes à la mode, des Inrocks à Slate en passant par le féminisme de Causette, la dame s’est posée dans son appartement, armée de sa plume et de belles idées. En ressort une narration aérienne, vraie, sincère et fraiche. Pourtant, certains thèmes abordés ne laissent a priori pas de place à la légèreté. Dans La Meute, on traite d’anorexie, de dépression, de drogue, d’alcoolisme, de désespoir, de rêves brisés, d’amours déchus, et de tant d’autres sujets si tristes et pourtant tous passés en revue avec une simplicité déconcertante.

La vraie force de cette tranche de vie, en plus d’être parfaitement arrimée à la réalité et à nos aspirations contemporaines, c’est d’être fluide. La lecture se fait d’une traite, en moins de deux heures, tant on se prend de compassion et d’amour littéraire pour ces petits bouts de femme que la vie tente de bousculer par tous les moyens. On se balade dans les rues de Paris, en quête d’une décision et d’une réponse sur les interrogations de l’avenir. Comment se sortir d’une rupture compliquée ? Comment reprendre le cours d’une existence brutalement stoppée par les aléas de nos existences ? Comment garder la face quand nos ambitions professionnelles ne se réalisent pas malgré nos efforts ?

À bâtons rompus, Sarah Koskievic nous présente ce que c’est réellement d’être une femme parisienne dans les années 2010. Souvent bousculées par les tentations multiples des vices, parfois plus fortes que l’attirance pour leurs mauvais penchants, toujours sûres d’elles en apparence, ces petits bouts de femme mènent leur vie d’une main de maitre amputé, où l’assurance laisse place au bancal et aux doutes. Il n’existe pas plus sincère qu’un récit qui dépeint, sans faux semblant, les doutes des êtres qui peuplent la capitale française en quête de sens.


La Meute de Sarah Koskievic, édité chez Plon – 17 euros

Sofia Touhami

Directrice de la communication, tout droit venue de Belgique pour vous servir. Passionnée de lecture, d'écriture, de photographie et de musique classique.

Pas encore de commentaires

Les commentaires sont fermés