Coup de projecteur sur les plans-reliefs à Lille

Le département des plans-reliefs du Palais des Beaux-Arts de Lille a rouvert le 16 mars. Rénovée et dépoussiérée, la collection historique de ces maquettes est présentée sous un nouveau jour dans une scénographie sobre et innovante.

L’espace des plans-reliefs était créé il y a bientôt 22 ans à l’issue d’une véritable bataille politique autour de ces joyaux historiques. Réalisées entre 1668 et 1870, ces maquettes sont une représentation à vue d’oiseau des territoires frontaliers du royaume français. «  Ils étaient un outils de renseignement et de contrôle militaire inédit pour les rois, notamment Louis XIV  » raconte Florence Raymond, en charge de la collection des plans-reliefs, «  c’est une mise en perspective du territoire  ».

Les plans-reliefs, enjeux d’une bataille politique

Pourtant, ces objets minutieux sont, pendant de longues années, oubliés dans les greniers des Invalides. Ce ne sont pas moins de 260 maquettes de 150 sites fortifiés qui dorment, sous la poussière. Ils feront l’objet d’une attention particulière dans les années 1980, lorsque Pierre Mauroy, alors maire de Lille découvre le triste sort réservé à ces témoins du passé.

À l’époque, les plans-reliefs sont disputés entre une gauche décentralisatrice qui estime que la métropole lilloise doit pouvoir récupérer et exposer les maquettes de son territoire et des alentours, et une droite centralisatrice qui préfère voir l’ensemble des maquettes regroupé à Paris.

Plan-relief de Gravelines – Crédit photo : Palais des Beaux-Arts de Lille

Ce n’est finalement qu’en mars 1987 qu’une issue favorable est trouvée au conflit : 14 plans de villes fortifiées du nord de l’Europe dont 6 françaises, 7 belges et 1 néerlandaise seront transférés à Lille et présentés au public au sous-sol du Palais des Beaux-Arts.

Une scénographie renouvelée

À l’époque, c’est à lagence d’architecture Ibos & Vitart qu’est confiée la lourde tâche d’exposer ces plans. Les deux architectes imaginent une scénographie sobre où les maquettes se retrouvent plongées dans l’obscurité avec seuls quelques éclairages orientés vers le centre des villes. Le faible éclairement de la salle contraste vivement avec l’atrium du musée, véritablement baigné de lumière, que les visiteurs traversent avant d’accéder au département des plans-reliefs. Ibos & Vitart jouent par ailleurs avec l’horizontalité des maquettes et la topographie plate du territoire, caractéristique du Nord.

L’agence d’architecture Hart Berteloot a fait le choix d’un nouvel éclairage – Crédit photo : Marie Crabié

Vingt-deux ans plus tard, le Palais des Beaux-Arts a fait appel à l’agence d’architecture et d’urbanisme Hart Berteloot pour rénover ce département. En étroite collaboration avec Ibos & Vitart, elle a fait le choix d’inscrire son travail dans les pas des deux architectes tout en révélant le potentiel des plans-reliefs. « Nous avons d’abord retravaillé l’éclairage des maquettes, moins intense et mieux réparti, mais aussi l’acoustique de la salle qui posait problème ». Mathieu Berteloot, architecte en charge du projet revient sur ses enjeux : «  notre rôle a été d’introduire des outils de médiation avec le public : des cartels dans trois langues, un atelier pour enfants, des vitrines d’explication autour des plans-reliefs qui permettent une meilleure compréhension des objets eux-mêmes ».

Des plans-reliefs entièrement restaurés

En parallèle, les plans-reliefs ont fait l’objet d’une vive attention. Entièrement rénovées et dépoussiérées, les 148 tables qui composent les 14 plans de villes ont été séparées pour permettre un travail minutieux de remise en état du cœur des villes. «  Lorsqu’on a commencé la restauration, on a découvert beaucoup d’éléments mobiles et instables  » explique Anne Courcelle qui a conduit les opérations, «  la précision est absolue, on a retrouvé des chiens dans des cours intérieures par exemple, on a pu réellement apprécier le niveau de détails  ». Si l’empoussièrement des maquettes était important jusqu’à lors, ce travail a permis de révéler toute la beauté des plans, leurs couleurs et leur précision.

Restauration du Plan-relief de Lille – Crédit photo : Palais des Beaux-Arts de Lille

La rénovation a d’ailleurs attiré de nombreux curieux, qui étaient invités à découvrir de plus près le travail des 15 restauratrices. Ce ne sont pas moins de 5000 personnes qui ont ainsi pu observer l’ampleur du chantier mené pendant 11 mois. Des traces ont volontairement été laissées dans la nouvelle scénographie pour permettre au visiteur d’apprécier le changement  : un témoin «  d’encrassage  » pourra être recherché sur le plan de chacune des villes, tandis que l’un des 14 plans a été laissé sous la forme d’un puzzle. On comprend ainsi mieux la composition des maquettes, dont les tables s’emboîtent pour former un tout.

Des innovations numériques

L’institution mise sur le numérique pour pallier au manque de médiation autour des œuvres. Dans la salle, on retrouve entre autres un grand écran tactile disposé devant le plan-relief de Lille et développé sur mesure pour la ville. Le dispositif permet de zoomer sur l’objet à l’échelle d’un bâtiment, de réaliser des captures d’écran ou encore de visualiser directement, grâce à un éclairage adapté, un bâtiment précis sur le plan-relief.

Les matériaux des plans-reliefs sont présentés dans une vitrine au fond de l’espace – Crédit photo : Marie Crabié

Autre innovation, le Palais des Beaux-Arts de Lille propose une expérience immersive de réalité virtuelle. Alors que l’on remonte au niveau de l’atrium, le dispositif propose au visiteur une plongée dans l’histoire de « Lille au diamant bleu » où il est invité à «  poursuivre le diamant de la couronne de France ». Un périple d’une durée de 7 minutes qui offre un nouveau regard, original et contemporain sur ces objets témoins d’un passé riche, à montrer et décrypter sans cesse.


Département des plans-reliefs des Beaux-Arts de Lille. Informations pratiques : http://www.pba-lille.fr/

Marie Crabié

Rédactrice en chef de la rubrique Art. Curieuse et intriguée par la création artistique sous toutes ses formes

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