Musique en Bref – Guitares et synthétiseurs à l’honneur

Des synthétiseurs (Boy Harsher, LCD Soundsystem) en passant par les guitares électriques (YAK, Jim Jarmush) ou acoustiques (Panda Bear, Cass McCombs), petit tour d’horizons des surprises et petites déceptions qui ont parcourues ce début du mois de février.

Panda Bear – Buoys

Ce qui surprend tout d’abord sur ce nouvel album de l’ours panda, c’est sa voix. L’autotune dès le premier titre, Dolphin, avouons que nous n’étions pas vraiment préparés. Moins foutraque et labyrinthique que d’ordinaire, Buoys fait même dans la sobriété et le minimalisme. Enfin à sa manière. En réincorporant la guitare acoustique dans son univers, Noah Lennox paraît d’une rare prudence, dans un entre-deux sans réel fougue ni véritable mélancolie. Les mélodies et harmonies, claires comme jamais, s’échappent de cette bulle mi-naturelle mi-artificielle sans jamais que l’on sachent si celles-ci nous atteignent ou non. S’il ne convainc pas tout à fait, Panda Bear prouve une nouvelle fois qu’il reste une tête chercheuse, un explorateur de sons n’ayant pas peur de se perdre pour mieux rebondir. En attendant la suite ?

Coup de cœur : Buoys

Sortie le 8 février 2019.

Camille Tardieux





Boy Harsher – Careful

Néons rouges, murmures nocturnes et transe sensuelle : non, nous ne parlons pas d’un film de David Lynch mais bien de Careful, le deuxième album de Boy Harsher. Le duo de dark- wave américain continue de creuser dans les abysses d’une musique de club underground sombre et froide. Puisant aussi bien dans la cold-wave que dans l’électronique industrielle, Boy Harsher stimule le cerveau autant qu’il le brûle. Sorti sous leur propre label Nude Club, Careful est un album mental, torturé et absolument jouissif. On notera une forte inspiration de l’electronic body music (EBM) dans les synthés un peu glauques ou dans les rythmes violents qui tapent fort là où ça fait mal. La présence de morceaux moins dansants, presque effrayants, construits par bruits et whispering (Keep Driving, Careful) confirme le désir presque évident du groupe de donner corps sonore au chaos. Entre passion, douleur et feu intérieur, Boy Harsher nous offre la bande originale de nos nuits d’errance. Rêve lubrique ou cauchemar éveillé ? Il faudra écouter pour le savoir.

Coups de cœur : LA, Come Closer

Sortie le 1er février 2019.

Pauline Pitrou





LCD Soundsystem – Electric Lady Sessions

Un peu plus d’un an après son grand retour avec American Dream, le projet électro-rock culte de James Murphy sort ce mois-ci dans les bacs une sorte de disque bonus, reprenant les titres joués lors de la dernière tournée mais enregistrés cette fois-ci dans les mythiques studios de Jimi Hendrix, faisant échos aux London Sessions parus en 2010. Si l’on salue l’efficacité de l’ensemble et ses frasques synthétiques, difficile pourtant de retrouver la véritable puissance qui caractérise depuis toujours les shows du groupe New-Yorkais, bien que l’énergie soit au rendez-vous. Hormis (We Don’t Need This) Fascist Groove Thang, les deux autres nouvelles reprises (Seconds et I Want Your Love) relèvent malheureusement de l’anecdote et on ne peut que déplorer l’absence de How do you sleep ?, pièce maîtresse de l’album précédent qui aurait sans doute permis de donner un peu plus de reliefs à l’ensemble. Il n’en demeure pas moins un disque plaisant, à défaut d’être réellement indispensable.

Coup de cœur : (We Don’t Need This) Fascist Groove Thang

Sortie le 8 février 2019.

Camille Tardieux





Cass McCombs – Tip of The Sphere

Difficile de dire de Cass McCombs que sa carrière ait tourné en eau de boudin. Cité parmi les plus grands noms du rock alternatif (Arcade Fire, The National, Elliott Smith) avec des featurings par douzaines, le californien aborde la quarantaine en grand bonhomme, avec la sortie de son neuvième album, Tip of the Sphere. Un nouvel album qui semble à première vue plutôt énigmatique, quand on s’essaie à déchiffrer l’artwork à la fois très sobre et très graphique qui illustre le disque. Il faut se rappeler que la direction graphique avait drastiquement changé sur Mangy Love, précédent album qui n’arborait alors qu’une minuscule photo de l’artiste. Énigmatique ? Loin de là.. Plutôt une synthèse épurée et édulcorée de la carrière de l’Américain qui fait souffler sur ces titres des sonorités plus folk et plus optimistes que jamais.

Sortie le 8 février 2018.

Guillaume Lacoste





YAK – Pursuit of Momentary Happiness

Quelque part entre les meilleures productions de Jack White, Tame Impala et Timber Timbre se cachent YAK. Après seulement cinq ans d’existence, un premier album sortie en 2016 et une tournée qui a bien failli causer la fin du groupe (et de son chanteur), voici donc Pursuit of Momentary Happiness. S’ouvrant sur un Bellyache, aux arrangements détonants (section de cuivres, flûtes), ce retour alternant influences psyché, stoner et garage est une vraie réussite. Puissant, inventif et intense, YAK semble participer au retour d’un rock frontal, honnête et sensible, un peu à la manière d’IDLES, comme si tout se jouait dans ces 11 titres réalisées avec la sueur, le cœur et l’âme. Ajoutez à cela un dernier titre-fleuve conviant la voix de Jason Spaceman (Spiritualized, Spacemen 3) et on se dit que la boucle est bouclée. Un vrai moment de bonheur et de mélancolie à la fois, moins fugace que ne le laisse suggérer son titre et qui donner envie d’y retourner illico.

Coups de cœur : Bellyache, Pursuit of Momentary Happiness, Words Fail Me, This House Has No Living Room

Sortie le 8 février 2019.

Camille Tardieux





Jim Jarmush & Jozef Van Wissem – An Attempt to Draw Aside the Veil

Trois mois seulement après son dernier album solo, Jozef Van Wissem est de retour aux côtés de Jim Jarmush pour livrer une suite au sublime Concerning the Entrance Into Eternity, remontant déjà à 2014. Alternant larsens électriques et arpèges médiévaux, l’alchimie fonctionne à merveille lorsque ces contrastes se mêlent et se répondent de façon semi-inconscientes (un peu moins il est vrai quand cela semble plus forcée et user d’effets plus ou moins datés). Mais qu’importe, l’atmosphère générale subjugue toujours autant et l’ajout de discrets synthétiseurs (Final Initiation) ou de voix (When The Sun Rises Do You Not See a Round Disc of  Fire) apporte une touche nouvelle à cet alliage de guitare et de luth reconnaissable entre mille, facteur d’une musique ambiant organique, sensitive et dépaysante.

Coups de cœur : Concerning the White Horse. When The Sun Rises Do You  Not See a Round Disc of Fire 

Sortie le 8 février 2019.

Camille Tardieux

Camille Tardieux

ÉTUDIANT EN MASTER MUSICOLOGIE ET EN COMPOSITION ÉLECTROACOUSTIQUE A BORDEAUX. AMOUREUX DES SONS, DES MOTS ET DES IMAGES, DE TOUT CE QUI EST UNE QUESTION D'ÉMOTION, DE RYTHME ET D'HARMONIE.

Pas encore de commentaires

Les commentaires sont fermés