Chagall, du noir et blanc à la couleur à Aix


L’hôtel de Caumont à Aix-en-Provence propose jusqu’au 24 mars un parcours inédit au cœur de l’œuvre d’après-guerre de Marc Chagall. Dans cette exposition forte de 130 œuvres l’artiste requestionne la couleur, les formes et les matières.

Dans le contexte de l’après-guerre et de la reconstruction, Chagall présente un grand nombre d’œuvres en noir et blanc. La couleur noire devient pour lui un exutoire artistique et symbolique après ses années passées en exil aux Etats-Unis. Le peintre ressent la nécessité de se requestionner, et dans le même temps, de requestionner la couleur. L’exposition se consacre à ce renouvellement artistique, caractéristique de la deuxième partie de la vie de l’artiste. Temporellement, l’exposition s’étend de la sortie de la guerre à la mort de Chagall et se présente comme un parcours initiatique, invitant le visiteur à découvrir la diversité des techniques expérimentées par Chagall dans cette seconde moitié de carrière. La première partie de l’exposition présente un série de lavis qui viennent témoigner de la nouvelle orientation donnée à son œuvre. Ces monochromes, noirs profonds ou camaïeux de gris contrastent tous avec la blancheur du papier dans un jeu de clairs-obscurs souvent accentué par la puissance des contours. Chagall y représente des personnages et animaux aux formes monumentales, inspirés du roman et démarque son œuvre par la présence fréquente du thème du double. En 1950, le peintre débute également un travail de sculpture qui lui fait explorer les espaces et les volumes.

« Chez moi les formes deviennent des accidents. […] Vous voyez un autre monde. Tout est déchiré et pourtant pur. Quand on ne dort pas la nuit, on pense à ces accidents-là. »

L’exode, Huile sur toile de lin (c) ADAGP, Paris

La bible, un répertoire d’images infini

Dans son œuvre d’après-guerre, l’artiste renoue avec le judaïsme de ses racines et donne à la Bible une place prépondérante dans son œuvre. Il y dépeint l’histoire millénaire de l’Homme en empruntant aussi bien à l’art grec qu’à la tradition orthodoxe et floute les frontières entre juif et chrétiens de Palestine. Dans le contexte de la création de l’Etat d’Israël, son œuvre prend une dimension symbolique, portant en elle un espoir de réconciliation et de paix universelle. On retrouve dans les peintures le thème de la crucifixion, renvoyant au martyr du peuple juif et l’Exode représente autant celui des Juifs d’Europe que celui des Hébreux conduits par Moïse. Dans cette partie de son œuvre les couleurs se font plus présentes, alternant toujours avec des nuances de noir profondes qui résonnent de l’expérience personnelle de l’artiste.

(c) Culturespaces / Sophie Lloyd

La couleur, élément de composition

Entre 1960 et 1980, la couleur retrouve sa place dans la peinture de Chagall, avec une intensité nouvelle. L’artiste s’installe dans le sud de la France en 1949 dont les couleurs viennent refléter la luminosité.

« En vérité, ce qui donne à l’objet sa couleur, ce n’est ni ce que l’on nomme la couleur réelle ni la couleur conventionnelle […] C’est la vie […] qui créé les contrastes sans lesquels l’art serait inimaginable et incomplet »

La couleur devient elle-même sujet des compositions de l’artiste au fil de l’enrichissement de sa palette de couleurs. Cette élargissement ne fait pas disparaitre le thème du double mais semble s’accompagner du développement de formes imbriquées.

Esquisse pour L’Arlequin © Chagall ® SABAM Belgium 2015

La couleur monumentale

Au fil de cette exploration, la couleur devient « monumentale » faisant de l’œuvre tardive de Marc Chagall une œuvre éprise de liberté et d’indépendance. L’artiste explore les collages, réalisés au préalable pour ensuite être reproduits sur des formats beaucoup plus larges. Ces esquisses en collages lui permettent de mettre l’accent sur les formes géographiques qui s’articulent avec des couleurs vives « parfois presque crues tant la densité des pigments utilisés est grande ». Aussi, les représentations circassiennes sont relativement récurrentes dans les scènes peintes par Chagall.

C’est donc un véritable cheminement à travers la deuxième partie de l’œuvre de Chagall que propose l’Hôtel de Caumont. Les toiles en noir et blanc, nombreuses s’inscrivent dans un dialogue permanent avec la couleur dont Chagall reste un maître incontestable. Au fil de l’œuvre de l’artiste, comme au fil de la visite, la couleur devient sujet principal, par sa profondeur et sa densité : « La couleur doit être pénétrante comme lorsque l’on marche sur un tapis épais », disait l’artiste.


Chagall, du Noir et Blanc à la couleur , Hôtel de Caumont, Aix-en-Provence. Jusqu’au 24 mars 2019. Tarif : 14,00 euros

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