« Sauver ou périr » – Feu de paille

Pierre Niney peine à convaincre en pompier brûlé dans le dernier film de Frédéric Tellier. Sauver ou périr s’apparente plus à une publicité pour rejoindre la caserne qu’à un vrai beau film dramatique.

On ne rappellera jamais assez le poids de la promotion d’un film dans le processus de sortie de celui-ci. Intelligente parfois, assommante ou injuste souvent, cette machine de guerre médiatique martèle à  l’instar d’un programme politique, des arguments mués en éléments de langage. Affables et sympathiques, les acteurs viennent louer la bonne entente absolue sur le tournage, l’intensité d’une scène, la puissance magnétique d’une rencontre ou encore la découverte merveilleuse d’un métier du quotidien. Si bien qu’à certains moments, un avis négatif vis-à-vis d’une oeuvre peut être obsolète face aux bonnes intentions communes d’une équipe dont l’objectif majeur est de “faire vibrer le spectateur”.

Arrive Sauver ou Périr, le beau sourire sincère de Pierre Niney, ses dix kilos pris pendant le tournage, son indiscutable capacité à répéter minutieusement les gestes d’un sapeur professionnel, son désir de gentiment s’abîmer afin que la campagne de promotion puisse titrer “UN NINEY COMME VOUS NE L’AVEZ JAMAIS VU”, la mise en scène grâcieuse de Frédéric Tellier à mi-chemin entre un clip pour l’armée de terre et une annonce pour la GMF. Et un doute, les belles histoires font-elles vraiment de bonnes fictions ?

Si personne ne peut mettre en doute la sincérité qui a amené à la naissance de ce projet, Sauver ou périr n’en est pas moins un produit télécommandé et informe. Après l’agréable  L’affaire sk1, Frédéric Tellier continue à s’intéresser aux rouages de la fonction publique et aux héros du quotidien. En se tenant, dans sa première partie au coeur d’une caserne parisienne, le film commence par un portrait hagiographique d’un héros vertueux, Franck, interprété par l’ancien pensionnaire de la Comédie Française. À l’instar de ceux qui indiquent sur leur CV à la case “défauts” perfectionniste, notre saint a lui pour simple imperfection, d’être dévoré par son métier et d’être légèrement sourd à la souffrance, certes feutrée, mais tout de même réelle de son entourage. En premier lieu son épouse, Anais Demoustier et son meilleur ami, Vincent Rottiers, cantonné ici au rôle du pompier qui ronge son frein et fait donc la gueule. Sa dévotion aux autres le conduira à un grave accident lors d’une intervention à hauts risques. Débutent alors un parcours du combattant et une lutte pour la survie. Aidé par un corps médical qui ne connait pas le doute (mention spéciale à Sami Bouajila, grand médecin à la mine déconfite, oeil perdu et compréhension à toute épreuve), le grand brûlé va devoir abandonner l’uniforme pour repenser sa vie aussi bien professionnelle qu’affective.

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Ces trois parties soigneusement découpées dans cette heure cinquante de pâle imitation hollywoodienne cachent toutes le même problème : à aucun moment ne se dégage la moindre vie, la moindre émotion de cette histoire a priori bouleversante. Les artifices en tout genre (plans filmés à la grue ou au drône, ralentis incessants, violons omniprésents, lumière misérabiliste) viennent gonfler chaque scène et apporter un ingrédient de plus à ce gâteau indigeste. Sommet de ridicule : aux deux tiers du film, l’infirmière en charge de Franck (Chloe Stefani) écoute un de ses monologues explicatifs et artificiels. Elle sort de la chambre d’hôpital et se met a pleurer chastement face caméra en repensant à ce qu’elle vient d’entendre. Le cinéma perd alors toute sa consistance en voulant provoquer des sentiments, Sauver ou périr nous force au chantage émotionnel. Si l’émotion au cinéma traverse l’écran lors de plans forts et figés, elle ne reste pas moins un récit, censé cristalliser le sujet traité – virtuellement universel – et l’affect du spectateur.

Après L’Odyssée et La Promesse de l’aube, la carrière de Pierre Niney coche une par une les cases des films institutionnels sans âme. Ici le comédien ne joue pas un jeune pompier lambda courageux et tête brûlée (mille pardons), terrassé par un terrible accident. Il joue le courage, impose le terrassement à l’image. Il ne vit pas son rôle, il en persuade le spectateur.

Enfin, plutôt que s’infliger ce roman photo larmoyant, il serait de bon ton de se plonger dans deux oeuvres sur ces métiers de l’ombre et de l’action. Les hommes du feu de Pierre Jolivet et la série Hipprocrate de Thomas Lilti offrent deux beaux exemples de corrélation entre romanesque, quotidienneté et réalisme social.

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