“Parvana, une enfance en Afghanistan” : une lueur dans l’obscurité

Ayant reçu le prix du jury et le prix du public au festival du film d’animation d’Annecy, Parvana, une enfance en Afghanistan conte l’enfance d’une jeune fille, Parvana. Le film dépeint les péripéties qui lui arrivent lorsque son père est arrêté arbitrairement, et que sa mère, sœur, et petit frère se retrouvent livrés à eux-mêmes, interdits qu’ils sont de sortir de leur foyer sans mâle pour les accompagner. Le film, centré autour de Parvana, raconte comment elle va se faire passer pour garçon afin de sauver sa famille.

L’enfance et la violence

Dans le contexte d’une guerre civile subie par le peuple, le film explicite les rapports homme/femme, en dénonçant leur absurdité, lorsqu’il vaut mieux qu’une femme et sa famille meure de faim plutôt qu’elle ne soit en mesure de sortir s’acheter à manger seule.

Parvana oscille en permanence entre son foyer, cocon protecteur, et la violence extérieure, souvent incarnée par les hommes. En se coupant les cheveux, et en revêtant les habits de son frère disparu, elle va redécouvrir la ville avec les yeux d’un garçon : “Lorsqu’on est un garçon, on peut faire tout ce qu’on veut, on peut aller où on veut !”. C’est ce décalage auquel nous assistons en tant que spectateurs, où les mêmes individus ne vont absolument pas interagir de la même manière avec Parvana-fille et Parvana-garçon. Et ne vont pas la reconnaître, d’ailleurs, exception faite du grand méchant de l’histoire, dont la brute cruauté n’a d’égale que sa bêtise. On peut d’ailleurs regretter que les personnages ne soient restés simplistes, lisses, où chacun est, du début à la fin, soit foncièrement bon, soit profondément mauvais.

Un double récit, une double esthétique

La richesse du film se situe dans les allers et retours que l’on fait entre le récit principal qui décrit la réalité de la petite fille, tandis qu’une seconde narration vient, à intervalle régulier, se confronter à cette réalité : il s’agit de la quête d’un héros que la petite fille tour à tour conte à son petit frère pour l’apaiser, imagine avec son amie pour passer le temps, se raconte a elle-même pour se donner du courage au plus dur de son épreuve. L’interêt, au-delà de la signification de la prolongation d’une lutte réelle (sauver son père et sa famille) par une épopée fantasmée (sauver des semences et le village), est graphique : Si tout ce qui s’apparente au réel est dépeint d’une ligne claire, pure, avec une palette de couleurs dans les ocres et bleus ; tout le récit imaginé par la petite fille est représenté par un ensemble de papiers chatoyants, aux teintes vibrantes, allant dans le rouge, le vert, le jaune, découpés et assemblés, qui s’articulent mécaniquement pour exprimer le mouvement.

Distributeur : Le Pacte

Ce décalage entre deux univers graphiques totalement différents mais complémentaires, qui se prolongent l’un l’autre, et dont les transitions sont spectaculairement bien réalisées nous a particulièrement émerveillés – prouesse s’il en est au cœur d’un contexte d’une violence rare sur la condition de la femme – et contribuant à en faire un très beau film sur l’amour et la solidarité, brillant à travers l’obscurité.

 

Pas encore de commentaires

Les commentaires sont fermés