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Rembobinons – Off The Wall, l’éclat d’une carrière ardente

Quarante ans après sa production, Off The Wall, cinquième album solo de Michael Jackson, continue d’occuper notre sphère musicale. Retour sur cet album sorti en 1979,  qui a évolué à l’ombre des succès consécutifs de Thriller (1982) et de Bad (1987).

Off The Wall demeure une mine d’or inépuisable, aussi bien pour le simple amateur de musique, que pour le musicien en quête de sonorités profondes et de rythmiques enivrantes. En effet, à l’instar de l’ensemble de la discographie de Michael Jackson, Off The Wall a su démontrer ses qualités.

La quête d’un épanouissement

Il faut tout d’abord remettre en contexte Off The Wall. L’album sort à la fin des années 70, dans une Amérique encore profondément marquée par le racisme et la ségrégation. Michael Jackson est un des premiers artistes afro-américains à être reconnu de manière universelle. Son succès retentissant, il le doit aux Jackson 5, le groupe qu’il forme avec ses frères, dont il est l’élément moteur. Ils évoluent chez Motown Records d’abord, puis sous le nom de The Jacksons chez CBS à partir de 1976.

Off The Wall n’est pas le premier album solo de Michael Jackson, contrairement à ce que l’on pourrait penser. En effet il s’agit du cinquième de l’artiste. Il est cependant celui d’une maturité, d’une indépendance durement acquise pour s’extirper de la machine familiale. Il aura fallu plusieurs années de travail acharné pour arriver à ce résultat grandiose. Un résultat qui s’exprimera aussi bien dans sa musique que dans le personnage de scène qu’il s’est composé, au travers de la danse, de la gestuelle, constituant ainsi une esthétique singulière.

« Je ne serai plus jamais l’enfant qui chantait ABC ou I Want You Back. Je vais devenir cet incroyable acteur, danseur, chanteur qui transformera le monde . » – Michael Jackson

Cet album, son premier paru chez Epic Records, s’inscrit comme l’élément charnière d’une carrière déjà bien amorcée pour ce jeune homme. Il est alors âge de 20 ans et vient de signer deux des derniers succès mémorables avec The Jacksons : Shake Your Body (Down to the Ground) et Blame It On The Boogie, sur l’album Destiny (1978). Off The Wall sort en 1979, et bouscule rapidement le monde de la musique.

 

 

Un contenu ambivalent

Don’t Stop ‘Til You Get Enough et Rock With You, sont les deux singles porteurs de l’album. Dès leur sortie, ils atteignent le sommet des charts et une reconnaissance mondiale. Mais ce n’est pas tout. Cet album comporte à la fois des titres très accessibles, populaires, comme ceux-ci, et des compostions plus intimes, inscrites dans une lignée musicale référencée, constituant un ensemble intemporel et opulent.

Off The Wall harmonise ainsi  des empreintes Funk, Disco, RnB et déjà Pop. Un style qui s’accordera à l’identité même du chanteur pour le reste de sa vie. Il anticipe également dans la production de cet album une musique plus électronique, usant des synthétiseurs. Un aveu visionnaire, comme en témoigne le morceau Burn This Disco Out, un pied de nez à l’époque disco qui s’essouffle à l’aube des années 80. En englobant toutes ces références musicales, l’album est un réel hommage à la musique afro-américaine, dans sa globalité, et sa complexité. L’album témoigne de ce fait de l’admiration de Michael Jackson pour des artistes comme James Brown, Diana Ross ou Duke Ellington, fréquemment cités par l’artiste dans ses interviews.

 

 

Groove impétueux, musique prodigieuse, exaltation vocale, rythme intense. Off The Wall se présente d’abord comme un album fait pour danser sur ses quatre premiers morceaux, introduit par Don’t Stop ‘Til You Get Enough, ainsi que le dernier  de la composition : Burn This Disco Out. Des morceaux hauts en couleurs, comme Workin’ Day ans Night, – La cinquième piste, Off The Wall, annoncent un contenu plus léger dans les sonorités, avec la ballade She’s Out of My Life notamment, où le morceau Girlfriend, jusqu’à l’avant dernière piste It’s the Falling in Love.

Cette palette sonore unique, Michael Jackson la doit notamment à des collaborations sensationnelles : Quincy Jones coproduit l’album ; Paul McCartney et Stevie Wonder participent à l’écriture de certains titres ; Rod Temperton est chargé des arrangements ; le bassiste Louis Johnson, des Brothers Johnson, donne une véritable profondeur aux morceaux. L’album dessine déjà une route singulière dans sa conception. On y retrouve ainsi des références immédiates, comme le morceau It’s the Falling in Love avec la chanteuse Patti Austin, une reprise du titre de Carole Bayer Sager sorti un an plus tôt, en 1978, mais aussi un sample de Boogie Nights du groupe Heatwave sur le morceau Off The Wall.

 

Une postérité inaltérable

Loin d’être transitoire, l’influence d’Off The Wall s’est épanouie sur le long terme, comme en témoigne le récent documentaire de Spike Lee, “Journey from Motown to Off the Wall”, (2016) portant sur la genèse de cet album mythique. Des artistes estimés comme The Weeknd ou Pharrell Williams, y mettent en avant l’importance de cet album dans leur formation musicale, spécifiquement dans la confiance que Michael Jackson leur a apporté. Ainsi des artistes comme Jeff Mills (Get on the Floor sur Call of the Wild en 1999), Beyoncé (Don’t Stop ‘Til You Get Enough sur Black Culture en 2009) ou Janelle Monaé (Rock With You sur Locked Inside en 2010), n’ont pas hésité a sampler des fragments de ce travail.

Off The Wall, et plus largement le début de carrière de Michael Jackson, ont permis de véhiculer dès la fin des années 70, une image renouvelée de la musique afro-américaine, tout en annonçant les succès à venir d’un artiste qui n’a cessé de chercher à se dépasser dans ses performances. C’est un album décomplexé, abolissant les frontières des genres, un élément culturel permanent, qui ne peut que continuer à animer notre monde musical.

 

Auteur·rice

Du cinéma et de la musique - Master Métiers de la Culture

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