CINÉMA

Lou Dubigeon :  un heureux con « court » de circonstance

Une vingtaine d’années, des yeux qui pétillent et plusieurs projets déjà à son actif, Lou Dubigeon s’est retrouvée dans le milieu du cinéma grâce à une suite de coïncidences. Son court-métrage The Blank Page sera présent au « Short Film Corner » du Festival de Cannes 2018.

Certains enfants découvrent une caméra et leur vocation en même temps. Ce n’est pas le cas de Lou Dubigeon. Pour elle, Cannes n’était pas au programme. « Je ne fais pas partie de ces personnes qui se sont réveillées à 12 ans en disant “on m’a offert une caméra, j’ai fait mon premier film et j’ai su que j’allais devenir réalisatrice” », confie la jeune femme, qui n’osait pas se rêver artiste.

À Paris, Lou Dubigeon suit une voie classique et rentre en prépa littéraire avant de partir en Australie. Riche de cette dernière expérience, elle revient en France pour continuer ses études. Mais après un passage éclair à Sciences Po Lyon, Lou, qui a besoin de mouvement, s’aperçoit que ces études ne sont pas faites pour elle. À 18 ans, elle était certaine d’une chose : elle voulait exercer un métier intellectuellement stimulant qui ne la laisse pas assise derrière un bureau tout au long de la journée. Elle fait alors un stage avec un réalisateur australien. Grâce à cette rencontre, la jeune femme s’ouvre une porte sur le monde du cinéma. Devenue assistante-réalisatrice sur deux longs-métrages, l’envie de continuer l’expérience s’impose peu à peu.

La production lui fait suivre une formation de deux mois à la New York Film Academy, dont l’un des campus se situe à Los Angeles. Ses allers-retours entre Paris et la capitale cinématographique américaine devenant de plus en plus réguliers, Lou finit par s’y installer. « Je n’ai pas grandi à Los Angeles. J’y vois des choses qui deviennent très cinématographiques, que j’ai envie de filmer, comme les grands espaces américains. La lumière y est également différente. C’est inspirant. »

Un film d’école à Cannes

En septembre 2017, Lou intègre de nouveau la New York Film Academy. Pour clore son premier semestre, elle doit réaliser un film. Vers Thanksgiving, elle bénéficie d’un jour off inespéré et trouve le temps d’écrire le scénario de son court-métrage. Ce jour-là, tellement excitée, elle se réveille à six heures du matin pour l’écrire. Douze heures plus tard, Lou est toujours assise face à une page blanche. « Ce n’est pas un projet que j’avais dans les cartons depuis longtemps », explique-t-elle.

Dynamique, elle ne perd pas espoir et demande des conseils à son entourage. La situation commence à l’amuser. « Et si c’était ça, mon histoire ? », se demande-t-elle. Son court-métrage The Blank Page est né. La réalisatrice appelle quelques amis, s’inspire de ce qui l’entoure et explore de manière amusante un ressenti commun à tous les artistes. « J’étais toute seule à mon bureau et je m’amusais à inventer des personnages en essayant de relever toutes les histoires les plus farfelues autour de moi ».

Le résultat ? Un soupçon de Wes Anderson et de bonbons acidulés. Mais Lou avoue avoir été inspirée par l’ouverture du film Edward aux mains d’argent de Tim Burton pour les couleurs. Son école lui conseille de le proposer à Cannes. Ce qu’elle fait à la dernière minute. Et si elle n’y croyait pas vraiment, The Blank Page est finalement sélectionné. La jeune femme ne compte pas s’arrêter là. Elle prépare un deuxième court de fiction, qui pourrait même avoir sa version longue. Elle pourrait finir le documentaire sur le conflit serbo-croate qui lui a permis d’avoir sa bourse et souhaiterait également passer quelques mois en France pour tourner à Paris.

En attendant, les Etats-Unis lui permettent de créer comme elle l’entend : « J’ai l’impression qu’il y a une espèce d’énergie globale, de rêve américain, si tu te bats pour le faire tu vas finir par le faire. C’est ce qui me motive ».

Auteur·rice

J'entretiens une relation de polygamie culturelle avec le cinéma, le théâtre et la littérature classique.

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