CINÉMA

Legion – L’autre super-héros

Créée cette année par Noah Hawley, qui avait déjà réalisé la série Fargo, Legion vient changer nombre de choses qu’on pourrait supposer sur le genre “super-héros”.

David Haller est un homme sujet depuis l’adolescence à une maladie mentale, type schizophrénie. Interné de force, il sera invité à rencontrer Syd, une femme dont il tombe amoureux, possédant elle aussi une étrange maladie. Un jour, une femme vient lui annoncer que toutes ces voix qu’il entendait n’étaient qu’un petit aperçu de terrifiants pouvoirs télépathiques et télékinésiques.

Au milieu de tous les films et séries de superhéros, abrutissants au possible, pour DC comme pour Marvel, on ne sait plus où donner de la tête. On regrette les vraies histoires qu’elles soient sombres et épiques (comme The Dark Knight ou Watchmen) ou définit par un style à part entière (avec les Batman de Tim Burton). Et puis, au beau milieu de l’univers X-Men, Legion est arrivée. Même si aucune référence directe n’est faite à Magnéto ou à Wolverine n’est faite, aucun doute, nous sommes bien dans la célèbre franchise des mutants. Alors Legion, c’est quoi ?

© FX

 

Des personnages forts et sincères

C’est d’abord une série de personnages : touchants ou menaçants, émouvants ou drôles,   sincères ou mystérieux, ce sont, avant d’être des surhumains, des hommes et des femmes avec leurs sentiments, leurs envies, leurs peurs mais surtout leurs qualités et leurs défauts. Le héros est névrosé et déraisonné, au bord de la folie, mais reste candide. Sa copine reste forte et poétique à la fois et n’est pas une femme juste pour représenter le sexe opposé. Quant au méchant de l’histoire, il est singulier, mystique, presque bestial, représentant les peurs profondes d’un jeune enfant : c’est une figure du Mal et de la folie qui fera date. Et le reste de la série fourmille d’autres personnages intéressants, originaux, ils ne sont ni trop ni pas assez, ni inutiles ni encombrants. En bref l’histoire découle d’eux naturellement. Et bien sûr tous ces personnages sont servis par des acteurs à la hauteur de nos attentes : tous différents mais dans le même registre, aucun ne sonne faux. On retiendra surtout Audrey Plaza interprétant une femme complètement timbrée, apportant un bout de légèreté et de démence avant de se révéler plus inquiétante.

Des inspirations des films de monstres © FX

 

Une mise en scène surprenante

Mais outre tout cela, Legion est essentiellement une œuvre cinématographique où la réalisation est mise au premier plan. C’est cadré au millimètre près, toujours au bon endroit à travers un montage à la fois fluide et dynamique. Tout autant que l’éclairage, excellent, installant une simple émotion qui ne pourrait être définie par des mots mais qui dans ces scènes prend à chaque fois un sens profond. Et tout cela, le créateur de la série ne va pas le chercher n’importe où : les huit épisodes sont, un à un, remplis de références cinématographiques. La mise en scène perfectionniste de Stanley Kubrick, les lumières en même temps pop et sérieuses des années 80, les influences du cinéma de monstres ou des années 20.

Sans compter les musiques : on entend les Rolling Stones, The Who et une grosse influence de Pink Floyd. Le compositeur réarrange de manière génialissime le Feeling Good de Nina Simone ou Children of Revolution pour parfaire de magnifiques séquences musicales. De même, la série s’autorise des scènes risquées comme, par exemple, une danse digne des films de Bollywood sur une musique de Serge Gainsbourg ou encore une longue scène muette et en noir et blanc sur le Boléro de Ravel.

 

Le mélange de Serge Gainsbourg et Bollywood © FX

Aussi, les costumes et les décors sont très inspirés : on pense d’abord aux couleurs très vives propres à Wes Anderson (surtout sur The Grand Budapest Hotel) ou les décors superficiels de Michel Gondry (comme ses clip pour le groupe The White Stripes). Mais c’est encore les films de Kubrick auxquels on songe : les couleurs édulcorées des années 60, l’ambiance presque futuriste ou les connotations à Orange Mécanique ou 2001. Toute cette mise en scène en devient un véritable trip psychédélique entre les super-pouvoirs et la psychose, un trip ultra-maîtrisé et inventif.

 

Une curiosité inhabituelle

Un trip psychédélique déroutant mais assumé © FX

 

À travers cette série, le réalisateur nous parle. Il met en avant des personnages extraordinaire mais nous rappelle que ce sont avant tout des humains avant d’être des héros. Des héros qui sont d’ailleurs dépassés par les évènements mais aussi et surtout dépassés par eux-mêmes. En fait, Legion c’est bien ce qui nous fait dire que les séries ça peut-être meilleur que le cinéma. Ou plutôt que les séries, c’est du cinéma. Et, en l’occurrence, du grand cinéma. Toutefois, on mettra un avertissement : Legion ne plaira pas à tout le monde. Trop étrange, trop désorientant, trop inhabituel. Cette série surprend et de beaucoup, cela loin devant le paysage cinématographique actuel. Legion c’est un magistral tour de force, et ça fait du bien.

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