Cannes 2018 – « Le Monde est à toi » : comédie explosive

Petits caïds de banlieue et deal sous le soleil espagnol, Le Monde est à toi est un bonbon pop et hilarant. Romain Gavras renouvelle la comédie française et fait une proposition explosive au casting de qualité. Un vrai choc de cinéma pour ce deuxième long-métrage du cinéaste sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs.

« Le monde de demain quoi qu’il advienne nous appartient, la puissance est dans nos mains. Alors ecoute ce refrain… » (NTM). Il a fallu huit ans à Romain Gavras après Notre jour viendra pour revenir au cinéma avec Le Monde est à toi. Entre temps, il réalise des clips et des pubs qui influencent cette comédie hilarante et déjantée. Le cinéaste retrouve ici Vincent Cassel à contre-emploi dans un rôle d’ex-taulard un peu simplet dont la transformation physique est impressionnante. Les autres comédiens de la distribution sont tout aussi formidables. Le personnage principal est interprété par Karim Leklou en dealer, fils à maman désireux d’obtenir la licence de la marque Mr Freeze au Maghreb, Isabelle Adjani en mère, cheffe d’un gang de voleuses, Oulaya Amamra (révélé dans Divines) en jeune arriviste et manipulatrice, Philippe Katerine en avocat mi-véreux, mi-sympa et François Damiens dans le rôle d’un riche mais beauf résidant espagnol. On salue  ce choix de casting qui présente une galerie de personnages très bien écrits où chacun y amène son potentiel comique.

Popopop

Le titre du film, Le Monde est à toi fait référence au « the world is yours » de Scarface et se présente comme un laboratoire d’idées aux citations multiples. On pense beaucoup au Snatch de Guy Ritchie, on y croise un peu de Pulp Fiction, un soupçon des casses de Soderbergh, une esthétique de clip de gangster pop à la Spring Breakers d’Harmony Korine. Le réalisateur avoue pourtant avoir été beaucoup inspiré par le ton des comédies italiennes et en particulier Le Pigeon de Mario Monicelli. Dans ce mixeur vitaminé, Romain Gavras y ajoute « sa playlist Spotify », celle de la France où Sardou côtoie Booba et PNL fréquente Balavoine. Il y ajoute un ton osé, des répliques qui fusent et chatouillent les zygomatiques. C’est dans cet univers que François (Karim Leklou), un petit dealer banlieusard va être engagé par Poutine, le caïd de cette cité pour un énorme achat de drogue en Espagne avec un Écossais. Il réunit ses proches autour de lui pour récupérer l’argent dans un hôtel en Espagne. Dès l’ouverture, une alchimie cinématographique est instantanément créée, le cinéaste témoigne d’une maîtrise d’écriture, de réalisation, de montage et de direction d’acteurs d’un film qui est à la fois politique et poétique. On se laisse emporter par cette joyeuse bande de bras cassés plus sensibles qu’ils n’y paraissent et cette esthétique fantaisiste. C’est osé et on en redemande.

Diane Lestage

J'entretiens une relation de polygamie culturelle avec le cinéma, le théâtre et la littérature classique.