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Rembobinons – Connie Converse a tracé sa route

Entre les références musicales qui prennent la poussière depuis des décennies et celles qui sortent chaque jour, il est parfois difficile de s’y retrouver et de se construire une culture underground. Chaque mois, Maze rembobine ses cassettes et vous dévoile de nouveaux horizons sonores.

La carrière de Connie Converse ne décolla jamais. Pourtant, en 2009 sort son premier album, 35 ans après sa disparition. Dans les années 1950, Connie Converse habite Greenwich Village -quartier new-yorkais où la contre culture a fait son nid- et tente durant vingt ans de se faire une place sur la scène musicale, sans succès. Après avoir sombré dans l’alcoolisme, l’interprète s’évapore dans la nature en 1974 au volant de sa Coccinelle, laissant quelques notes d’au-revoir et sa musique derrière elle. Le drame de cette dame fut de n’être reconnue qu’après sa disparition et malgré son talent, comme tant d’autres d’artistes. Dans une lettre d’adieu de 1974, elle écrit : “La société humaine me fascine, m’impressionne et me remplit de chagrin et de joie. Je n’arrive tout simplement pas à trouver ma place. […] Si j’ai déjà été un membre de cette espèce, peut-être étais-je un accident social qui est maintenant annulé.”

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© Philip Converse/Squirrel Thing

Introvertie, géniale et à contre-courant

Alien en son temps, Connie Converse ne suivait pas la tendance et se sentait en marge de la société. Son physique était à l’image de ses chansons, débarrassées du regard social et dépourvues de tout apparat, pour que ne subsiste que la sincérité transcendante. À l’époque où les couplets se faisaient politiques et les refrains engagés, Connie Converse écrIvait des chansons puissamment intimes et personnelles. “Étant de nature complexe et introvertie, j’ai toujours eu du mal à me faire connaître”, écrit-elle à son frère dans les années 1960. Celle que son frère décrit comme une “génie” a tout appris d’elle-même. L’art sous toutes ses formes a bercé sont enfance : dessin, peinture, cartoons… Connie Converse était apparemment touche-à-tout et surdouée.

In between two tall mountains, there’s a place they call lonesome. Don’t know why they call it lonesome, ‘cause I’m never lonesome when I go there.

“Entre deux grandes montagnes, il y a un endroit appelé solitude. Je ne sais pas pourquoi on l’appelle solitude, car je ne suis jamais seule quand je m’y rends.”

Talkin’ Like You (Two Tall Mountains) 

Un album en cuisine

Rares sont les enregistrements audio de l’artiste. Cependant, le réalisateur et grand amateur de musique, Gene Deitch, a su capter le son de sa voix et de sa guitare en 1954. Il aimait enregistrer ses invité•e•s musicien•ne•s. Connie Converse n’échappât pas à la règle et posa sa voix durant quarante minutes, dans la cuisine de Gene Deitch. Seul cet enregistrement fait-maison permet d’écouter la patte subtile de l’artiste et sa musique qui oscille entre blues et folk, country et pop. Connie Converse fut par la suite invitée sur le plateau du “Morning Show” de CBS, présenté par Walter Cronkite. Mais l’affaire fut classée sans suite. L’absence d’ancrage des morceaux de Connie Converse dans le temps présent n’attira que l’indifférence générale. Peu de temps après, l’artiste changea radicalement son expression musicale et troqua sa guitare pour un piano légèrement désaccordé.

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© Philip Converse/Squirrel Thing

Postérité

En 2009, Connie Converse sort de l’oubli avec la sortie des enregistrements de Gene Deitch, regroupés sous le titre How Sad, How Lovely. Par la suite, le chanteur et musicien Howard Fishman redécouvre son oeuvre et s’en passionne. Il produit alors un album de Connie Converse intitulé Connie’s Piano Songs, basé sur des partitions laissées après le départ de cette dernière. L’album regroupe des morceaux et des textes originaux mais aussi des extraits de poèmes de Dylan Thomas, E.E. Cummings ou encore T.S. Eliot. Seul le titre Vanity of Vanities a été chanté et enregistré par Connie Converse, titre où l’on peut découvrir la métamorphose de l’artiste et de sa voix à la fin de sa carrière.

Howard Fishman a aussi écrit une pièce-documentaire sur Connie Converse et travaille actuellement sur une biographie qui retrace la vie de l’artiste. “Si triste, si agréable, si brève”, telle est la fin du titre How Sad, How Lovely et qui s’applique si bien à Connie Converse elle-même. Celle qui a n’a pas supporté l’échec ne pouvait pas s’imaginer que l’héritage poignant qu’elle laissait derrière elle trouverait un écho des années plus tard. Ça n’est d’ailleurs pas une coïncidence si le label Squirrel Thing lui emprunte une expression tirée de How Sad, How Lovely, et sort une collection de titres de Molly Drake, mère de Nick Drake. Toutes deux sont de grandes oubliées de la postérité avec un talent pourtant immense.

 

Auteur·rice

Rédactrice en chef de la rubrique musique et étudiante en master numérique à Bordeaux. Passionnée de musique et de photo.

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