Rembobinons – Bad Gyal, à la conquête du monde si ce n’est pas déjà fait

Entre les références musicales qui prennent la poussière depuis des décennies et celles qui sortent chaque jour, il est parfois difficile de s’y retrouver et de se construire une culture underground. Chaque mois, Maze rembobine ses cassettes et vous dévoile de nouveaux horizons sonores.

Découverte par hasard sur YouTube, avec le mélodieux et hypnotique Mercadona, Bad Gyal – à seulement 20 ans, une poignée de vidéos et deux mixtapes au compteur – semble être une artiste déjà complète. Wordwide Angel, sa deuxième mixtape est un projet pop R&b futuriste aux influences reggaeton et dancehall qui va sans aucun doute séduire le monde entier.

De Vilassar de Mar à la conquête de l’Espagne

Avril 2016, Alba Farelo lâche sur YouTube Pai, une ré-interprétation en catalan du hit interplanétaire Work de Rihanna qu’elle met en ligne depuis un ordinateur de son université. Cheveux décolorées, t-shirt du PSG, sneakers blanches, Bad Gyal déambule dans les rues de son village natal, Vilassar de Mar, qui est situé près de Barcelone, pour un clip artisanal au charme certain. Il n’en faut pas plus pour que les vues s’accumulent et que presse et bloggeurs espagnols s’en emparent. Un mois plus tard, La Vanguardia, l’un des plus grands journaux nationaux d’Espagne, déclare son amour pour la jeune chanteuse en vantant ses louanges et l’usage du catalan.

Quelques mois plus tard, tout en poursuivant ses études de mode et de stylisme le matin, Alba travaille l’après-midi à la fois dans une boulangerie et pour un opérateur téléphonique afin de financer ses études. En parallèle, Bad Gyal se faufile de plus en plus dans le monde de la musique et bosse sur sa première mixtape Slow Wine, dorénavant installée à Barcelone. Ce n’est pas sans surprise que ses vidéos sont soignées et à l’esthétique impeccable, avec des tenues vestimentaires méticuleusement travaillées qu’on retrouve à la pelle sur son Instagram. Alba ne cache pas sa fascination pour la mode, en citant Rihanna comme exemple. Elle apprécie beaucoup son travail et la manière dont la pop star mélange design et musique.

© Elisa Sanchez Fernandez

Une pop R&b hybride qui dépasse vite les frontières

En novembre 2016, Alba sort sa première mixtape Slow Wine, qui porte les bases du style musical difficile à définir de la jeune chanteuse. Presse et médias espagnols surnomment la chanteuse de “reine du dancehall” ou encore “reine de la trap catalane”, des qualificatifs qu’elle rejette. En effet, si le dancehall est majoritairement la musique qu’elle préfère, Bad Gyal ne revendique aucunement faire du dancehall afin d’éviter toute appropriation culturelle. Busy Signal ou Vybz Kartel sont ses plus grandes inspirations, qui ont bercé son enfance et se retrouvent dans sa musique. Le son de Bad Gyal s’apparente au son du futur, une pop R&b hybride aux influences dancehall, reggaeton et jamaïquaines. Le tout chanté, rappé, auto-tuné en trois langues : l’anglais, l’espagnol, le catalan. Le style de Bad Gyal est complexe mais plus qu’unique. 

Composée de sept morceaux dont l’hypnotique mélodieux et mélancolique Mercadona mais surtout Fiebre, Slow Wine est une excellente première mixtape pleine de sincérité. Mixtape DIY, les productions sont plus que propres et travaillées. Produit par King Doudou qui est notamment connu pour les productions respectives de PNL, Triplego et Ms Nina, Fiebre est un ode à la danse et à la fête. Régulièrement joué par Murlo, Dinamarca ou Teki Latex, ce morceau qui peut être calé dans n’importe quel set grâce à son puissant refrain massif est un véritable hit. Cuissardes noires, ongles longs, créoles géantes, manteau en cuir rouge vif et soutif blanc, provocante, lascive et assumée, Bad Gyal remet le couvert dans le clip de Fiebre. Bad Gyal semble faire ce qu’elle veut à la fois de son corps et de ses tenues, sans pour autant se revendiquer féministe. 

“Ce que je sais, c’est que je fais ce que je veux et qu’aucun homme ne me dit ce que je dois faire. Je suis la boss. Je paie mes factures, pour mes ongles, pour mon maquillage, mes vêtements.” – Bad Gyal pour INDIE

Mais c’est littéralement la sortie en mai 2017 de Jacaranda qui propulse Bad Gyal à l’international. Dubbel Dutch, dont on peut souligner le travail en tant que producteur pour Popcaan ou récemment le dernier album de Kelela, est allé voir Bad Gyal directement pour travailler avec elle. En résulte Jacaranda, production calibrée, mélodieuse et terriblement efficace avec Bad Gyal au sommet de son art. Lumières tamisées et colorées, ambiance de fête foraine et twerk à foison, Bad Gyal déclare son amour au dancehall. Il n’en faut pas plus pour que les plus grands médias musicaux comme Pitchfork, The Fader, i-D, FACT Magazine s’emparent du phénomène. 

© Elisa Sanchez Fernandez

 

Internationally

Après avoir entamé une tournée un peu partout en Europe – dont le prestigieux Sonar Festival – ainsi qu’aux États-Unis et la signature avec une maison de production, il est temps pour l’artiste de sortir de nouvelles choses. Pour son deuxième projet, Worldwide Angel sorti le 23 février 2018, l’artiste espagnole fait appel à une solide armée de producteurs qui ont déjà fait leurs armes : Dubbel Dutch, Jam City, Paul Marmota ou encore DJ Florentino.

Le premier single, Blink en collaboration avec le producteur DJ Florentino est un morceau au rythme intense, aux basses rapides et aux mélodies romantiques dont seul DJ Florentino a le talent. Avec la production si reconnaissable de DJ Florentino et le chant auto-tuné de Bad Gyal, en résulte une alchimie si évidente. Le clip floral, esthétique et coloré est une nouvelle preuve que l’artiste espagnole maîtrise tous les contours de son image.

Dubbel Dutch signe une production très orienté reggaeton-futuriste sur Candela, tandis que Bad Gyal rappe sur les joies de faire la fête en toute transparence. Sur Internationally, tout comme le deuxième album de Kelela, Take Me Appart, Bad Gyal fait appel à Dubbel Dutch et Jam City pour un morceau pop-tropical qui aurait sûrement sa place en haut des charts tant il fonctionne. L’artiste espagnole jouit de sa nouvelle notoriété et de sa dimension “internationale”.

 

Le style musical de Bad Gyal hybride oscille entre une pop futuriste joyeuse à un R&b mélancolique et d’une profonde tristesse. Tra en est l’exemple parfait : à la fois si dansant et si morose, ce morceau a un réel potentiel émotionnel. La répétition si présente du mot “tra” s’apparente à des coups de couteaux tant le charme opère. Le spectre émotionnel qu’on retrouve sur cet album est si large, Realize, et Yo Sigo Iual sont dans la continuité de Tra, des cocktail d’émotions, d’euphorie et de mélancolie. On retrouve Fakeguido sur Tu moto, une balade amoureuse lascive et auto-tunée entre Bad Gyal et son “baby”. Worlwide Angel est résolument différent, plus mature.

Grâce à Slow Wine et Jacaranda, Bad Gyal avait posé les bases de son style musical d’icône en devenir aux influences dancehall et reggaeton assez marquées. Aujourd’hui et sans le savoir, elle affine son statut de pop star en devenir dont l’ascension ne fait que commencer. La pop futuriste de Bad Gyal risque de définitivement conquérir le monde.

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