Rencontre avec Arnaud Khayadjanian : « J’aime l’idée que les gens puissent échapper à leur condition »

Remarqué il y a trois ans avec son premier court-métrage Bad Girl, Arnaud Khayadjanian revient avec Coeurs Sourds, diffusé dimanche 25 mars sur Arte après minuit. C’est la deuxième fois qu’il adapte la pièce éponyme écrite par Laura Desprein. Éclectique et versatile, le jeune cinéaste travaille aussi bien la fiction que le documentaire, et se voit bien écrire pour la télévision.

Cœurs Sourds évoque les désirs de cinq adolescents, interprétés par de brillants acteurs : Armande Boulanger, Olivier Cywie, Lorry Hardel, Sarah-Megan Allouch Mainier et un certain Victor Belmondo (il s’agit bien du petit-fils de Jean-Paul Belmondo !). Mais Arnaud Khayadjanian qui a travaillé d’autres thèmes, d’autres genres et d’autres formats également incarne bien l’éclectisme d’une nouvelle génération d’artistes.

© Envie de Tempête Productions

Pourquoi avez-vous choisi ce métier ?

Absolument rien ne me prédestinait à devenir réalisateur. Ma famille est étrangère au monde du cinéma. J’ai grandi dans un village en Ardèche, loin des salles arts et essais. Ma jeunesse a été intégralement consacrée au sport. Je me considère comme un cinéaste autodidacte même si j’ai suivi des cours théoriques, à la Sorbonne, pendant une année.

 

Vous avez réalisé des films de fiction et du documentaire, pourquoi ces choix ?

Les deux genres me passionnent et me nourrissent différemment. Le choix de traiter un sujet par le biais du documentaire ou de la fiction vient naturellement. Dans Les chemins arides, je souhaitais confronter la parole des membres de ma famille, avec les paysages d’Anatolie. Il y avait une démarche mémorielle, un désir de capter une réalité à un instant T. Dans Cœurs sourds, le scénario étant adapté d’une pièce de théâtre de Laura Desprein, la fiction s’est imposée à moi. Si je devais choisir, je pense que j’irai vers la fiction, car le travail avec les comédiens me fascine. La frontière entre documentaire et la fiction est évidemment vaporeuse. Par exemple, j’écris actuellement un scénario de long-métrage inspiré par des histoires vraies que j’ai récolté auprès d’habitants.

Quels sont vos thèmes de prédilection ?

J’aime l’idée que les gens puissent échapper à leur condition, que rien n’est jamais foutu d’avance, et qu’il est possible de transformer les obstacles en quelque chose de grand. Comment y parvient-on ? Comment réussit-on à transcender ces difficultés ? Comment s’émancipe-t-on d’un milieu extrêmement cloisonné ? Ces questions nous concernent tous.

Comment travaillez-vous ?

Je co-écris tous mes projets de fiction avec un ou une scénariste. C’est vital pour moi. Sur l’aspect technique du tournage, j’ai fait le choix de ne jamais apprendre à utiliser une caméra. C’est donc une véritable collaboration que je propose au chef opérateur. Ensemble, nous créons l’esthétique de chaque film.

© Envie de Tempête Productions

 

Pouvez-vous nous en dire plus sur ce sur quoi vous travaillez actuellement ?

Mon prochain court-métrage, produit par Good Fortune, s’intitule No More Heroes. J’ai écrit le film avec Maïté Sonnet, une scénariste très talentueuse. C’est une fiction qui s’intéresse au mythe des blousons noirs, ces bandes de jeunes issus des quartiers populaires, dans les années 60. Je développe également un projet de long-métrage, Artsakh, un film choral sur un peuple luttant pour son indépendance. En parallèle à la fiction et au documentaire, j’aimerais développer un projet de série TV.

Quels conseils de carrière donneriez-vous des jeunes qui rêvent de réaliser des films ?

Étant issu d’un milieu modeste, je me bats quotidiennement pour faire des films d’auteur, surtout à Paris. Comme beaucoup de mes collègues, j’enchaîne les petits boulots depuis une dizaine d’années. Sans le moindre regret, j’ai une foi inébranlable en mes projets et mes collaborateurs. Par rapport à ma propre expérience, les rencontres avec mes co-scénaristes, Laura Desprein sur Cœurs Sourds et Maïté Sonnet sur No More Heroes, ont été décisives. Le système de financement, en France, étant fondamentalement basé sur le scénario, j’ai le sentiment qu’il faut concentrer son énergie sur l’apprentissage de la dramaturgie.

© Envie de Tempête Productions

Coeurs sourds, d’Arnaud Khayadjanian, 18 minutes, diffusion le 25 mars sur Arte
Astrig Agopian

Secrétaire générale de la rédaction du magazine Maze. Provinciale provençale étudiante à Sciences Po Paris. Expatriée à la Missouri School of Journalism pour un an. astrig@maze.fr

Pas encore de commentaires

Les commentaires sont fermés