SOCIÉTÉ

L’Union européenne à l’épreuve

A l’instar d’une année qui passe, les anniversaires permettent souvent de dresser le bilan. 2017 a signé les 60 ans du traité de Rome. Après la volonté d’union et de coopération, l’Union européenne essuie aujourd’hui échecs et dysfonctionnements, altérant peu à peu le symbole européen initial.

Soixante années ont passé depuis la signature du traité de Rome. Traité qui allait instaurer les bases de l’Union européenne telle qu’on la connaît aujourd’hui. Le 25 mars 1957, la Communauté économique européenne voit alors le jour. Elle établit des mesures qui caractérisent toujours l’Union européenne : abolition des droits de douane et libre-circulation des personnes, des biens et des services. L’Europe est ainsi devenue un marché commun et le modèle d’organisation régionale le plus abouti. Le traité instaure également les institutions européennes : le Parlement, la Commission et le Conseil.

Avec le traité de Rome, c’était la garantie d’une Europe unie dans la reconstruction après deux guerres mondiales, sous l’égide des « grands pays », mais ouverte à ceux qui voulaient l’intégrer. C’est ainsi que les différents processus d’intégration ont permis d’élargir l’Union européenne. L’Allemagne de l’Ouest, la Belgique, la France, l’Italie, les Pays-Bas et le Luxembourg se voulaient au cœur d’un processus de développement économique et social fondé sur la coopération. Après la Seconde guerre mondiale, et en pleine Guerre Froide, les pays européens ont relevé un important défi : rassembler.

De l’amour à la haine

Toutefois, la réalité que donne à voir notre époque contemporaine se distancie fortement des symboles initiaux. Ces dernières années ont été marquées par des déchirements. Rien qui ne puisse coller à l’image d’union. En 2016, l’Autriche annonce vouloir ériger un mur à sa frontière italienne afin de faire barrage à l’arrivée de migrants. Une annonce qui fait tâche dans une Union européenne où les frontières n’en sont plus tellement. L’Italie s’est ainsi insurgée face à cela, rétorquant que cela contrevient aux principes de l’Union. De plus, d’autres murs continuent de dénoter dans le symbole européen.

À Ceuta et Melilla, enclaves espagnoles au Maroc, des barrières de barbelés contrent l’immigration illégale. Dans l’Europe de l’Est également, de nombreuses barrières de plusieurs mètres de haut dessinent les frontières, alors que la Bulgarie prend la présidence de l’UE. L’Institut d’études européennes de l’université Sorbonne Nouvelle montre tristement à l’aide d’une carte les murs aux frontières des pays membres de l’UE. Face aux défis qui s’imposent à l’UE, tel que celui de l’immigration, l’Europe ne se dote pas toujours des bons outils pour y répondre.

L’Europe à l’épreuve de l’euroscepticisme

Plus encore, l’Union européenne est confrontée à de fortes contestations. Et même si elles ne sont pas nouvelles, elles sont bel et bien réelles. Depuis 2016, encore, l’annonce du Brexit a quelque peu ébranlé l’Europe, et continue de le faire, tant la procédure semble complexe. En effet, le référendum du 23 juin 2016 a montré une réalité existant depuis longtemps mais occultée : la méfiance envers l’appareil européen. On entend souvent que l’Union européenne coûte cher aux Etats, que la souveraineté de chaque pays est en perdition. Tous ces discours conduisent ainsi à exacerber l’euroscepticisme de chacun. L’exit est devenu une mode.

Chaque pays s’imagine quitter l’UE, comme pour taper du poing sur la table, parce qu’il faut bien un coupable après tout. Le terme de « Frexit » a, par exemple, tenu une place importante dans la campagne électorale française de 2017, au point de devenir envisageable. L’extrême-droite est en première ligne, mais l’euroscepticisme semble gagner presque chaque fraction du champ politique.

L’Union européenne sous la grisaille. Siège de la Commission européenne, Bruxelles. © Clara Gabillet / Maze

 

L’analyse du rapport des citoyens à l’Europe fait souvent l’objet de raccourcis. Et les enquêtes qui s’en chargent utilisent des catégories peu souples, entre celles et ceux qui se sentent concernés, et les autres. Finalement, l’Europe communautaire apparaît comme un objet éloigné de la vie de chaque citoyen·ne. Mais il est nécessaire de prendre en compte les spécificités de chaque pays membre. L’Union européenne en regroupe certes 28, qui tentent de travailler ensemble, mais elle reste toutefois très plurielle. Les contestations à l’encontre de l’Europe ne sont pas un phénomène aussi nouveau que l’on veut bien le croire. En effet, l’Union européenne a toujours été sujette à une certaine méfiance. Et le Brexit en est le meilleur exemple puisque le Royaume-Uni avait déjà envisagé de quitter l’UE en 1975. L’historien Christophe Le Dréau explique que le militantisme eurosceptique a connu plusieurs âges. D’abord issu des gouvernements, il est aujourd’hui davantage présent dans les partis politiques. Ce discours anti-Europe semble maintenant gagner les arènes du pouvoir, comme on a pu le voir au Royaume-Uni.

Interroger la crise européenne nous conduit finalement à nous demander si elle n’a pas toujours existé. Cet appareil supranational impressionne et intrigue. Et la méconnaissance entraîne sûrement la méfiance. De plus, d’aucuns envisagent la chute de l’Union européenne telle qu’elle fut construite, pourtant les situations critiques semblent l’avoir conduite à ce qu’elle est aujourd’hui. Originellement, la crise est au fondement de la construction européenne. N’en est-elle finalement pas le carburant ?

Crédit photo : http://jmph.blog.lemonde.fr

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