CINÉMA

« Soleil battant » – Un premier drame ambré et organique

Les soeurs Clara et Laura Laperrousaz signent Soleil battant, un premier long métrage écrit et réalisé à deux.

Elles s’inspirent de leur propre histoire familiale à laquelle la fiction se greffe. Soleil battant est un film solaire et organique. Les corps et les paysages chauds du Portugal enrobent un drame fort, porté par le jeu de deux autres soeurs âgées de six ans.

Le film des soeurs Laperrousaz s’ouvre sous le soleil battant du Portugal. Un jeune couple et leurs deux petites filles aux cheveux roux vivent en harmonie leurs vacances dans un paysage ambré et brûlant. Le cadre est un huis clos à ciel ouvert. Dans ce lieu idyllique, les jumelles semblent vivre une liberté insouciante sous le regard de leur parents amoureux, Iris et Gabriel.

Ce jardin d’Eden est très vite perturbé par un secret partagé entre la mère – interprétée par Ana Girardot – et une des petites filles. Cette dernière a l’interdiction de partager ce qu’elle vient d’apprendre avec sa soeur et son père (Clément Roussier). Cette confidence qui planait depuis quelques années sur cette famille, va peu à peu peser très lourd sur les personnages. Le spectateur s’aperçoit alors que l’ambiance n’est pas si paradisiaque. Le film vire avec justesse vers le drame familial.

Lyrisme et sensualité de la photographie

Copyright Alfama Films

 

Visuellement ce premier long-métrage touche au sublime. La photographie de Vasco Viana est faite d’une succession de tableaux composé de couleurs très chaudes qui vont être une sorte de leitmotiv oculaire pour le spectateur. Les jumelles ont les cheveux roux, de la même teinte que les étendues de terre du Portugal. Une couleur qu’elles partagent avec le personnage d’Agate Bonitzer qui joue la soeur d’Iris mais aussi avec les chevaux à la robe alezane de leur père.  La lumière du soleil joue avec ces couleurs pour donner à nos yeux des nuances ambrées qui paraissent saturées tout au long du film.

Cette mise en scène très picturale met en valeur à la fois les magnifiques étendues que sont ces paysages mais aussi les corps des comédiens. On peut ressentir jusqu’à la chaleur du soleil qui se pose sur la peau des personnages. Et si la seule petite faiblesse du film, c’est la qualité des dialogues, le visuel organique allié à une musique poignante nous les font vite oublier car les comédiens parviennent parfaitement à s’exprimer avec peu de mots. Les notes de guitare portugaise appuient fortement cette esthétique.

Mis à part les apparitions d’Agathe Bonitzer dont le jeu est plutôt faux, le couple Clément Roussier et Ana Girardot est d’une justesse troublante et ils réussissent à faire ressortir les complexités des personnalités de leur personnages. Les deux jumelles, Océane et Margaux  sont fascinantes et leur complicité enfantine.

Les soeurs Laperrousaz ne tombent dans aucune facilitée de l’exercice du premier long-métrage et présentent une oeuvre solaire et réjouissante sur un thème très douloureux.

Auteur·rice

J'entretiens une relation de polygamie culturelle avec le cinéma, le théâtre et la littérature classique.

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