CINÉMA

« Seule la Terre » – Une douce brutalité

Francis Lee frappe fort avec son premier long-métrage Seule la Terre sorti en salles en France le 6 décembre dernier. Un film à la fois doux et brutal qui aborde la question de l’homosexualité et de la solitude avec franchise.

Seule la Terre c’est l’histoire de la vie banale de Johnny, un jeune agriculteur qui habite avec son père et sa grand-mère dans le fin fond du Yorkshire. Lors d’une période intense de travail, son père emploie Gheorghe, jeune roumain et unique candidat au poste. Une rencontre qui devrait bouleverser la vie du brutal Johnny.

La campagne anglaise, synonyme d’ennui

C’est l’un des thèmes abordés par Francis Lee, celui de la solitude. La solitude face à la campagne anglaise. Face au vieillissement de la population dans les zones rurales Johnny est mené inéluctablement à se retrouver seul. Le réalisateur dépeint une jeunesse britannique rurale vivant dans un ennui permanent. S’alcooliser à outrance, enchaîner quelques histoires sans lendemain dans des pubs miteux. Vivre pour travailler. Un tableau peu ragoutant qui paraît sincère et réaliste lorsqu’on l’observe depuis l’œil de Francis Lee.

 

Une jeunesse britannique rurale vivant dans un ennui permanent – © Pyramide Distribution

 

Le réalisateur ne parle pas sans savoir et ses propres origines paysannes – du Yorkshire – ne peuvent que finir de convaincre un spectateur déjà pris dans le réalisme brutal de Seule la Terre. On se prend à s’ennuyer pour le jeune homme tout en ne voyant pas le temps passer devant ce film qui semble être fait de contradictions.

Des images crues qui ne manquent pas de douceur

Esthétiquement parlant, Francis Lee livre ici aux spectateurs un film aux images pleines de douceur qui rappellent les peintures de campagnes anglaises dignes de John Constable. Le propos tenu est beau et  la façon dont il met en scène ses acteurs dans ces paysages typiquement britanniques est tout à fait remarquable. Le plus surprenant est la capacité du réalisateur à faire du beau avec du brut. Brutalité du milieu rural (la saleté, la mort de bêtes, …) mais aussi la brutalité de Johnny, le protagoniste.

 

Un fond de brutalité mis en scène avec douceur – ©Pyramide Distribution

 

Il parvient ici à montrer son évolution. Sa rencontre avec Gheorghe va bouleverser sa vie et Francis Lee décrit avec précision les différents stades par lesquels passe Johnny. De la violence au refus, il passe à l’acceptation et à l’amour. C’est donc l’histoire du processus amoureux qui nous est contée et l’on sent les modifications progressives qui s’opèrent chez le personnage de manière très juste et sincère. Avec douceur et simplicité toujours, les deux hommes vont apprendre à s’aimer.

Un film récompensé

Après avoir été primé aux Teddy Award, au festival de Sundance ou encore à Dinard aux Hitchcock d’or, Seule la Terre vient d’être récompensé ce dimanche 10 décembre au British Independent Film Awards.

 

L’œuvre de Francis Lee a reçu quatre prix. Le prix du meilleur film, le prix du meilleur scénario, le prix du meilleur son mais aussi le prix du meilleur acteur qui revient à Josh O’Connor. Véritable révélation, on devrait sans aucun doute revoir son visage atypique à la Jamie Bell dans les années à venir… Cela dit, il est impossible de ne pas relever la symbiose entre les deux personnages. Alec Secareanu est, lui aussi, remarquable et surprend par la justesse de son jeu dans le rôle de Gheorghe.

La réalisation de ce premier film ne peut présager que d’une future belle carrière de réalisateur.

Francis Lee livre un premier long-métrage poétique juste et plein de simplicité. La réalisation de ce premier film ne peut présager que d’une future belle carrière de réalisateur. Malgré une fin assez prévisible, on retiendra de Seule la Terre son propos touchant et engagé et sa qualité visuelle qui ne peuvent qu’encourager à suivre de près ce tout jeune réalisateur.

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