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Johnny, par les enfants des nineties

Il est vrai que le côté légendaire et hors norme de Johnny Hallyday est le premier qui ressort, le premier aspect à retenir lorsqu’on jette un regard en arrière sur la carrière de cet incontournable chanteur français. Mais la mort a toujours cet effet étrange, celui de rendre plus humain et plus fragile, même les plus grands mythes. Retour, sous le regard de la génération des années 1990, sur l’homme Johnny, simplement.

Une image faussée par « allumer le feu »

Ses dimensions de créature médiatique le faisaient quelque peu être détesté par certains. « je pense immédiatement à ‘Allumer le feu’, et c’est ringard. Ça s’arrête là », témoigne Emile, 23 ans, le regard amusé, lorsque nous l’interrogeons dans un bar parisien le soir du 6 décembre 2017. « Le côté rockstar en blouson de cuir qui prend trop de place dans l’univers médiatique ne me plaisait pas du tout », ajoute Elsa, le même âge. Au risque d’allumer le feu aux poudres, nous dirons alors que ‘homme aux quarante disques d’or est donc vu comme un ringard agaçant dont un seul titre enflammé ressort. L’idole des jeunes de la vague yéyé avait fait son temps ? À cause de sa réputation de rockstar hors norme passée de mode ? Pourtant, qu’il nous plaise ou non, Johnny a incontestablement été un mythe, une idole, une figure -une “gueule” – incontournable du patrimoine musical français et même international. Il a été le pionnier du rock en France, en allant à Nashville. Il a fait des concerts et des tournées mémorables, où il arrivait sur scène entre les flammes. Ses yeux perçants et sa voix emblématique sont dans toutes les têtes, de 7 à 77 ans. Le mythe est là, indubitablement. Tout en le reconnaissant, donc, nous avons pris le parti de passer outre ce côté légendaire, déjà traité dans tous les médias nationaux depuis l’annonce dévastatrice de son décès, pour se souvenir de celui qui, finalement, s’appelait en toute simplicité « Jean-Philippe ».

Dans les souvenirs, un homme, simplement

« En fait, moi je me souviens surtout du ‘Ah que Johnny, Ah que coucou’, des guignols ! » ajoute Elsa, après réflexion, « et ça, ça me touche davantage en fait ». En effet, on se souvient forcément du personnage bouffon et attachant, très premier degré, des Guignols. On se souvient de ce qu’on avait ressenti lorsqu’on avait appris que son père, qui l’avait abandonné dès sa naissance, était sa plus grande faille. On l’a regardé d’un autre œil. On se souvient de la grandiose « Que je t’aime » (parolier Gilles Thibaut, compositeur Jean Renard), une chanson aux paroles émoustillantes interprétée en 1969, année érotique, et de la reprise réussie par Camille un peu plus tard pour nos années lycée ou étudiantes, en 2012. On se souvient forcément de l’interprétation touchante de « Je te promets », chanson écrite par Jean-Jacques Goldman, que les lycéens amoureux s’envoyaient par lien YouTube. On se souvient personnellement, avec un sourire en coin, de la chorale du collège, en classe de 5e dans les années 2000, qui chante à gorge déployée et un peu faux « on a tous, quelque chose en nous de Tennesseeeeeee ». On se souvient des prénoms de femmes, Laura et autres Marie : la dernière avait littéralement envahi les radios et les cours d’école lors de sa sortie, en 2002, alors que nous n’avions qu’à peine une décennie de vie à notre actif. On se souvient.

Autant de marqueurs d’époques d’une criante simplicité qui font que la mort de Johnny Hallyday marque incontestablement la fin d’une époque.

Auteur·rice

Rédactrice Maze Magazine. Passée par Le Monde des Livres.

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