CINÉMA

Festival Lumière – Mario Bava, série B

Ce vendredi 20, le Festival Lumière a laissé carte blanche à Guillermo Del Toro au cinéma UGC Ciné Cité Internationale. À cette occasion, il a présenté au public une série B du maître de l’horreur italien Mario Bava.

Une œuvre culte dans la sphère SF assez méconnue du grand public

Si l’on vous dit série B vous penserez très probablement au film culte Planète Interdite de Fred McLeod Wilcox. Mais qu’est-ce qu’une série B ? Pour résumer, c’est un film à petit budget qui était diffusé en première partie d’un film avec un budget plus important. Des années 1950 au début des années 1970, c’est le grand boum des séries B. Pas étonnant donc que l’on retienne assez peu de titres face à la multitude de productions. Pourtant, La Planète des Vampires devrait être de celle dont on se souviens et l’on compte sur vous pour vous en rappeler à l’issue de cet article.

Un budget restreint

Nous le disions précédemment, pour la production de ses films, Mario Bava disposait très souvent d’un budget serré. Quand 30 % du budget part dans des effets spéciaux de brume et 20 % dans le budget coiffure du personnage de Tiona, autant vous dire qu’il ne reste vraiment plus grand chose. Des costumes identiques pour tous les personnages, des décors en polystyrène, et la liste est encore longue.

Evi Marandi, la scream queen de La Planète des Vampires… Et sa choucroute – © American International Pictures

 

Pour l’anecdote, le producteur de La Planète des Vampires, Fulvio Lucisano aurait appris avec étonnement lors du tournage que Mario Bava avait réalisé certaines parties du décor en polenta… Oui oui, en polenta, ce n’est pas une blague. On comprend alors à quel point Mario Bava était talentueux et créatif. Avec les moyens du bord, il parvient à réaliser un film  au court duquel on ne s’ennuie pas une seule seconde.

Un scénario simple et une mise en scène inventive

Comme bien souvent avec les séries B, le scénario de départ est très simple. Avec La Planète des Vampires, Mario Bava n’échappe pas à la règle et nous raconte l’histoire d’un équipage scindé en deux vaisseaux qui vont explorer une planète lointaine nommée Aura. Le scénario initial ne va donc pas très loin mais Mario Bava donne du sens à sa mise en scène ce qui fait toute la richesse de ce film.

Sur le plan des couleurs, il installe une tension sur toute la durée du film. La couleur rouge vient ainsi symboliser un danger imminent et la peur de l’équipage.

Le rouge ou le danger imminent – © American International Pictures

 

La couleur verte, elle, semble symboliser l’autre et l’étrange. Avec ces jeux de lumières, le réalisateur nous fait comprendre inconsciemment ce qu’il va advenir. Ainsi, la couleur verte s’immisce peu à peu à l’intérieur du vaisseau pour finalement y avoir toute sa place.

Le vert ou l’étrangeté de l’autre planète -© American International Pictures

 

Enfin, avec ce petit budget, tous les acteurs ont un même costume. Cette indifférenciation des personnages vient ajouter progressivement de la tension. Le mal réside peut-être en l’un d’eux, mais comment le différencier d’un autre ?

Le mal réside peut être en l’un d’eux – © American International Pictures

 

Mario Bava tourne donc la petitesse du budget en sa faveur. Il donne du sens aux rares éléments de décor et aux costumes avec brio grâce à des effets spéciaux et une photographie kitsch mais qui ne manque pas de charme.

Une œuvre inspirante

Ce film, s’il n’est pas très reconnu par le monde du cinéma (en dehors de la sphère des fans de SF) n’en a pas moins inspiré de grands cinéastes.

Un titre original qui avait du sens – © American International Pictures

À ce titre, le nom original du film sera probablement plus parlant pour comprendre notre propos. À l’origine, le titre de La Planète des Vampires est Terrore nello Spazio, c’est-à-dire “terreur dans l’espace”. Allez savoir ce qui est passé par la tête des Français lorsqu’ils ont fait la traduction…

Maintenant que tout ça est au clair, on peut vous expliquer. Dans ce film, Mario Bava évoque la question de la peur de l’espace et met en place un quasi huis-clos où tous les membres de l’équipage deviennent suspects. Le thème abordé n’est donc pas sans rappeler celui d’Alien et d’aucuns disent même que La Planète des Vampires aurait inspiré Ridley Scott. Mais Ridley Scott n’est pas le seul a priori.

Si Guillermo Del Toro a décidé de le partager au public lors de sa carte blanche, c’est probablement qu’il y trouve là un intérêt et peut-être même une source d’inspiration pour ses propres films, qui sait ?

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