Detroit, de Kathryn Bigelow – American Horror Story

Après la guerre en Iraq (Démineurs), la traque de Ben Laden (Zero Dark Thirty), Kathryn Bigelow et le reporter Mark Bowl repartent fouiller dans les entrailles de l’histoire américaine. Avec Detroit le duo nous plonge physiquement dans les émeutes raciales de 1967, dont une perquisition policière qui vire au drame.

Le film s’ouvre sur une séquence animé qui retrace brièvement l’histoire des afro américains. En plus de l’intérêt pédagogique et de contextualisation, ces quelques minutes permettent de rattacher l’épisode de la perquisition à la grande Histoire.

Made in america

Adapter au cinéma cet événement anecdotique en 2017, alors que l’Amérique a de nouveau vécu une émeute raciale en 2016, n’est pas anodin. Comme à son habitude Kathryn Bigelow et Mark Bowl veulent confronter leurs concitoyen.ne.s à leur réalité contemporaine. On se rend vie compte que toutes les problématiques, évoquées plus ou moins furtivement, renvoient directement à notre époque. La partialité de la justice, l’empilement des différentes polices, les inégalités, l’extrémisme, et la paupérisation des villes sont des problèmes toujours d’actualité. D’ailleurs à part les vêtements et les décors, le film évite tout élément qui ancrerait encore plus l’histoire dans son époque.

Plutôt que de passer par une démonstration purement théorique, Kathryn Bigelow préfère miser sur l’immersion du spectateur.

© Concorde Filmverleih GmbH

 

Pris sur le vif

Avec Démineurs le style de la réalisatrice s’est radicalisé en une approche documentaire. Sa caméra tremble, s’affole, recadre, elle est physiquement au cœur de l’action. Alors que d’autres font appel à cette pratique pour mieux camoufler leur absence de créativité (en France on a Maiwenn et son Polisse façon Enquête exclusive), Kahtryn Bigelow sait puiser toute sa force sensorielle.

Comme lors des séquences de déminage de Démineurs, la caméra se multiplie pour couvrir tous les éléments de la scène. Au lieu d’être noyé dans ces points de vue, la mise en scène parvient à gérer à la perfection la spatialisation, si bien que l’on pourrait en faire un croquis.

La scène centrale de l’interrogatoire musclé n’en devient alors que plus éprouvante. L’impact des tirs, des coups, des cris, des pleurs nous est fait ressentir viscéralement.

© Concorde Filmverleih GmbH

 

Le risque d’un tel dispositif est d’être toujours extérieur aux personnages et ne rien ressentir. Pourtant c’est l’exact inverse qui se produit. Une fois plongé à l’intérieur de la scène, le spectateur s’identifie à tous les personnages, les afro-américain.e.s persécuté.e.s comme les policiers tortionnaires. De cette manière le film évite tout manichéisme. Il est alors assez troublant de finir par ressentir une forme d’empathie pour le policier extrémiste Krauss.

En passant par le pur genre horrifique de l’Home invasion [film dans lequel des ennemis pénètrent de force dans un bâtiment, ndlr], Detroit échappe à la démonstration emphatique. La charge politique est d’autant plus virulente qu’elle passe par la narration et l’émotion. Une fois de plus Kathryne Bigelow force le spectateur américain à se confronter à son propre ressenti et à questionner son identité.

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