SOCIÉTÉ

Présidentielle iranienne – Victoire nette d’Hassan Rohani, le chapitre ouverture continue

56,4 millions d’élect·eur·rice·s iranien·ne·s se sont rendus aux urnes le 19 mai dernier pour élire leur président. Sans véritable surprise, le président sortant Hassan Rohani a été réélu avec 53,18 % des voix.

1600 candidatures avaient été envoyées, et six candidats avaient été retenus par le Conseil des gardiens de la Constitution. Parmi eux, le président sortant Hassan Rohani du Parti de la modération et du développement, Ebrahim Raïssi de l’Association du clergé militant, qualifié de conservateur, Eshaq Jahangiri le premier vice-président d’Hassan Rohani, Mohammad Bagher Ghalibaf, le maire de la capitale Téhéran, Mostafa Hashemitaba, ancien ministre des Mines et de l’Industrie et Mostafa Mirsalim, ancien ingénieur et chef de la police. L’affluence était massive.

Les enjeux de l’élection : repli ou ouverture ?

Les deux candidats principaux étaient Hassan Rohani et Ebrahim Raïssi, dans une élection qui ressemblait en réalité à un duel entre deux visions pour le futur de l’Iran. D’un côté, Hassan Rohani, élu président en 2013 et décrit comme réformateur et en faveur d’une ouverture du pays sur le monde. Il était le favori des sondages. Après la présidence Ahmadinejad, le centre est devenu une force politique importante en Iran. La présidence en 2013, mais aussi les législatives en avril 2016 avaient fait du parti d’Hassan Rohani le premier sur la scène politique. De l’autre, Ebrahim Raïssi, religieux conservateur, et plutôt en faveur d’un repli. Il a été soutenu par l’ayatollah Khameneï.

L’un des thèmes clés de la campagne a été l’accord de Vienne concernant le nucléaire, signé en juillet 2015. Les signataires étaient l’Iran et les « P5+1 » : la Russie, la Chine, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne et les Etats-Unis. Le moment a été qualifié d’historique, mais les critiques ont fusé de tous les côtés. La principale conséquence étant la levée des sanctions économiques sur l’Iran et la reprise de partenariats étrangers, que le président Rohani a présenté comme bénéfiques pour l’économie du pays. Mais le chômage est de 12,5 % et les opposant·e·s au président ont utilisé l’argument économique pour décrier l’accord. Le camp Raïssi a également accusé Hassan Rohani de corruption.

Suite à ces accusations, le « mouvement vert » est réapparu. C’est le surnom qui a été donné au soulèvement postélectoral qui a eu lieu en 2009, pour dénoncer les fraudes électorales réalisées pour garder au pouvoir le conservateur Mahmoud Ahmadinejad.

Comprendre l’organisation du système politique iranien

Depuis la révolution de 1979, le régime iranien est théocratique. En effet, c’est le Guide suprême qui gère principalement les affaires de l’Etat. Il est nommé à vie par une assemblée d’experts religieux, et doit avoir fait des études théologiques. Il est légitimé par la religion et son prestige vient de ses études et de ses connaissances dans le domaine. Il a le pouvoir de désigner le chef de la justice, la moitié des membres du Conseil des gardiens de la Constitution, les dirigeants de l’armée et valide l’élection du président. De 1979 à 1989, l’ayatollah Rouhollah Khomeini était en poste. Depuis 1989, c’est Ali Khameneï qui occupe ce poste essentiel.

Le président de la République, lui, est élu au suffrage universel pour quatre années. Son mandat est renouvelable une fois seulement, Hassan Rohani ne pourra donc plus se présenter après cette réélection. Le président doit agir sous la surveillance du Guide, mais possédant une légitimité démocratique qu’il tire du suffrage universel, il peut tout de même orienter la diplomatie. La preuve est qu’Hassan Rohani a pu négocier et signer l’accord nucléaire, et qu’il a été réélu, et sa réélection validée, alors que l’ayatollah Khameneï à titre personnel soutenait son principal opposant, le conservateur Ebrahim Raïssi.

Des avancées pour les femmes en politique intérieure ?

Les élections municipales et locales ont eu lieu en même temps que l‘élection présidentielle en mai dernier. Beaucoup de femmes ont été élues à travers tout le pays. À Téhéran, six des vingt-et-un membres du conseil municipal sont des femmes. Mais ce qui est intéressant est que même dans des villages, les élections ont fait des élues. Par exemple, 415 femmes ont obtenu un poste dans la région rurale et réputée conservatrice du Sistan-Baloutchistan.

Beaucoup de femmes avaient voté pour Hassan Rohani, séduites par son aspect modéré, espérant qu’il laisserait plus de place et plus d’opportunités pour elles. La volonté que des femmes entrent dans le gouvernement en tant que ministres (et non seulement en tant que vice-ministre ou autre position subalterne) est grandissante. Il ne faut cependant pas oublier que ces décisions ne résident pas seulement entre les mains du président.

La réélection d’Hassan Rohani en tant que président de la République iranienne n’est donc pas une surprise. Il semble bien que sur le plan de la politique extérieure comme sur le plan de la politique intérieure, la modération et la volonté d’ouverture vont se poursuivre. Elles se traduiront par des relations politiques et économiques avec les autres pays, notamment les P5+1. Ces relations ne dépendent cependant pas que du président, et d’autres dissonances existent sur les scènes politiques intérieures, comme aux Etats-Unis par exemple. Concernant le plan intérieur, la modération du président encourage les femmes à se présenter à des élections, et elles sont de plus en plus nombreuses à être élues. La prochaine étape la plus essentielle et historique de la politique iranienne commence déjà à être discutée : il s’agit de la succession de l’ayatollah Khamenei au poste du Guide suprême.

Auteur·rice

Secrétaire générale de la rédaction du magazine Maze. Provinciale provençale étudiante à Sciences Po Paris. Expatriée à la Missouri School of Journalism pour un an. astrig@maze.fr

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