SOCIÉTÉ

Le futur du journalisme dessiné pendant ses assises

Maze était présent lors des dernières « Assises du journalisme », à Tours. Pour ses dix ans, l’événement a adopté un thème tourné vers l’avenir : le journalisme dans dix ans. Au cours de l’un des ateliers de la journée, la parole a été donnée aux étudiant·e·s journalistes qui s’étaient déplacé·e·s pour l’occasion. Cela a été pour e·lles·ux l’occasion d’exprimer leurs espoirs, leurs envies et leurs vues sur le futur de la profession.

Des mutations dans l’enseignement

Les étudiant·e·s d’aujourd’hui pensent que dans dix ans, la formation de journaliste mettra au centre des enjeux la polyvalence. Le monde du journalisme d’alors sera de moins en moins vertical et demandera aux journalistes de se démarquer des autres, notamment par l’utilisation des données, des aptitudes techniques comme la programmation ou encore des collaborations particulières.

Les réseaux sociaux feront aussi partie de la formation journalistique car ils occuperont une place encore plus grande qu’aujourd’hui dans les flux d’information. De plus, il ne faudra pas seulement publier du contenu mais aussi le faire vivre, en interagissant avec la communauté que ledit contenu réunira. Le métier aura aussi poursuivi sa féminisation.

Malgré ces évolutions, il ne faudra pas oublier les fondamentaux du métier de journaliste, en particulier le devoir d’authentification de l’information et des sources.

Ateliers d'étudiant·e·s

© Les Assises du Journalisme

De nouveaux modèles économiques

Le système des groupes de presse, nuisant à sa liberté, et celui de la publicité, devenant contradictoire avec les valeurs du journalisme, s’effaceront peu à peu au profit de modèles économiques différents. Le web étant un lieu d’innovation privilégié, c’est là que seront créés nombre d’entre eux.

Avec les innovations actuelles dans ce domaine, on peut déjà imaginer ce sur quoi vont se baser les modèles économiques du futur. Ainsi, les modèles hybrides proposant d’une part un média et d’autre part un service, comme de la formation, ont été avancés durant les Assises du journalisme. Les campagnes de financement participatif et les dons gagneront sûrement aussi en importance dans le monde des médias. En allant plus loin dans la logique de mécénat, des modèles par fondation, comme Propublica ou Global Magazine, sont aussi envisagés.

Une crise du quatrième pouvoir

Le journalisme est déjà entré dans cette crise, et elle n’est pas près, d’après les étudiant·e·s réuni·e·s aux Assises du journalisme, de s’arrêter. En effet, les dirigeants politiques semblent continuer de verrouiller toujours plus l’information, les intérêts privés influençant le journalisme notamment via les groupes de presse.

Tout ceci ne va pas aider à endiguer le manque de confiance du public en la presse et la montée des réseaux conspirationnistes et complotistes. De plus, l’accélération de l’information entraînera une forte baisse de sa fiabilité.

Pour remédier à ces phénomènes, les médias vont donc s’emparer davantage des questions d’éducation aux médias et à l’information.

L’indépendance comme norme

Une autre manière de combattre ces tendances sera l’affirmation de l’indépendance de la presse avec l’émergence de médias n’appartenant pas aux groupes de presse et ce jusqu’à ce que cela devienne la norme. Du même coup, ces médias indépendants développeront leur rôle de lanceurs d’alertes et de journalistes d’investigation, menant peu à peu à la fin de l’infotainment.

Au-delà des médias, les journalistes e·lles·ux aussi gagneront en indépendance. Les journalistes freelance seront de plus en plus nombreu·x·ses, travaillant grâce à leurs réseaux personnels et au net.

Atelier des assises

© Les Assises du Journalisme

La technologie au centre des enjeux

Les étudiant·e·s pressentent aussi que les prochaines évolutions technologiques vont très largement modifier l’exercice de leur métier. La réalité virtuelle, notamment, gagnera en force dans les reportages, permettant une immersion hors du commun. Cependant les journalistes vont devoir se positionner avec précaution à ce sujet, cette technologie risquant de faire primer l’émotionnel et le sensationnel à l’information et l’analyse.

De la même manière, internet devenant un support privilégié du journalisme, sa gouvernance par les états ou de grandes entreprises sera, et est déjà, une problématique fondamentale du journalisme. À ce titre, les médias pourraient devenir l’un des acteurs principaux de la défense de la liberté du net.

Ce que l’on ne veut plus voir

Enfin, les étudiant·e·s journalistes présent·e·s aux Assises ont exprimé leurs souhaits de voir les pratiques évoluer, notamment en ce qui concerne les sondages. Ils et elles espèrent en effet que leur utilisation devienne de fait marginale. D’autre part, ils et elles voudraient que le journalisme s’écarte de l’éditorialisme généralisé et du journalisme de commentaire. De même, les étudiant·e·s se sont prononcé·e·s contre l’omniprésence des expert·e·s qui n’apportent que rarement quelque chose de constructif aux débats.

Enfin, ces étudiant·e·s espèrent que la parité, aujourd’hui en progrès mais toujours imparfaite se rapproche de l’idéal et que le traitement médiatique des minorités soit plus juste, humain et responsable.

Auteur·rice

Je suis un ingénieur créatif, étudiant en curiosité, vadrouilleur de l'Internet amateur de culture.

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