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Cannes 2017 – Vers la lumière : un rêve éveillé

Un homme, filmé de dos, entre dans un cinéma et s’installe dans son siège. Il place un écouteur dans son oreille gauche. Commence alors une séquence où chaque image est décrite par une voix off. Hikari (Vers la lumière), le dernier film de Naomi Kawase en compétition à Cannes, nous invite à découvrir l’univers mystérieux de l’audio-description à travers les yeux de celle qui la fait, et les oreilles de celui qui l’écoute. Une œuvre incroyable de douceur et de lumière, mais aux symboliques parfois pesantes.

Décrire les images avec justesse tout en laissant libre cours à l’imagination de celui ou celle qui écoute le film est l’objet du métier de Mizako, personnage principal du film de Naomi Kawase. Au début du film, on lui reproche d’être “intrusive”, de “remplir les interstices” avec ses mots, dont le “carcan” est trop rigide pour épouser les images du film qu’elle décrit. C’est à ce moment là qu’on se rend compte que l’audio-description est un vrai sujet de cinéma. Les questions que se posent Mizako sont celles que se posent un.e cinéaste, à la différence près que l’une décide de dire quand l’autre décide de montrer. Dans l’audio-description comme au cinéma, il est question de visibilité, c’est à dire de savoir ce qu’on donne à voir au spectateur. Mêler cette question à la rencontre entre une voyante et un ancien grand photographe dont la vue est réduite à un dizième de l’écran est passionnant.

Le faire sur la musique d’Ibrahim Maalouf est à la fois magique et étonnant. Masatoshi Nagase et Ayame Misaki, eux, sont touchants et profonds dans l’interprétation des deux personnages principaux. Tout semble aussi parfait que la lumière du film jusqu’au moment où Naomi Kawase fait perdre totalement la vue à son personnage de photographe et lui fait brûler ses pellicules et jeter son appareil photo. Et comme si cela ne suffisait pas, elle fait embrasser ses personnages en contre jour frontal au coucher du soleil à la fin du film…  Tout à coup, le piano se mue en tire-larmes, et c’est énervant. À juste titre, le film fût tout de même applaudi, par ceux et celles qui pendant la séance n’avaient pas dormi.

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