CINÉMAFestival de Cannes

Cannes 2017 – « Nos années folles », valse des métamorphoses

Pour cette 70ème édition, le Festival de Cannes rendait hommage à un grand monsieur du cinéma français, André Téchiné. Dans la salle étaient présentes toutes les muses de sa filmographie : Catherine Deneuve, Juliette Binoche, Isabelle Huppert, Emmanuelle Béart, Sandrine Kiberlain et Elodie Bouchez mais aussi Lambert Wilson (entre autres). L’occasion surtout de projeter en avant-première son dernier film Nos années folles interprété par Céline Sallette, Pierre Deladonchamps et Grégoire Leprince-Ringuet. Un merveilleux film d’époque et de transformations.

André Téchiné nous plonge dans le Paris de la Première Guerre mondiale et des Années folles. Il nous raconte l’histoire vraie de Paul et Louise Grappe dont les vies avaient déjà fait l’objet d’un essai des historiens Fabrice Virgili et Danièle Voldman et d’une bande-dessinée de Chloé Cruchaudet, Mauvais Genre. Ne supportant pas l’idée d’être au front et de faire la guerre, Paul Grappe (Pierre Deladonchamps révélé par L’ Inconnu du lac d’Alain Guiraudie) va déserter alors qu’il est légèrement blessé. Pour le cacher, sa femme (Céline Sallette qui confirme de plus en plus son immense talent d’actrice) a l’idée originale de le transformer en femme. D’abord rebuté par cette initiative, Paul va très vite devenir Suzanne. La fin de la guerre déclarée, le déserteur va alors se fondre dans les fêtes des années folles et s’adonner aux plaisirs des Bois de Boulogne. En 1925, grâce à l’amnistie il va retrouver sa véritable identité mais ce retour à la réalité va être plus compliqué que prévu pour le jeune homme et son désir de retrouver celle qu’il était ne va plus coïncider avec les mœurs post – Années folles.

Fresque des transformations

André Téchiné transporte parfaitement cette histoire originale de transformation et d’amour dans son univers cinématographique. À travers ce récit, on retrouve les thèmes chers au réalisateur comme l’évolution des mœurs qui ici sont celles de la Première Guerre mondiale. Mais aussi la passion à la fois amoureuse qui lie le couple Grappe et qui va bien au delà de la transformation physique de Paul. Elle est illustrée dans de magnifiques scènes de couple très picturales et sensuelles à l’instar de l’image prise pour l’affiche du film. La passion anime déjà ces personnages singulièrement et c’est ce qui amènera la fin tragique du film.

Alors que Suzanne est redevenue Paul et que son histoire est connue de tous. Un directeur de spectacle de cabaret incarné par Michel Fau, va lui proposer de mettre en scène le conte de sa vie. Sans transitions, la mise en scène du film jongle entre une sorte de reconstitution historique réelle – qui ne tombe dans aucun piège du genre – et ce spectacle un peu onirique qui redonne vie à l’histoire de Paul qui redevient Suzanne. Nos années folles devient un film en mouvement perpétuel comme une danse où Pierre Deladonchamps se métamorphose sans cesse passant de l’homme à la femme jusqu’à perdre son identité.

Nos années folles, c’est du grand André Téchiné porté par un formidable trio d’acteur. En cette 70ème édition comment ne pas rendre hommage au cinéma de celui qui détient le plus grand nombre de films en compétition présentés au Festival de Cannes depuis 1979 ?

Auteur·rice

J'entretiens une relation de polygamie culturelle avec le cinéma, le théâtre et la littérature classique.

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