CINÉMAFestival de Cannes

Cannes 2017 – La Caméra de Claire : la force tranquille

Présenté en séance spéciale, le film d’Hong Sang-Soo est un petit bijou de simplicité et de tendresse et peut-être la grande bouffée d’air frais d’un festival dominé par un certain pessimisme.

Il ne faut ni chercher dans La Caméra de Claire un film majeur de cette édition anniversaire du festival de Cannes, ni un film crucial dans la dense filmographie d’Hong Sang-Soo (on attend à ce titre beaucoup de son autre film Le Jour d’après, présenté lui en sélection officielle). Néanmoins, à l’heure où le spectre Netflix attise les débats, et où les préoccupations d’un monde au bord du gouffre s’engouffrent au cinéma, ce « petit » film (tant par sa durée que ses ambitions) fait figure de véritable perle rare et de parfaite synthèse de l’oeuvre du prolixe cinéaste coréen. Tourné l’an dernier pendant le festival avec des moyens minimaux, le film relate les déambulations de Claire, enseignante parisienne en goguette sur la Croisette, campée par une Isabelle Huppert radieuse. Son chemin croisera rapidement celui de So, cinéaste coréen sélectionné en compétition mais complètement paumé et borderline alcoolique, et de Manhee, employée de la productrice de celui-ci tout juste licenciée (interprétée par la magnifique Kim Min-Hee, muse du cinéaste déjà aperçue dans Mademoiselle). Munie de son polaroid, Claire va petit à petit virevolter d’un personnage à l’autre pour essayer de sauver la situation.

Un « petit » grand film

Et c’est bien loin de la croisette que va se déployer tout le savoir-faire honguien, avec une grâce et une délicatesse incroyables. Il y a quelque chose de proprement miraculeux dans la manière dont le cinéaste assemble ces fragments de vie infimes, sans pour autant sombrer dans le superficiel ou le trivial. Tous les ingrédients habituels des films précédents sont là : temporalité flottante, longs plans fixes (ou presque) laissant la place au dialogue, mise en abîme de la figure du cinéaste, et bien sûr, de copieuses quantités d’alcool. Une fois de plus, la sauce prend. Sous ces airs de petit film, La Caméra de Claire révèle des profondeurs insoupçonnées, généralement contenues dans une ligne de dialogue a priori anodine ou un mouvement de caméra basique. Finalement, le petit polaroid de Claire et ses photos qu’elle distribue apparaissent comme une parfaite incarnation du cinéma d’Hong Sang-Soo, où chaque plan, chaque dialogue, contribuent à un édifice aussi humble que spectaculaire. Malgré cette simplicité, La Caméra de Claire fait figure de petite leçon de cinéma, tant avec trois fois rien il enchante beaucoup plus que beaucoup de mastodontes amenés à être primés.

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