MUSIQUE

Paradis part en live

Après la sortie remarquée de leur premier album Recto Verso fin 2016, Simon Mény et Pierre Rousseau alias Paradis se sont lancés à l’assaut de la scène. Une tournée qui risque de durer, à laquelle ils n’étaient pas forcément préparés. Lors de notre rencontre avec eux au festival Tropisme (34), ils nous ont parlé de leurs peurs, mais aussi et surtout de leur bonheur à faire du live.

Qu’est-ce qui a changé pour vous depuis la sortie de l’album ?

Pierre : Le rythme de notre vie a été relativement bouleversé. On a mis beaucoup de temps à faire un disque, en tous cas pour ceux qui étaient autour de nous. C’est juste un autre moment. On a passé beaucoup de temps à faire de la musique tous les deux, maintenant on fait beaucoup de concerts. On est maintenant dans un autre moment.

Vous aviez pensé au live en faisant l’album ?

Simon : Pas du tout ! La musique au début on bidouillait des machines chez nous sans penser à ce que ça pourrait devenir. On a imaginé un album sans penser à ce que ce serait sur scène. Et puis après nos expériences en live, on s’est rendus compte que ça n’allait pas être évident…

Pour quelles raisons ?

Simon : parce que notre musique on l’avait composé dans des conditions complètement différentes. La façon dont on a enregistré les voix par exemple : c’est très difficile de faire sonner les voix en live comme elles sonnent sur notre disque. Mais c’était super de se donner la liberté de créer sans se donner la limite de ce qu’on pourrait faire après sur scène.

Pour la scène il a fallu envisager notre musique différemment, ouvrir notre univers à d’autres choses. Comme c’est un contexte différent, le fait que la musique sonne différemment ce n’est pas du tout un problème ! Pour nous, c’était presque « challenger les chansons », en leur donnant une autre énergie, en s’appuyant sur les lignes de chant et les textes.

La tournée a commencé il y a quatre mois. Comment vous le sentez maintenant ?

Pierre : Déjà, lentement arriver dans la performance, qui n’était pas du tout dans notre esprit à la base. Donc relever ce défi qui n’en était même pas un pour nous au début (rires), mais qui s’est un peu imposé, c’est touchant.

Sortir un peu de notre dualité qui a modelé le disque, se dire qu’on n’est plus que tous les deux, on est quatre, plus nos techniciens qui sont aussi importants que le groupe lui-même pour faire quelque chose de bien !

“Maintenant on considère nos chansons comme des œuvres vivantes”

Et puis il y a le public, une notion que nous on a pas forcément beaucoup pris en compte pendant qu’on faisait nos disques. Pas par manque de générosité, mais à cause du fait qu’on faisait au départ de la musique juste pour nous deux. Partager ça avec le public maintenant, c’est hyper important !

Simon le disait, ce qui est beau avec ce live, c’est se rendre compte que nos chansons au délà d’être des enregistrements, ont une capacité à être interprétées, à exister de manière différente. On les considère maintenant comme des œuvres vivantes, qui ont vocation à être modifées dans le temps. Et ça je pense que ça nous fera reconsidérer la manière dont on fera les prochains disques.

Vous aviez des références d’autres artistes sur scène ?

Simon : Pas tant que ça. C’était un peu une question quand on a commencé à aborder la scène : trouver des exemples de groupes qui faisaient de la musique telle qu’on la concevait sur disque, et qui la transposait sur scène. Quand on a fait ce disque au début, j’allais voir quelques concerts parfois, mais j’étais pas un grand festivalier. Mais de plus en plus ça nous a intéressé.

“Nos références de disques sont beaucoup plus importantes que nos références de scène !”

Pierre : Je ne suis pas sûr non plus d’avoir de vraies références. Nos références de disques sont beaucoup plus importantes que nos références de scène !

Par contre on a été influencé par les gens que l’on connait et qui font de la scène. À la fois Dans le fait d’avoir fait des premières parties pour Christine & The Queens, où on a vu quelqu’un qui était dans la performance. Et puis de l’autre côté des projets moins pop, nos copains comme Frànçois & The Atlas Mountains, Flavien Berger, Rory le guitariste de Konan Mokassin… C’était assez inspirant. Leur demander des conseils du style « alors toi comment tu fais pour gérer la demi-heure avant le concert ? », ce genre de choses. Nos amis sont plus nos références dans ce cas là que d’autres gens.

Après il y a des groupes auxquels forcément on s’est intéressés dans leur formation live, des groupes contemporains comme Junior Boys, et puis des références sur des chansons électroniques comme New Order.

 

Simon : on fait une musique avec une voix assez soft, douce. Mais on voulait sur scène que l’énergie des morceaux soit généreuse. Du coup transposer les chansons, avec cette voix, sur une musique assez violente, techniquement c’était assez difficile. Dans ce type de configuration, on a pas eu beaucoup d’exemples.

Comment le public a réagi aux changements que vous apportez sur scène par rapport à l’album ?

Pierre : Le public accueille assez bien cette réinterprétation du disque. Ils acceptent que ce n’est pas le disque. Et c’est assez touchant.

Simon : Je pense que ça reste beaucoup à construire notre relation avec le public La générosité sur scène c’est quelque chose qu’on est en train d’apprendre ! C’est pas dans nos natures, on est des gens pas forcément très expansifs, donc il fallait aller au delà de ça, et en même temps faire ça d’une façon qui soit vraie pour nous, de ne pas jouer un rôle, se sentir bien dans nos baskets !

Pierre : c’est ce qui est touchant, c’est que sur le disque on est effectivement pas très expansif, mais sur scène on avait pas envie d’être comme ça ! Donc c’est cool de se dire qu’il y a pas eu de problème à ce niveau là parce qu’on considère qu’on a été nous-mêmes. On a pas essayé de faire semblant.

Dans l’album, il y a des titres faits pour danser. C’était une envie ? Qu’est-ce que ça donne en concert ?

“L’idée c’est que ce ne soit pas juste un concert que tu regardes, mais aussi quelque chose de ressenti, danser, regarder autour, et partager la musique avec tes amis et ceux qui sont autour de toi.”

Simon : Oui il y a des morceaux dansants ! Et en concert ça danse. On a fait deux concerts à la Gaieté Lyrique où on avait l’occasion d’organiser la scène un peu comme on voulait, avec une configuration lumière assez intéressante. On a demandé à notre ingénieur de mettre de la lumière aussi sur la salle, pour créer une ambiance qui pourrait se rapprocher d’un dancefloor. L’idée c’est que ce ne soit pas juste un concert que tu regardes, mais aussi quelque chose de ressenti, danser, regarder autour, et partager la musique avec tes amis et ceux qui sont autour de toi.

Pierre : au-delà du fait de faire danser les gens, les morceaux dansants moi je me rends compte que je ne les joue pas bien si je ne danse pas moi-même !

Simon : moi c’est l’inverse avec le chant (rires). Si je danse trop, ça a un impact sur le chant, donc il faut que j’imagine que je suis à demi-temps, je danse à moitié.

 

Vous avez déjà des projets pour la suite ?

Pierre : on se laisse le temps pendant la tournée, et un peu de temps après, quelque mois, pour que chacun puisse retourner dans son jardin secret, avant de se retrouver.

Simon : Pour le moment le live nous apporte énormément : humainement, parce qu’on ouvre la façon dont on fait de la musique, à la fois à d’autres membres, mais aussi à un public.

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