SOCIÉTÉ

Quand les entreprises américaines s’en prennent à Donald Trump

À peine installé dans le bureau ovale, Donald Trump a signé un décret anti-immigration qui a suscité des réactions extrêmement vives nationalement et internationalement. Si des politiques et citoyens du monde entier ont condamné le président pour ce texte, les entreprises américaines ont elles aussi pris position contre Trump.

Le décret signé par Trump, souvent appelé « Muslim ban », a été signé pour empêcher l’arrivée aux Etats-Unis d’individus issus de sept pays pendant 90 jours : l’Irak, l’Iran, la Libye, la Somalie, le Yémen, le Soudan, ainsi que la Syrie (pour une durée indéterminée). Il suspend également le programme américain d’admission des réfugiés. Tous les ressortissants de ces pays (tous musulmans… coïncidence ?) sont privés d’entrée sur le territoire américain, sauf pour ceux bénéficiant d’un visa humanitaire ou délivré par l’Organisation des Nations Unies.

À l’annonce de la signature du décret, les américains se sont révoltés. De nombreuses manifestations ont vu le jour dans les aéroports afin d’empêcher la détention des personnes privées de séjour. Les compagnies aériennes, afin de respecter les règles de sécurité, ont arrêté l’embarquement des personnes venant des sept pays. Air France faisait partie de ces entreprises. De nombreux dirigeants du monde entier ont exprimé leur désarroi et leur désaccord face à une telle mesure anti-immigration, et qui vise clairement les individus d’une même religion, déjà stigmatisée par le président, bien que celui-ci évoque une question de sécurité nationale. Car bien sûr, tous les musulmans sont des terroristes.

Réactions rapides et choquées des grands de l’économie américaine

Les entreprises américaines ont également exprimé leur opinion. La Silicon Valley était déjà anti-Trump ; mais ce fut le pas de trop. Facebook, Amazon, Google, Apple, Netflix, Airbnb, Uber, Starbucks, et d’autres encore, ont condamné le décret américain ainsi que le président, qui selon eux, faisait preuve d’un évident « anti-américanisme ». Le co-fondateur d’Airbnb, Brian Chesky, a rapidement proposé à toutes les personnes bloquées par la loi un hébergement gratuit via sa plateforme en ligne. Quelques jours plus tard, lors du Superbowl, la nuit de télévision la plus regardée aux Etats-Unis, Airbnb diffusait un spot publicitaire rappelant l’égalité de toutes les communautés et son soutien à tous les immigrants. L’entreprise a également promis de faire un don de quatre millions de dollars sur les quatre prochaines années à l’association International Rescue Committee, un groupe international qui vient en aide aux personnes déplacées dans le monde. L’entreprise Starbucks, quant à elle, a déclaré que dans les cinq prochaines années, elle embaucherait 10 000 immigrants à travers le monde en réponse au décret anti-immigration. Déclaration qui s’est retournée contre elle puisqu’à sa suite, la consommation de ses célèbres cafés a connu une forte baisse, à cause d’un boycott pro-Trump.

Aujourd’hui, le Muslim Ban a été retiré, bien que Trump ait promis un nouveau décret d’ici peu, similaire mais novateur pour empêcher l’immigration des ressortissants des pays dont il estime mettent en danger la sécurité nationale du pays. Peu avant son retrait, un groupe de cent entreprises américaines dont Netflix, Uber, Pinterest, Airbnb, Twitter, Yelp, Reddit, Medium, Dropbox, et de nombreuses autres, avaient déposé une lettre aux juges américains afin de manifester leur opposition au décret. Dans ce communiqué collectif, elles ont rappelé que l’économie américaine ne serait pas la même aujourd’hui sans les immigrants.

En plus de priver les musulmans de leurs droits fondamentaux par cette mesure, Trump et son administration ignorent également le pouvoir économique des immigrants, qui apportent leur éducation ainsi que leurs talents. Les 100 entreprises américaines ont rappelé qu’il ne faut pas créer de barrières pour que les grands talents du monde rejoignent les Etats-Unis, car c’est ignorer à quel point ils sont bénéfiques. L’amalgame de Trump entre musulmans et terroristes n’est pas nouveau, mais il est très dangereux, surtout pour quelqu’un qui a un tel niveau de responsabilité à la tête d’un état.

Durant les dernières semaines (même bien avant), Trump s’est montré impulsif et irrespectueux en tant que président, pour ces entreprises novatrices et prospères, pour la population et, de manière encore plus inquiétante, pour les médias. L’attitude qu’il adopte en les accusant de « fake news » ou de « menace pour la sécurité des Etats-Unis » n’est pas digne d’un président qui se vante de mener le « monde libre ». La démocratie américaine est en jeu. Ces événements permettent de nous demander quel sort il réserve aux entreprises qui s’opposeraient à lui dans leurs politiques et leurs opinions publiques. Une chose est claire : ces quatre années vont être remplies de surprises, de manifestations, de mécontentement généralisé national et international, alors il est temps de bien s’y préparer.

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