À Villeurbanne, Benoît Hamon féroce Candide à l’épreuve du désintérêt

Le lendemain de l’écriture de sa lettre adressée à neuf millions de Français dans le but de les  convaincre (encore) de lui offrir leur suffrage, ce mardi 11 avril à 18 heures, Benoît Hamon donnait rendez-vous à ses sympathisants  à Villeurbanne. Alors que dans douze jours se joue le premier tour de l’élection présidentielle en France, les candidats abattent leur dernières cartes pour convaincre et enchaînent les meetings dans l’Hexagone. Immersion dans une soirée aux allures de dernière chance.

Benoît Hamon a choisi la ville de Villeurbanne et son Astroballe pour réunir ses sympathisants. 19 heures : la salle est à moitié pleine. On nous félicite d’être 4500, pour une capacité de plus de 5500. On ne s’imaginait pas si nombreux. Une participation quelque peu timide. Rien d’apparemment suffisant pour entamer l’enthousiasme du camp écolo-socialiste. De nombreux élus se succèdent à l’estrade pour introduire le candidat, notamment Jean-François Debat (député-maire PS) et Michèle Rivasi (député européenne EELV). Tous vantent l’alliance écologistes-socialistes et affichent une volonté de victoire à toute épreuve.

20 heures, Benoît Hamon n’est qu’à quelques mètres de l’enceinte de la salle. Les militants et plus particulièrement les Jeunes avec Hamon mettent tout en œuvre pour lui réserver un accueil des plus flatteurs, comme pour rebooster celui que les sondages enterrent depuis des mois. C’est ainsi en rockstar que le candidat rejoint l’estrade.

Insister sur les valeurs

Durant son heure de discours, Benoît Hamon insiste sur les symboles qui rassemblent. D’abord, il s’attaque de front à Marine Le Pen et évoque notamment la polémique en cours autour de la responsabilité de la France dans la rafle du Vel’ d’Hiv’, niée par la candidate frontiste qu’il qualifie d’ « héritière pour partie de la collaboration ». Plus encore, il la présente incapable de subvenir aux attentes et besoins des Français mais plutôt en mesure d’établir un « futur sinistre ». Le candidat du « pour » semble ainsi se présenter comme un rempart à l’extrême-droite. Une stratégie peu originale utilisée par tous comme l’outil de la dernière chance pour gagner. Peut-on encore aujourd’hui prétendre gagner sans mobiliser la crainte d’une Marine Le Pen au pouvoir ?

Le candidat du « pour » semble se présenter comme un rempart à l’extrême-droite.

Le discours se poursuit sur des questions de racisme, discrimination et plus largement d’inégalités. En évoquant la « Marche pour l’égalité et contre le racisme » de 1983, il s’oppose aux stigmatisations prégnantes de la société actuelle, critiquant par exemple ce que certains appellent « un vote musulman », comme s’il existait. Un symbole d’autant plus fort que cette mobilisation commença dans un quartier voisin : celui des Minguettes à Vénissieux. A Villeurbanne, ville populaire et ayant tissé son histoire avec le socialisme comme le précise l’actuel maire Jean-Paul Bret prenant pour exemple les Canuts, Benoit Hamon s’adresse aux oubliés de ce qu’il nomme amèrement « les quartiers ». Ne les prenant jamais pour victimes, le candidat met en avant son engagement auprès de la jeunesse et des classes populaires et moyennes, ne manquant pas de préciser sa visite plus tôt dans la journée du quartier St-Jean (Villeurbanne) et de la Thibaude (Vaulx-en-Velin) en compagnie de Najat Vallaud-Belkacem.

Taper sur la droite

Alors décrié, Benoît Hamon provoque la clameur lorsqu’il évoque son projet de revenu universel d’existence. Fustigé de toute part là-dessus, le candidat trouve du soutien auprès de ses militants. Le candidat autoproclamé « de la feuille de paie » continue de vendre son argument en expliquant qu’après versement de ce revenu, le niveau de vie augmentera, tout cela en adéquation avec le travail. Benoît Hamon profite alors de parler de travail et d’emploi pour répondre à celui qui interpella quelques temps plus tôt, comparant son programme politique à celui de Marine Le Pen : Pierre Gattaz, président du MEDEF. Deux visions de l’entreprise s’opposent alors : quand l’un s’attèle à faire du chiffre, l’autre appelle à un modèle de cogestion à l’allemande et à une croissance plus responsable.

Enfin, Benoît Hamon en vient à la question brûlante de sa position vis-à-vis de Jean-Luc Mélenchon. « Je n’ai aucun adversaire à gauche » s’empresse de préciser le candidat socialiste. Toutefois, des désaccords – « même un gros désaccord » – persistent, et lui qui avait appelé Jean-Luc Mélenchon à le rejoindre le 29 mars 2017, trace aujourd’hui la ligne de démarcation qui le sépare de l’insoumis, à savoir la question européenne. En effet, soulignant leur sensibilité écologiste commune, Benoît Hamon annonce qu’ « il n’y aura pas de transition écologique solide, crédible, sans qu’elle se fasse au niveau européen ». Le programme de La France Insoumise lui semble ainsi dangereux sur la question d’une sortie de l’Union européenne en cas d’échec des négociations. Une forte volonté de distinction, encore.

Laurent Cipriani / AFP

Les cartes ont été posées sur la table, mardi soir à Villeurbanne. Comme un dernier sprint pour atteindre l’arrivée. Benoît Hamon parla pendant plus d’une heure avec grande aisance et de nombreuses touches d’humour, comme inatteignable. Un discours marqué d’un enthousiasme sans faille, au naturel qui ne tarie pas. Pour autant, sa campagne ne manque pas d’obstacles, lui dont la majorité de la famille politique lui a préféré Emmanuel Macron. En manque de popularité, ceux qui le suivent semblent quelques peu désillusionnés. Et les sièges vides ne mentent pas.

Pas encore de commentaires

Les commentaires sont fermés