SOCIÉTÉ

À l’heure des réseaux sociaux, quel avenir pour le journalisme ?

Hubert Beuve-Méry, fondateur du journal Le Monde affirmait que « la radio annonce l’évènement, la télévision le montre, la presse l’explique. » En lisant cette phrase aujourd’hui, on a tout de suite l’impression qu’un élément manque : Internet et les réseaux sociaux. Jouent-ils un quatrième rôle ou viennent-ils troubler la situation existante des médias ? À l’heure de la dictature du clic, retour sur les interactions entre journalisme et réseaux sociaux.

De nouvelles habitudes

Depuis un bon nombre d’année désormais, les ventes de journaux et magazines en format papier déclinent. Le dire est devenu une banalité. Les journaux ont tous désormais des sites web, des applications pour smartphone, des comptes sur les réseaux sociaux et tentent d’inventer de nouvelles formes de contenu adaptés aux réseaux sociaux, à leurs spécificités et aux nouvelles façons de consommer l’information.

Le Monde par exemple poste désormais des images et quelques phrases pour raconter en quelques secondes des faits d’actualité dans les stories Snapchat. C’est un moyen de cibler un public différent, plus jeune.

Certains journalistes utilisent les réseaux sociaux pour donne leur avis, pour imposer leur « patte », leur « marque » personnelle, de façon indépendante du média pour lequel ils travaillent. Vous avez peut-être remarqué le « mes tweets n’engagent que moi » dans les bios Twitter de nombreux journalistes. Une pratique des réseaux sociaux en journalisme peut donc être proche du blog journalistique.

On trouve également beaucoup d’utilisation des réseaux sociaux comme couverture live, pour faire des comptes-rendus en direct. Beaucoup de journalistes recourent également aux réseaux sociaux pour faire du crowdsourcing c’est à dire trouver des sources de témoignage, une pratique très utilisée par le journal britannique The Guardian par exemple.

Si les avancées technologiques voient donc les médias s’adapter et innover, elles posent néanmoins de nombreuses difficultés et des défis pour les médias.

De nouveaux défis

Une certaine dépendance aux « infomédiaires » comme Facebook ou Google est en train de se créer. Des études montrent que le trafic des sites internet de médias dépend énormément d’eux. Le Temps publiait en août 2016 qu’en 2015 « 40 % des visites non directes des sites web d’information se font par Facebook, qui est devenu une plus grande source d’audience que Google ».

Les réseaux sociaux ne jouent donc pas seulement un rôle d’agora moderne où tout le monde pourrait tout simplement commenter et donner son avis. Ce rôle central peut être problématique et poser de vraies questions d’ordre non plus seulement économique mais aussi journalistique et déontologique. En effet, les algorithmes de Facebook peuvent provoquer une filter bubble (une bulle filtrée) et un self-validating effect (effet d’auto-validation), c’est-à-dire que Facebook va connaître grâce à vos likes, messages, commentaires et interactions vos positions et opinions et va ensuite vous proposer uniquement un contenu conforme à ce que vous pensez déjà, créant ainsi une bulle qui vous sépare des autres opinions et ayant un effet de renforcement de vos opinions. Après l’élection de Donald Trump, Facebook a été accusé d’avoir provoqué sa victoire par ces effets.

Le moyen le plus simple de ne pas se laisser prendre dans la bulle est d’aimer des pages de journaux ou de personnalités politiques opposés à ses opinions personnelles afin de garder un fil d’actualité plus diversifié et peut-être plus représentatif de la réalité.

Les réseaux sociaux mettent également fin à la verticalité de l’information. Télévision, radio, journaux, sites web, vidéos sur les réseaux sociaux… désormais l’information est partout. La centralisation de l’information est plus difficile à effectuer et on peut même dire que dans une certaine mesure, les médias ont perdu leur rôle d’ agenda setting c’est à dire que les réseaux sociaux viennent troubler la fonction de hiérarchisation de l’information par les médias.

La fin du temps long ?

L’instantanéité qui est l’une des marques des réseaux sociaux pose un défi aux médias qui se lancent dans la course à la rapidité. Les informations partagées sur les réseaux sociaux ne sont pas toujours vraies mais leurs formats ressemblent de plus en plus à ceux des médias classiques. Il est facile de se méprendre et les réseaux sociaux sont donc définitivement un élément majeur de ce que l’on appelle l’ère de post-vérité.

Les réseaux sociaux présentent donc de nombreuses nouvelles possibilités aux médias qui sont souvent positives. Mais les nouveaux défis sont aussi à prendre en compte, ce qui se fera sûrement mais douloureusement peut-être dans les prochaines générations. Lorsque la télévision est arrivée, on a pleuré la mort de la radio qui est pourtant toujours là, attendons donc de voir comment les médias et les pratiques journalistiques vont s’adapter. Une seule chose est bien sûre : entre les journalisme et les réseaux sociaux, c’est parti pour durer.

Auteur·rice

Secrétaire générale de la rédaction du magazine Maze. Provinciale provençale étudiante à Sciences Po Paris. Expatriée à la Missouri School of Journalism pour un an. astrig@maze.fr

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