SOCIÉTÉ

23 avril : ma journée dans un bureau de vote

Dimanche 23 avril. 7h15. J’arrive au bureau de vote. Conseillère municipale, je m’apprête à y passer la journée. C’est la troisième fois que je me trouve à cette place mais pour une élection présidentielle, c’est une grande première.

Des électeurs décidés

8h. Ouverture du bureau. Et déjà les premi·ère·er·s élect·rice·eur·s arrivent. À partir de 9h, c’est un flot continu de personnes qui viennent voter. Nous votons par machine, alors ça va assez vite. Les nombreuses études laissaient croire que les élect·rice·eur·s étaient indécis·e·s et se décideraient dans l’isoloir. En ce qui concerne mon bureau de vote, les votant·e·s sont bien décidé·e·s. Il ne leur faut que quelques secondes pour faire leur choix et appuyer sur « Valider ». Les personnes qui hésitent sont l’exception.

Une forte participation

Pas le temps de souffler jusqu’à 16h. Pour les élections précédentes, il y avait eu des heures creuses et des pics de fréquentation. Là, ce n’est pas le cas. Nous notons le nombre de votant·e·s toutes les heures. Iels sont plus nombreu·x·ses qu’en 2012. Je suis dans un bureau où le vote en faveur du Front National est élevé, alors cette forte participation ne me rassure pas.

Les délégué·e·s représentant des candidat·e·s viennent prendre le pouls. Ils s’intéressent à la participation, prennent des notes, passent des appels. Moi qui m’attendais à des tensions, je suis rassuré·e : tout se passe dans le calme.

Au cours de la journée, deux électeurs revendiquent ouvertement leur vote, ces qui est interdit. Le premier, derrière la machine, s’exclame « Elle est où, Marine ? ». Le second, prêt à quitter le bureau, scande joyeusement « Mélenchon président ! ».

Un électorat partagé entre l’extrême droite et l’extrême gauche

Ces deux remarques prédisent le résultat. Il est 19h, nous fermons le bureau de vote. Pas de dépouillement traditionnel. Nous attendons avec impatience que la machine nous délivre les résultats sous la forme d’un ticket de caisse. Je m’attendais à ce que Marine Le Pen soit la première. Et pourtant le résultat me fait mal. Sur un peu moins de 800 votants, la candidate du Front National comptabilise plus de 300 voix. Le suivant est Jean-Luc Mélenchon avec 180 voix.

A priori le résultat peut surprendre. Mais il peut s’expliquer par plusieurs raisons. L’électorat de ce bureau de vote votait auparavant pour le Parti Communiste. Puis le Front National a réussi à capter ces élect·rice·eur·s. La percée de Jean-Luc Mélenchon a pu les séduire et faire resurgir le vote d’extrême gauche. À cela il faut ajouter qu’il y avait de nouve·lles·aux élect·rice·eur·s : des jeunes qui votaient pour la première fois, et de nouve·lles·aux habitant·e·s. Ce résultat semble indiquer que, si la question de l’immigration peut pousser au vote FN (surtout dans cette partie du territoire), ce n’est pas la seule préoccupation de cet électorat puisque Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon portent des messages opposés à ce sujet. Les élect·rice·eur·s ont pu être touché·e·s par des messages qui remettent en cause les institutions existantes et le personnel politique actuel.

Dans tous les cas, en ce qui concerne mon bureau de vote, la question est : les élect·rice·eur·s ayant voté pour Jean-Luc Mélenchon au premier tour vont-iels cette fois donner leur voix pour Marine Le Pen ? Ça ne me paraît pas impossible, et ça m’inquiète.

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