MUSIQUE

Rencontre avec Lafayette – « Dire qu’on appartient à tel ou tel courant n’a jamais fait faire un bon disque »

Photo : Mélanie Aubies


Quatre ans entre son premier single solo, et son premier album Les dessous féminins, sorti en octobre dernier, Frédéric alias Lafayette a pris son temps. Le résultat, un album de chansons coloré, que l’on a envie d’écouter lorsqu’on part en vacances. Rencontre avec le prince discret de la nouvelle chanson française.

Tu as sorti en octobre ton premier album solo, Les dessous féminins. Mais ce n’est pas ta première expérience. Quel est ton parcours musical ?

J’ai commencé la musique par un groupe avec mon ami Séverin qui s’appelait One-Two. Nous avons sorti deux albums à l’époque Love Again et The story of Bob Star. On a pas mal tourné en Europe et j’en garde un bon souvenir on s’est bien amusés ! Et puis on était fier d’être à l’époque le premier groupe français signé en éditions chez Domino UK.

On sent dans ce disque beaucoup d’influences de variété. Gainsbourg notamment, mais surtout Michel Berger. Est-ce que ce sont de vraies références, ou c’est inconscient ? Et est-ce que tu considères que tu fais toi-même de la variété ?

Je considère que je fais de la chanson dans le sens où j’écris des textes qui ont pour finalité d’être chantés. Ce ne sont ni des poèmes ni des mots qui sont là juste pour remplacer une note.

Le mot variété même si il a une connotation un peu péjorative ne me dérange pas, les étiquettes ne m’ont jamais tellement intéressées à vrai dire : dire qu’on appartient à tel ou tel courant n’a jamais fais faire un bon disque. Oui j’aime bien Gainsbourg et Berger même si j’ai beaucoup plus écouté Serge que Michel. Mais j’adore France Gall !

Sur plusieurs titres, on sent un goût pour le funk, les grooves, des rythmes très anglo-saxons (c’est surtout ça qui fait penser à Michel Berger), et ça donne des morceaux très dansants. C’est ta façon de faire la fête ?

“Une fête où on ne danse pas n’est jamais réussie, non ?”

Mon but avec Lafayette était de concilier le corps et l’esprit, c’est à dire faire une musique qui s’adresse autant aux jambes qu’au cerveau d’où ce gout que tu entends effectivement dans mes chansons pour le funk et tout ce qui aurait tendance à se faire tortiller du bassin. Une fête où on ne danse pas n’est jamais réussie, non ?

Dans ta description sur les réseaux sociaux, on lit : “Pas les galeries, pas le général, juste amuser la galerie en général”. C’est un vrai objectif, amuser avec tes chansons, ta musique ?

Oui je trouve qu’il faut rire, ce qui n’a jamais empêché d’aborder des sujets profonds et peut être même au contraire permet de les aborder plus facilement. Si on prend l’exemple de Woody Allen il parle de mort, de séparation qui sont des sujets qui pourraient être traités avec un certain pathos. Pourtant il prend le parti d’en rire et même de rire de lui.

Recourir à l’humour ne veut pas nécessairement dire être superficiel. D’ailleurs ne dit on pas que l’humour est la politesse du désespoir ? Oscar Wilde lui disait que quelqu’un qui est toujours sérieux ne peut raisonnablement pas être pris au sérieux.

Tu chantes en français, mais tu as chanté avant dans ta carrière en anglais. Quel regard tu poses sur cette transition ? Est-ce qu’elle a été simple ?

A la fin de One-Two j’avais évidemment envie de continuer la musique mais je sentais qu’il me fallait un nouveau challenge pour me motiver, me dépasser. Le choix du français s’est fait de façon assez naturelle, je sentais que j’en avais marre de faire du yaourt avec un air inspiré et puis j’avais envie de dire des choses, que le texte ait son importance.

“Ce qui est difficile dans le français, c’est qu’on peut moins se mentir qu’avec l’anglais.”

Quand j’ai commencé, tous mes amis me disaient que j’étais fou, que c’était casse gueule. A cette époque pourtant pas si lointaine, le français avait une mauvaise image : ce n’était pas cool, c’était la langue de la variété que personne n’écoutait. Ça a eu pour effet de me motiver doublement ! Je voulais un challenge : j’en avais un. De plus ce qui est difficile dans le français est qu’on peut moins se mentir qu’avec l’anglais. Nous sommes français, les mots en français ont une résonance directe chez nous. On comprend les double sens, les triple sens, la connotation des mots cet.. Donc une phrase que l’on n’aime pas ou un peu facile, cela nous gêne aussitôt quand on la chante. Il faut donc être plus exigeant mais c’est aussi ça qui fait l’intérêt de la chose.

Le français permet de me raconter à travers des histoires.

Photo : Mélanie Aubies

Dans le titre Automatique, tu fais le portrait d’un working man classique, qui va au bureau tous les matins, qui vit dans sa routine, avant de finir par craquer totalement. C’est autobiographique ?

C’est en partie autobiographique, et en partie romancé en fait. Pour gagner de l’argent et pouvoir continuer tout de même à me dégager du temps pour faire de la musique j’ai du avoir pas mal de petits boulots ce qui est à la fois pénible et à la fois intéressant car vous vous retrouvez dans des endroits où vous ne pensiez jamais mettre les pieds.

Comme ça j’ai atterri à la Défense, royaume du faux plafond, de la moquette et des fontaines à eau et distributeur à café dans un métier assez dur qui consiste à faire des synthèses d’actualité. Dans ce métier j’ai assisté au burn out d’une personne en direct, ce qui a inspiré la chanson.

Les dessous féminins, c’est le titre de l’album et celui d’une chanson, assez amusante pour revenir à ce que l’on évoquait tout à l’heure. C’est un choix anodin, ou c’est une chanson à laquelle tu tiens tout particulièrement ?

J’ai choisi ce titre pour l’album car mon disque parle finalement beaucoup de filles et le titre ressemblait bien je trouve à l’ambiance générale du disque. De plus cette idée de twist me plaisait : on s’attend à la lecture du titre à une chanson dont le sujet est une fille mais non c’est d’un garçon qui porte les bas de sa copine dont il est question.

“Je me considère comme un garçon féminin : c’est-à-dire un homme sensible et délicat.”

D’une façon plus générale et plus métaphorique, je me considère comme un garçon féminin, c’est à dire un homme sensible et délicat, qui sont plutôt des attributs féminins dans l’imaginaire collectif, et dont le type de virilité est différent de la génération de mes parents (je ne m’identifie pas à Jean Yanne par exemple, et à ce type de masculinité). Et puis oui, j’aime bien cette chanson !

“J’ai dû trop écouté Bowie”, dis-tu par exemple dans ce titre. Le genre, l’identité, ce sont des thèmes qui te parlent ?

Je ne fais pas une fixette sur ces questions d’identité, après c’est vrai que la chanson aborde ce thème mais c’est la seule du disque je crois. Donc oui ce sujet m’intéresse mais pas plus et pas moins qu’un autre à vrai dire.

Est-ce que des politiques ont tenté de t’acheter La mélancolie française pour leur campagne présidentielle ?

Et bien figure toi que j’ai découvert sur Twitter que Vincent Peillon la passait pendant ces meetings ! Je me suis dit : “ce garçon est fou, on en peut pas fédérer les gens sur un sentiment négatif, il n’a vraiment pas envie de gagner il faut croire !”

Ce qui m’a fait rire, c’est que les commentaires de journalistes disaient “Il n’a pas mieux pour mettre l’ambiance, il va nous déprimer !”

Tu joues sur scène avec une seule musicienne, Lucrèce. Comment s’est faite votre rencontre ? Que t’apporte-t-elle ?

J’ai rencontré Lucrèce par l’intermédiaire de Fred Pallem avec qui j’ai réalisé l’album. On cherchait des chœurs féminins et il avait déjà travaillé avec elle, il m’a dit “fais moi confiance prends la !”. C’est donc elle qui fait tous les chœurs sur l’album.

J’ai appris ensuite qu’elle jouait très bien du piano aussi et c’est comme ça que nous avons commencé à travailler le Live ensemble : moi guitare vois et elle synthés chœurs. Elle m’apporte beaucoup, c’est quelqu’un que j’aime beaucoup.

Un groupe entier avec toi en live, c’est pour bientôt ?

Nous allons faire trois dates aux Trois Baudets à Paris bientôt et mon ami Victor (du groupe Housse de Racket) va venir jouer de la batterie avec nous, je suis hyper content ! Après il ne faudra plus qu’un bassiste et nous serons au complet !

Lafayette sur scène ? “C’est fou, un spectacle incroyable, un charisme génial mêlé à une sensualité bestiale !” (rires)

D’ailleurs Lafayette sur scène, ça donne quoi ?

C’est fou, un spectacle incroyable, un charisme génial mêlé à une sensualité bestiale. Le tout avec des morceaux magiques, il faut vraiment venir me voir ! Tu devrais conseiller à tous tes lecteurs de venir nous voir sur scène au plus vite ! (rires)


Lafayette, Les dessous féminins, sur Entreprise, octobre 2016

Lafayette en concert :

  • Le 17 février au Petit Bain à Paris, dans le cadre du festival Frenchy but chic
  • Aux Trois Baudets pour la sortie de la version Deluxe de l’album (nouveaux titres inédits), les 15 et 29 mars, et le 12 avril.

Pour suivre son actu, et être prévenu des dates de concert partout en France, la page Facebook juste ici.

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