MUSIQUE

Un instant de vérité avec Peter Peter – Rencontre

C’est au beau milieu de l’hiver que Peter Peter fait son retour dans une nature figée, qui jongle entre la vie et la mort. C’est une idée qui n’a pas échappée à notre artiste sortant lui-même d’une période de doute et d’interrogation. C’est alors qu’arrive Noir Éden, sorti le 3 février, un album dans lequel la fiction est soulignée par des mélodies électro/pop. Ici, dans le plus grand naturel, l’artiste se dirige vers ses envies. Avec d’un côté le réel et de l’autre la fiction, Noir Éden porte sur ses épaules le poids d’un univers qui nous fascine : le mystique. C’est dans un café, face à une rue passante qu’il s’exprime :

“C’est un album que j’ai créé dans la solitude”

Il y a un côté électro dans ton album, pourquoi ce choix ?

Je pense que c’est par envie naïve tout simplement. Je pense que ça a été un côté qui m’a séduit dans les dernières années, un côté qui s’est révélé il y a environ 5 ans. Fait que, ça fait tout simplement partie de mon évolution et je sais pas où ça va me mener. C’est tout simplement un chemin. Je suis encore entre deux mais il y a une approche électronique quand même. Du moins dans la composition des morceaux, ouais, c’est la nouvelle méthode. J’ai super envie en fait. Ce n’était pas pour essayer de… de faire partit d’une scène ou d’un truc comme ça. C’est par envie pure et simple.

C’est une évolution, un chemin ?

Ouais exactement, c’est un côté qui m’intrigue. Je peux passer des heures à essayer de trouver un son que j’aime bien. L’électronique  c’est ça qui est intéressant en fait, c’est une question de son. Ça correspond bien à la solitude, de passer des heures à juste écouter le même truc.

Ce n’était pas les mêmes méthodes que tu faisais avant ?

Non c’est assez différent. Maintenant ça commence vraiment par « je ne sais pas qu’est-ce que je fais » et avant c’était « j’fais un truc de guitare et je mets de la voix ». Maintenant je fais souvent des arrangements avant à la fin je pose la voix.

Est-ce que tu as l’impression d’avoir grandi face à ton précédent album ?

Ouais je sais pas si… les choses sont différentes un peu. J’avais pas envie de refaire un album qui dépeignait une génération, j’avais envie de faire un album, plus fantastique j’dirais, mais d’utiliser ce que j’ai vécu durant les dernières années, à être coincé un peu dans ma tête. C’est pas les mêmes thèmes mais oui, je sens que j’ai grandi. Après grandir, ça vient avec le doute aussi, avant j’étais plus naïf quand je faisais un album, maintenant dans cet album-là, j’étais moins dans la naïveté, plus dans le questionnement, d’où la chanson Noir Éden. Fait que c’est un album hyper introspectif, il y a beaucoup plus une empreinte personnelle. À partir de ce moment je considère que oui, j’ai grandi à travers ça.

On a l’impression qu’il y a plus de chœur dans cet album ?

Ouais c’est vrai, mais il y a pas trop de featuring tu vois. En même temps, les chœurs c’est plus anonyme que juste faire des duos en fait. Je suis plus quelqu’un, qu’aime travailler avec  des chœurs que des duos.

As-tu élargi ta palette vocale ?

Ouais, en fait avant je chantais assez haut, quand je chantais en anglais, même des chansons guitare voix que j’ai jamais sorties. Mais quand je suis arrivé en français, j’ai mis un peu de difficulté à m’intégrer puis ouais, j’ai décidé d’aller vraiment en haut, même qu’y a des moments c’est un peu angoissant. Tu sais comme Venus, c’est vraiment haut, puis c’est pas tous les jours que je peux la faire, haha. Tu vois ça aussi je pense que ça c’est un peu imbriqué en moi avec la culture française parce que à Montréal je pense pas que j’aurais été amené à faire ça. Et quand on entend des chanteurs le faire, ça finit par influencer. Et faire tomber le tabou. Et ce déblocage je l’ai vraiment pas provoqué en fait, j’ai rien forcé. Bien Réel je l’ai fait avec un micro à 200 balles chez moi dans le truc le plus naturel, avec  le moins d’impératif.

Il y a dès le début de l’album, une ambivalence entre le réel et la fiction. Que peux-tu nous en dire de plus ?

Comme je le disais tout à l’heure, c’est un album que j’ai créé dans la solitude et j’ai essayé de vraiment être dédié à ce travail là parce que j’étais tout seul à le porter. J’ai travaillé avec des gens mais c’était souvent à distance puis je savais que ça se passait de chez moi, que j’apprenne des trucs aussi, que je me fasse confiance. Et j’avais toujours la même routine, je sentais que j’étais vraiment comme coincé à l’intérieur de ma tête. Quand j’arrivais avec des gens, j’avais l’impression que j’avais de la difficulté à communiquer vraiment. Fait que je savais plus qu’est ce qui était réel en fait. J’ai essayé vraiment de  créer un monde intérieur pour cet album-là. Fait que ça a été l’album, cette épopée-là de vivre aussi dans un monde qu’on a l’impression qu’existe pas. J’ai l’impression quand même, que la vie nous prend dans ses griffes et nous fait vivre des trucs alors que y a des moments je sais pas si on est dedans. C’est tout ce délire-là de questionnement sur, qu’est ce qu’on ressent vraiment dans la vie.

Est-ce que tu as besoin de cette solitude-là pour écrire ?

Je sais plus en fait. J’ai toujours édifié la solitude en fait. Je pense qu’il y a une partie de solitude qui vient de là où ça se crée un peu mais je veux plus que ça soit nécessaire parce que ça m’a rendu fou cette fois-là. Et j’ai envie de travailler avec des gens que j’aime, parce que j’ai eu l’impression que je me suis un peu trop fermé aux gens en fait. J’ai l’impression que si je refais ce truc-là de trop m’enfermer dans ma tête, j’en revienne pas. J’veux arrêter d’idéaliser ça en fait.

Ton dernier titre Pâle cristal bleu finit sur une touche acoustique, pourquoi ce choix ?

Oui j’avais envie de finir sur ça. C’est un peu le good ending, j’avais envie d’avoir un good ending dans cet album qui parle un peu de mes doutes.  De me sentir que j’existais pas pour vrai, ça a été quelque chose de lourd à porter. Puis Pâle cristal bleu ça a été ce moment-là  qui est bien quand même. Tu sais, t’as l’impression que tout est vrai et que tu es vivant en fait. Il y a des petits instants de vérité dans la vie qui sont des moments de grâces, qu’il faut embrasser. Ça ne vient pas tous les jours ! J’avais envie de finir avec quelque chose qui clachait en fait.

On ressent très bien cette lumière qui nous appelle à la fin

Ouais exactement, c’est vraiment ça c’est le côté spirituel de mon album, ça reste un album spirituel.

En parlant du côté fantastique, il y a le titre Nosferatu ou encore le film noir, est ce qu’il y a une influence cinématographique ?

Ouais parce que je pense que ça finit par l’être, sans faire référence au film Nosferatu ou à l’époque du genre film noir, mais oui je pense que ça dresse bien le portrait de fiction en fait que la vie peut avoir. Quand tu regardes la vie et que tu as l’impression que ça a été écrit. Puis que peu importe, t’es condamné à être, et que pour certaines personnes t’existes pas. On est tous fictifs.

Tu penses que tu vas réutiliser ce que tu as dit, ce sujet de vie après la mort ou fiction ?

J’aurais pu faire un album plus long avec ça. J’ai aucune idée, mais ça m’a ouvert franchement des portes. Ça m’a ouvert des portes à créer plus dans la fiction. Après est ce que ça va devenir un style, je sais pas.

Photo : © Paul Rousteau

Le changement de vie

Et depuis ton second album, du coup tu as fait une grande pause entre les deux

Ouais, il y a plusieurs raisons, c’est ça la question ? haha. J’ai sorti Une version améliorée de la tristesse en 2012 à Montréal, et deux ans plus tard je l’ai sorti en France, j’ai déménagé en France. J’ai tellement été un peu comme dans le vide, dans des apparts de 3 mois, que j’avais pas mon sanctuaire de création. C’est ce qui m’a manqué beaucoup. Fait que ça explique un peu ça. Ça a été le chemin naturel en fait. À partir du moment où j’ai eu un appartement à Montrouge, l’album a pris son envol. Fait que, c’est sûr qu’il y a une grosse part d’isolement qui fait que je pense que je me suis perdu dans les limbes de mon cerveau et maintenant j’ai envie d’enchaîner les albums.

As-tu l’intention de refaire l’expérience du changement de pays ?

 Bonne question, car est ce que je vais en avoir la force ? Je ne sais pas. C’est le genre de truc que tu fais, plus tu vieillis, plus tu t’interroges : « est-ce que tu veux vraiment refaire ça ? » C’est pour ça que je l’ai fait à l’époque, parce que tu te dis, c’est pas le truc qu’arrive souvent dans une vie. Puis les moments où  ça m’est arrivé, ça a été des grands moments. Là, j’ai envie de me poser, car j’ai envie d’enchaîner les albums.

Michel Berger, Céline Dion, les grands artistes

Est-ce que Michel Berger a une influence sur ton écriture ?

Je ne sais pas si il a une influence, je connaissais Starmania, bizarrement Michel Berger c’était flou un peu pour moi. Puis je me suis remis dans l’album bizarrement parce que j’en avais entendu parlé «  Ouais attend, tu connais pas Berger ? ». Fait que, il y a une chanson en particulier pour moi, qui est comme la plus grande chanson qui ait jamais été écrite en français qui est Paradis blanc en fait. Puis pour moi, c’est une chanson que je vais reprendre c’est sûr en live. Et ouais, c’est un artiste que j’ai l’impression d’identifier, c’est un grand artiste. C’est ma relation avec Michel Berger.

J’ai lu que Loving Game avait initialement été écrite pour Céline Dion, pourquoi ?

Oui en fait c’est que, mon éditeur m’avait appelé à Montréal parce que Céline Dion avait fait un genre d’appel à tous les auteurs, les jeunes auteurs, à soumettre des chansons. Puis je suis pas quelqu’un de trop comme ça, mais Céline Dion, ça a toujours été pour moi une artiste que je trouvais vraiment comme… c’est une grande artiste puis c’est une grande figure, y a rien à dire sur ça, c’est un monument de la chanson. Mais en fait, j’avais pas terminé attend. Puis la mélodie du refrain, c’était une mélodie de synthé puis j’ai tout effacé. Cette mélodie de synthé là, je j’imaginais comme des blacks chanter ça,  avec quelque chose d’assez gospel. Donc j’ai fait une chanson comme ça, un peu une chanson atmosphère un peu Michel Berger, comme avec un chœur de blacks qui chante  et le côté pop initialement il est ressorti quand même, c’était pour Céline en fait. C’est la première chanson qui a une histoire comme ça en fait. Je suis assez content.

Et après ?

Pour cet album, est-ce que tu as prévu de faire des festivals cet été ?

Là ce qui est cool c’est que l’album a été dans la solitude et tout ça tout ça. Là, j’ai formé le groupe, on a commencé les showcases, on va aller jouer au Canada, on va jouer ici, tu vois là y a des dates, après les festivals, ça se boucle jusqu’en mars. Je fais Rock en Seine. Et là c’est la tournée aussi qu’est cool, j’ai commencé à voir les dates tomber, pour l’instant ça prend un très bel envol.

As-tu d’autres projets que ton album ?

Non, ça arrive tout le temps dans ma vie que j’ai d’autres projets. Pour l’instant je travaille rien d’autre en fait, j’ai envie de jouer. J’ai envie de sortir de chez moi, en ce moment tout ce que je pense c’est au live. Mais ouais c’est de jouer ce qui m’anime en ce moment.

Les dates de la tournée : 

12 février à Les Abattoirs (Cognac)

15 février à La Creative Live Session 2017 – Yoyo (Paris) Event Privé

27 février à L’Ancienne Belgique (Bruxelles)

28 février au Café de la Danse (Paris)

8 mars à Montréal en Lumières – Club Soda (Montréal)

11 mars à la Salle Louis Philippe Poisson (Trois-Rivières)

12 mars à Le Cercle (Québec)

17 mars à La Cartonnerie (Reims)

22 mars au Festival Voix de Fête 2017 – Le Chat Noir (Genève)

23 mars à la Laiterie (Strasbourg)

19 mai à Le Grand mix (Lille).

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