SOCIÉTÉ

Angela Davis, un modèle de l’engagement politique

Connue comme l’une des figures de proue dans la lutte pour les droits des Noirs aux États-Unis dans les années 1970, Angela Davis est également une communiste et une féministe engagée. Encore aujourd’hui, elle incarne un modèle exemplaire de l’engagement militant.

Sur la voie de l’engagement

L’engagement est un passage à l’acte. Il est un moment charnière de la vie d’un individu politisé et un tournant clé de la participation politique dans son ensemble. L’engagement intervient à un certain niveau de maturation de la pensée et de la conscience politique et il est un acte concret, qui prend son sens lorsqu’il est partagé collectivement et qu’il vise à atteindre un but précis.

L’engagement d’Angela Davis est la traduction d’un apprentissage intellectuel approfondi et continu. Dès son jeune âge, elle est une élève studieuse et curieuse, dont la soif d’apprendre n’est jamais altérée. Elle grandit en Alabama dans les années 1940 où le racisme et la ségrégation des Noirs sont particulièrement présents. Elle termine ses études secondaires à New York, où elle accède à un apprentissage critique et à une plus grande liberté en tant que Noire. À l’université, Angela Davis étudie la littérature et la philosophie françaises. Elle termine ses études avec une mention honorifique et entame son doctorat à l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA) où elle enseigne également. Durant toute la durée de ses études, elle multiplie les voyages et les rencontres, nourrissant ainsi son ouverture d’esprit.

L’engagement d’Angela Davis est donc l’accomplissement de plusieurs années de découvertes et d’expériences, mais surtout il est le résultat d’un long travail intellectuel. Son intérêt pour la philosophie et sa propre expérience de la discrimination l’ont naturellement conduite à la découverte du marxisme et à la défense des droits de la personne et des minorités. Son environnement social et son éducation scolaire ont permis à sa conscience politique de se développer au point de passer à l’acte, de s’engager.

Une femme engagée sur plusieurs fronts

C’est dans les années 1960 qu’Angela Davis ressent le besoin de s’engager véritablement. Après deux années passées en Allemagne, elle retourne vivre aux États-Unis et souhaite s’engager auprès du mouvement de lutte pour les droits des Noirs, qui prend de l’ampleur sur la côte ouest. C’est la première forme d’engagement à laquelle elle participe, car c’est la plus évidente et la plus adaptée à son histoire personnelle.

Mais le génie d’Angela Davis repose sur la diversité de son engagement. Elle discerne la discrimination et l’injustice sur plusieurs plans et dans différents contextes. En somme, elle a cette capacité de mettre les discriminations en relation, de les analyser à leur intersection (c’est pourquoi elle est une féministe intersectionnelle). Dès lors, elle prend part à la lutte communiste à partir de la fin des années 1960 à travers son adhésion au parti communiste états-unien. Pour elle, la lutte pour les droits des Noirs s’inscrit entièrement dans la lutte communiste et dans le marxisme. Elle intègre donc la section réservée aux Noirs du parti communiste (le Che-Lumumba Club). En parallèle, elle s’engage auprès des Black Panthers, mouvement légendaire pour les droits civiques. Elle en devient une des figures les plus connues. Plus tard, elle s’engage aussi au nom des femmes dans la lutte féministe, et plus précisément au nom des femmes noires, à travers le mouvement féministe noir et intersectionnel. Durant sa participation au mouvement des Noirs et au mouvement communiste, elle a effectivement soulevé des injustices sexistes qui l’ont marginalisée à plusieurs reprises en tant que femme. Le combat féministe est donc devenu pour elle une affaire personnelle. Enfin, Angela Davis a contribué à mettre en lumière les conditions d’incarcération des individus aux États-Unis et à faire la critique du système pénitencier qui reproduit les dominations racistes et sexistes.

Toute sa vie, Angela Davis a donc fait preuve d’un engagement multiple, mais toujours intense. Dans tout ce qu’elle a entrepris, elle y a mis toute son énergie et a pris de nombreux risques, qui l’ont notamment conduite en prison.

Une variété de moyens d’action

À travers tous ses combats, Angela Davis a déployé différentes sortes de moyens d’action. D’une part, elle a agi de façon très concrète en distribuant des tracts, en organisant et en participant à des manifestations pour les Black Panthers ou pour le parti communiste, ou même en prenant la parole publiquement pour défendre une cause particulière. Autrement dit, elle a milité de manière très active. Certains diront même que les Black Panthers, dont faisait partie Angela Davis, étaient un mouvement violent, dont la lutte prenait forme dans la haine.

D’autre part, Angela Davis a également fourni une contribution administrative et juridique pour un bon nombre de cas. Le cas le plus connu est celui des Frères de Soledad, trois incarcérés noirs qui ont été accusés d’avoir tué un des gardiens de la prison où ils séjournaient. Angela Davis a participé à l’élaboration du dossier juridique de la défense pour leur procès, d’une façon admirable et inoubliable. Elle a aussi permis sa propre libération puisqu’elle a elle-même plaidé sa cause lors de son procès.

Enfin, Angela Davis a largement usé de la connaissance pour faire passer ses messages et diffuser ses combats. En effet, elle a publié son autobiographie dans laquelle elle retrace son enfance, sa jeunesse et son engagement à l’âge adulte. Elle y fait le récit des nombreuses discriminations qu’elle a vécues ou perçues, rendant ainsi publique son expérience, et permettant de faire découvrir à tous l’ampleur du racisme et du sexisme, et l’injustice du système carcéral. Elle a également écrit le livre S’ils frappent à l’aube, qui est le récit de plusieurs expériences similaires à la sienne. Cet ouvrage avait pour objectif, durant son incarcération, d’être un vecteur de persévérance pour la lutte des Noirs et d’être un point de rassemblement pour les militants.

Un engagement à vie

Aujourd’hui âgée de 72 ans, Angela Davis continue d’être un modèle exemplaire de l’engagement militant. Non seulement parce que lorsqu’on la regarde, on voit une femme forte, qui a vécu la prison, la cavale et la solitude, mais qui a toujours continué de se battre avec un courage et une persévérance sans limites. Mais en plus parce qu’elle continue de prendre position sur des sujets d’actualité, toujours avec la même pertinence et intelligence.

Angela Davis a pris position sur plusieurs sujets récemment. Elle a fait la critique d’un féminisme à la Clinton, qui s’adresse à une certaine catégorie de femmes (les femmes blanches et bourgeoises) et qui exclut les autres femmes. Elle a témoigné du danger d’une présidence Trump, qui ne permettra pas aux groupes de défense des droits des minorités de s’organiser et de militer librement. Elle a aussi critiqué avec brio l’instrumentalisation de la laïcité en France, qui tend à discriminer les femmes musulmanes voilées pour mettre en avant une identité blanche et catholique. Enfin, elle s’est exprimée sur le mouvement vegan, duquel elle se revendique, s’indignant devant les conditions de traitement des animaux et appelant à une prise de conscience générale. Dans toutes ses prises de position, elle fait un travail minutieux et judicieux d’intersectionnalité afin de prendre conscience de la nécessité de lier les combats pour mieux les mener.

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