SOCIÉTÉ

L’utopie, entre rêve et réalité

Oscar Wilde écrivait qu’ « aucune carte du monde n’est digne d’un regard si le monde de l’utopie n’y figure pas ». L’utopie, que l’on définit souvent comme une société imaginaire idéale, délestée de tous ses maux, pourrait-elle donc trouver sa place dans le monde réel ? Alors que l’on célèbre cette année les 500 ans de la publication de l’ouvrage fondateur sur ce sujet, Utopia de Thomas More, ce dossier aura comme toile de fond cette interrogation existentielle : l’utopie peut-elle être réalisée ?

Projet politique, idéologique, qui trouve une place abondante dans l’art, le cinéma mais également la littérature, de Ray Bradbury à Mario Vargas Llosa, en passant par la société totalitaire décrite par Orwell dans 1984, la question de l’utopie a toujours déchaîné les passions et les tentatives d’application dans notre monde réel. Car dans tout projet utopique, il y a cette dimension sous-jacente de sa possibilité d’existence dans nos sociétés ; l’architecture, notamment sous l’influence du Corbusier, en a fait une source d’inspiration principale en souhaitant concevoir un environnement propice à une société utopique plus juste. L’évolution de la photographie soulève elle aussi la question de l’utopie : est-il possible de recréer la beauté de ce que nous voyons ou notre appareil photo, téléphone nous présenteront-t-ils toujours un prisme déformant de la réalité ?

L’utopie est donc un projet rêvé d’une société idéale ; quelle est pour autant la place de l’individu au coeur de cette conception collective, de cette construction sociale et politique qui met en avant une communauté plutôt qu’un individu ? La frontière entre utopie et son contre-discours, la dystopie, est ici poreuse. La politique sécuritaire de certains gouvernements occidentaux au nom d’une sécurité qui serait un idéal démocratique – avec les dérives qui en résultent – ne rappellerait-elle pas à certains égards la société orwellienne ?

Face à toutes ces questions, il semble prééminent de déconstruire cette conception de l’utopie, de son usage. Les mots ont une importance, et la connotation que l’on en fait tout autant : quand on parle d’une « vision utopique », on a souvent à l’idée qu’elle est impossible, car détachée du monde réel, et qu’elle n’a ainsi que peu de pertinence. Et pourtant, elle peut influencer les modes de pensée, et inciter à oeuvrer en direction de cette utopie. Alors utopie, rêve impossible ou réalité ? Bien prétentieux est celui qui pourra y répondre.

Auteur·rice

Diplômé de Sciences Po Toulouse. Adepte des phrases sans fin, passionné par la géopolitique et la justice transitionnelle, avec un petit faible pour l'Amérique latine. J'aime autant le sport que la politique et le café que la bière. paul@maze.fr

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