LITTÉRATURE

L’instant Conte avec Wilde

À chaque année ses résolutions nouvelles. 2017 fera ici honneur à une sélection de contes venus des quatre coins du monde, à raison d’un conte par mois. Pour entamer cette farandole, laissons place à l’un de ceux d’Oscar Wilde intitulé Le Pêcheur et son âme.

Le Pêche et la sirène par Leighton

Les doigts mélangés des amants maudits se tiennent encore pour qui s’attarde à la lecture de ce conte publié en 1891 dans le recueil Une Maison de Grenades. Dédiée à la princesse et protectrice des arts, Alice de Monaco, cette envolée poétique ouvre les portes d’un monde où l’Amour règne par delà les obstacles et les incompréhensions.

Ses principaux protagonistes, un humble pêcheur et une princesse venue du tréfonds de l’océan, invitent le lecteur à aborder des questionnements profonds ayant à la fois pour objet la définition de ce que peut être l’âme d’un homme mais aussi de la puissance du sentiment d’amour qui pousse aux extrêmes les êtres lui ayant succombé. La quête de l’amour plénier se décline ainsi en plusieurs nuances, avec pour moteur essentiel, l’idée de beauté et de sacrifice.

Cette réflexion se teinte tour à tour de la pensée chrétienne, incarnée par la figure des Hommes mais aussi par des figures païennes, à l’image de la princesse au corps de sirène, échappée de sa vie marine pour quelques heures et chantant sur le navire du pêcheur pour accompagner la levée des filets du mortel. S’y prennent des monceaux de poissons, invariablement attirés par la voix envoûtante de la belle qui ne peut toutefois se lier complètement à son amant et pour cause, l’âme de ce dernier les sépare. Tout à sa recherche d’un expédient pour résoudre cet embarras, le pêcheur se rend sur les autels les plus sombres des croyances humaines et rejette pour un temps cette âme trop encombrante qui le suivait depuis toujours, tranquille ombre salvatrice. Mais si le cœur radieux de l’homme bat puissamment de volupté, son âme condamnée à errer dans « la maison de crépuscule » d’entre le Ciel et l’Enfer, ne cesse d’implorer le pêcheur pour reprendre sa place naturelle. La quête d’Amour dévoile ainsi son objet second, la quête de soi. En ce sens, la maturation du conte est un concentré de la réflexion similaire qui prend corps dans le roman Le Portrait de Dorian Gray qu’écrivit Wilde la même année.

Moins sombre que le roman, ce conte concilie des croyances et des êtres différents, faisant prévaloir ce qui importe réellement et met en relief ce que l’amour peut avoir d’idéal tout en lui faisant transcender la mort. Voici une très belle lecture à faire où à écouter en ce début d’année. Une version numérique de ce conte est consultable sur le site Gallica, où vous pourrez découvrir les trois autres contes composant le recueil d’Une Maison de Grenades.

 

Auteur·rice

Maître ès lettres. Passionnée par la littérature et les arts | m.roux@mazemag.fr

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