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En l’espace d’une dizaine de jours, Fidel Castro et Gotlib sont morts, et François Hollande a renoncé à se présenter à la primaire, laissant la route libre à Manuel Valls pour représenter la ligne forte et gouvernementale face aux frondeurs que sont Montebourg et Hamon. On vit donc bien une époque de merde.

Alors que Matteo Renzi a présenté sa démission après le large rejet du référendum sur la réforme constitutionnelle ce dimanche 4 décembre, une promesse qu’il avait faite dès son arrivée au pouvoir début 2014, en France, l’actualité politique était plutôt centrée autour de ces trois événements. En effet, alors que Ségolène Royal déclenchait un tollé au sein de la classe politique après son éloge fait à Castro lors de la cérémonie organisée à sa mémoire le samedi 3 décembre dernier, un jour plus tard disparaissait un grand bonhomme de la BD française. Âgé de 82 ans, le créateur de Gai Luron, l’Écho des Savanes ou encore de Fluide Glacial laisse derrière lui ses personnages haut en couleur, de Pervers Pépère à Superdupont, en passant par la petite coccinelle qu’il avait pour habitude de glisser dans chacune de ses planches.

Pervers Pépère, personnage phare de Gotlib

Mais ce qui faisait surtout les grands titres de la presse nationale était la renonciation du Président en exercice à se représenter aux élections présidentielles, lors d’une allocution d’une dizaine de minutes donnée en direct de l’Élysée ce jeudi 1er décembre. Pour la petite histoire, un des candidats à la primaire de la « Belle Alliance Populaire », j’ai nommé Benoît Hamon, frondeur du PS et ancien ministre de l’Éducation, a appris la nouvelle alors qu’il donnait une conférence dans les magnifiques locaux de mon école, comprenant du même coup qu’il aurait à faire avec Manuel Valls comme adversaire représentant la ligne gouvernementale.

Un discours dressant le bilan d’un quinquennat marqué par des déceptions permanentes

« Le temps passe et passe et passe et beaucoup de choses ont changé, qui aurait pu s’imaginer que le temps se serait si vite écoulé. On fait le bilan calmement, en se remémorant chaque instant » écrivaient les Neg Marrons. On pourrait un peu l’appliquer à ce discours empreint d’une certaine émotion, celui d’un Président qui a vu son mandat défiler à une vitesse éclair et qui s’est retrouvé incapable de faire face aux attentes des Français et aux nombreux défis auxquels il était confronté. Battant des records d’impopularité, le « Président aux 4 % » a décidé, sans doute avec un certain pragmatisme, de ne pas se représenter à l’issue de son propre mandat, une première dans l’histoire de la Ve République. Paradoxalement, c’est ce renoncement qui lui a redonné une petite hausse de popularité dans les sondages, alors qu’à gauche on reconnaît une décision digne et pleine d’humilité, tandis qu’à droite, à commencer par le désormais candidat des Républicains François Fillon, on souligne l’illustration d’un gouvernement en état de déliquescence.

Alors, beaucoup de choses ont-elles vraiment changé pendant ce mandat de celui qui se présentait comme le candidat providentiel du changement, en ayant fait son motto lors de sa campagne en 2012 ? Il ne sera pas nécessaire ici de reprendre point par point le bilan d’un gouvernement ayant brillé de par son instabilité, reformé plusieurs fois, et ayant atteint une impopularité record, tant dans les rangs de la gauche que ceux de la droite ; cela a déjà été fait de manière exhaustive par les grands médias de la presse nationale. D’ailleurs, pendant une grande partie de son allocution, François Hollande s’y attèle, en reprenant calmement chaque point de son mandat. Pour une grande majorité de ceux qui avaient fondé en lui les espoirs du retour à la gauche à l’Elysée, beaucoup de mots reviennent, mais je pense qu’en y regardant de plus près, un se détache particulièrement : la déception. La déception de nombreux électeurs qui voyaient réellement en cet « adversaire de la finance » un changement radical par rapport au mandat précédent. Finalement, peu de promesses non tenues, et un glissement progressif vers un État sécuritaire adoptant des réformes économiques libérales à coups de 49-3.

François Hollande à l’Elysée, jeudi 1er décembre 2016.
Crédit : SIPA.

François Hollande en est sans doute conscient ; s’il rappelle certaines victoires de son gouvernement, comme celle de la légalisation du mariage pour les couples de même sexe, ou bien l’organisation, symbolique certes, mais forte en images, de la COP 21 à Paris, il assume la responsabilité de son bilan. Bien sûr on peut rigoler doucement lorsqu’il parle de « comptes publics assainis », d’un modèle social élargi, de sa lutte contre le chômage, ce sur quoi il a été le plus attaqué, qui porterait enfin ses fruits selon lui, ou bien lorsqu’il parle de la participation de la France dans l’accueil des réfugiés fuyant l’horreur de la Syrie. Pendant quelques minutes, il revient rapidement sur les grands points de son bilan quinquennal ; l’action de la France au Mali, en Centrafrique, en Syrie ou encore en Irak ; la réforme territoriale, celle de l’éducation, la lutte contre le terrorisme qui est venu frapper sur notre propre territoire, la fin du cumul des mandats, ou encore sa volonté à lutter contre la crise institutionnelle de l’Union Européenne. Il revendique de nombreuses avancées, annonce son regret d’avoir proposé la déchéance de nationalité censée apporter l’unité, alors qu’elle n’a au contraire fait que diviser la société française.

Comme je le disais, il n’est pas question ici de revenir sur son mandat et de fustiger la politique qu’il a menée pendant près de cinq ans avec différents gouvernements ; des milliers d’articles se sont déjà attelés à le faire. Ce discours, à mes yeux, est surtout l’expression d’un Président abattu, désavoué par une immense majorité de la population, à commencer par ceux qui ont fondé de nombreux espoirs en lui. A la manière d’un Jacques Chirac en 2007, il affirme avoir « consacré toute son énergie » au peuple français, avoir lutté contre « les conservatismes » ; malheureusement, on retiendra sans doute de ce président « normal » un bilan assez catastrophique, loin des attentes du peuple français, empiré par une communication politique souvent désastreuse.

Alors, cette abdication, car c’en est une finalement, est-elle un aveu de faiblesse ou un acte digne et plein d’humilité comme on l’entend partout ? Un peu des deux sans doute.

Et maintenant ?

Plus qu’un aveu de faiblesse, ce renoncement serait-il l’unique espoir pour la gauche de faire face à deux concurrents de poids, François Fillon et Marine Le Pen, et d’éviter une déliquescence qui semble inévitable ? Il semble compliqué et dangereux de l’affirmer, alors que la gauche est extrêmement divisée et semble incapable de rassembler ses électeurs, dont particulièrement une base historique de son électorat, les classes populaires. Au moment où se multiplient les candidatures pour la primaire de la Belle Alliance populaire – Vincent Peillon a récemment rejoint Arnaud Montebourg, Manuel Valls, Benoît Hamon, Sylvia Pinel, Gérard Filoche ou encore Marie-Noëlle Lienemann, et ce bien que cette dernière renonce sans doute « compte tenu de l’embouteillage de candidatures de l’aile gauche », pour ne citer que les plus connus – et que Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron ont décidé de faire cavalier seul, l’avenir d’une gauche divisée et en proie à l’implosion est plus qu’incertain.

Affiche de la Belle Alliance Populaire. Crédit : Nicolas Messyasz/SIPA

François Fillon et Marine Le Pen sont pour l’instant largement en tête des intentions de vote au premier tour dans les sondages, sondages dont nous avons cependant vu la crédibilité ces derniers temps, surtout alors qu’on est encore à plus de cinq mois des élections. Pour autant, la crise de représentation politique qui frappe le système politique français depuis de nombreuses années semble arriver à son paroxysme, alors qu’est fustigée « l’oligarchie au pouvoir » dans de nombreuses couches de la société, à commencer chez les classes populaires. La renonciation de François Hollande, qui ne peut selon ses dires se résoudre à l’éclatement de la gauche, va-t-elle redistribuer les cartes ? Bien aventureux et hasardeux celui qui saurait l’affirmer.

Hollande out.

Paul De Ryck

Diplômé de Sciences Po Toulouse. Adepte des phrases sans fin, passionné par la géopolitique et la justice transitionnelle, avec un petit faible pour l'Amérique latine. J'aime autant le sport que la politique et le café que la bière. paul@maze.fr

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