ART

Quel visage pour les écoles d’art de demain ?

A l’origine Association Nationale des Directeurs d’Ecole d’Art, puis dès 2012, Association Nationale Des Écoles supérieures d’Art, l’ANdEA fédère ainsi les 46 écoles d’art publiques. Créée en 1995 elle reste pourtant assez méconnue des étudiants. Chaque année l’association organise un séminaire auquel toute personne concernée professionnellement par les écoles d’art peut assister. « Les fonctions sociales et politiques des écoles supérieures d’art », voila l’intitulé du séminaire d’été 2016 qui était représenté cette année à l’ISdAT (Institut Supérieur des Arts de Toulouse) le 15 et 16 septembre.

A titre d’information, le conseil d’administration de l’ANdEA est présidé par Emmanuel Tibloux, directeur des Beaux arts de Lyon. Vice présidé par : Dominique Pasqualini (Directeur de l’école de Chalon-sur-Saône), Stéphane Sauzedde (Directeur de l’école d’Annecy), Danièle Yvergniaux (Directrice de l’école de Bretagne), Bernhard Rüdiger (Artiste et enseignant aux Beaux arts de Lyon), Muriel Lepage (Directrice de l’école de Clermont), le secrétaire étant David Cascaro (Directeur de la HEAR) et le trésorier Hervé Alexandre (secrétaire général de l’école de Bordeaux). Il existe également d’autres représentants, dont cette année un étudiant pour la première fois : Maxime Raynaud de l’École supérieure d’art des Pyrénées.

Le séminaire d’été a pour vocation de réunir les étudiants et tout le personnel des écoles autour de questionnements sur la place des écoles d’art, leur enseignement, leur impact, etc. Petit check up sur ces deux jours intenses.

Outre les café, cocktails et visites toulousaines, cette réunion s’organisait en ateliers qui soulevaient chacun différentes questions. Il s’agissait ensuite d’établir collectivement des hypothèses d’actions concrètes. Sept ateliers :
– Agir face aux crises de l’école
– Les écoles dans la cité : formes et conditions de l’action politique
– Les écoles doivent-elles (davantage) s’ouvrir ?
– Faut-il revendiquer d’avantage d’inutilité ?
– Créer dans les écoles d’art un atelier des hospitalités ?
– Comment partager les enjeux institutionnels des écoles d’art entre concernés ?
– Inventer d’autres formations par l’art et pour l’art ?

Des questions qui ont été discutées, retournées, mouvementées, mais certainement pas élucidées. Il apparaît à la fin de ces deux jours intensifs de réflexion qu’aucune solution miracle ne sort du lot. Nous devons donc nous contenter de sortes de chartes de « bonne conduite » qu’il est conseillé aux écoles de mettre en œuvre pour tendre vers une amélioration ou du moins une évolution. En même temps comment faire lorsque nous sommes face à une situation aussi critique ? L’ambiance balance entre inquiétude et inachèvement. Inquiétude face à la crise des finances publiques, aux restrictions qui ne sont pas négligeables et qui ont forcées l’école de Perpignan à fermer ses portes et mises en difficultés l’école d’Avignon et de Chalon-sur-Saône cette année encore. Inachèvement face à la lenteur des mises en place des réformes comme le statut du DSRA (Diplôme Supérieur de Recherche en Art), ou encore celui du DNA (Diplôme National d’Art) dans la volonté d’établir des équivalences avec les diplômes de la Fac (Licence-Master-Doctorat).

A la recherche d’un rayonnement territorial et international

Il semblerait en tout cas que la politique des écoles d’art se concentre sur une ouverture plus grande et sur la facilitation des passerelles entre écoles européennes. On pense par exemple au processus de Bologne qui vise à rapprocher l’enseignement artistique de l’enseignement universitaire et de l’enseignement artistique européen. Il existe également depuis 1988, pour tendre toujours dans cette direction, le système européen de transfert et d’accumulation de crédits (European Credits Transfer System). L’ECTS a pour vocation de faciliter la lecture et la comparaison des programmes d’études pour tous les étudiants, tant locaux qu’étrangers. Il facilite également la mobilité et la reconnaissance académique. En parallèle de cette ouverture il existe aussi une volonté d’ancrage dans le territoire. Toutes les écoles qui ne sont pas des écoles d’art nationales sont devenues des EPCC (établissement public de coopération culturelle), soit un établissement public constitué par une collectivité territoriale ou un établissement public de coopération intercommunale (EPCI). Les EPCC permettent d’associer plusieurs collectivités territoriales et éventuellement l’État dans l’organisation et le financement d’équipements culturels importants.

Un avenir qui tend vers le collectif et la transdisciplinarité

Par ailleurs il existe de plus en plus un véritable engagement envers la transdisciplinarité artistique. Une plus forte coopération avec les universités et les grandes écoles ainsi qu’avec le monde de l’entreprise. Plusieurs écoles d’arts sont couplées avec des écoles de cinéma et/ou de spectacle vivant (regroupant la musique et la danse), l’ISdAT, la HEAR par exemple. Dirigé par cette tendance, cette année au Palais de Tokyo à Paris a eu lieu l’évènement Do Disturb où figuraient plus de 50 propositions expérimentales au croisement des arts du cirque, de la performance, de la magie, de la danse, du design, de la mode et du son.

Peut on définir ce qu’est l’enseignement artistique ?

Les institutions artistiques sont toujours victimes d’une incompréhension du public et il est également ressorti de ce séminaire notre incapacité à dire, présenter, expliquer, ce qu’est l’enseignement dans une école d’art. Il me semble cependant que cela provient, certes de la complexité de l’enseignement artistique et de toutes les problématiques qu’il soulève, mais également d’un manque de volonté. Parfois poser quelques phrases sur notre quotidien en tant qu’étudiant peut suffire à éclairer des esprits. Il ne faut pas négliger nos responsabilités dans la perception de ces études supérieures. La place de l’étudiant est compliquée car elle se situe constamment dans l’absence de finalité distincte : l’art ne s’enseigne pas réellement, il se pratique. On parle «  d’enseigner l’art par l’art ». Bernhard Rüdiger définit l’art comme l’acte de créer quelque chose là où il n’y avait rien auparavant, donner forme à ce qui était indistinct.

Demain l’école d’art

Demain l’école d’art est un livre qui s’attache à rendre compte des assises du 29 et 30 octobre 2015 autour de justement la thématique de l’école d’art de demain. Il ne s’adresse pas uniquement aux étudiants en art mais est ouvert à toute personne intéressée et reste d’une écriture accessible. Il est constitué de l’intervention de 78 artistes, designers, enseignants, directeurs, etc mais c’est en tout 450 personnes qui y ont participé. Étaient présents des présidents de conseil d’administration, des élus, des commissaires d’exposition, des universitaires, des personnes intéressées. « Le véritable enjeu de cette publication, outre l’archivage et le témoignage de ces instants, est de contribuer à la prise de conscience de tous du rôle fondamental des écoles d’art » (Emmanuel Tibloux, président de l’ANdEA). La dernière intervention de ce livre a été réalisée par les représentants étudiants et se termine ainsi : « […] Nous manifestons donc notre confiance à l’ANdEA pour la poursuite des initiatives allant de ce sens afin de construire ensemble des écoles plus justes, pertinentes, profondément liées au monde dans lequel elles se trouvent et en même temps distanciées et indépendantes, dans le rapport contradictoire qui est l’essence même de nos pratiques. » Les étudiants, parfois motivés par une perte de foi en l’institution ou parfois simplement par un engagement envers l’évolution de celle-ci, se rassemblent et essayent, eux aussi, de penser l’école d’art de demain. Pour ce faire un espace de rencontre a été organisé à Paris, sous l’initiative étudiante, du 24 octobre au 4 novembre. Logé par le site des Grands Voisins dans le quatorzième arrondissement, l’événement accueille plusieurs intervenants et appelle à la participation de tous. « Repenser les écoles d’art, imaginer leurs futurs et leurs alternatives », voila leurs objectifs.

Le lien explicatif de ce workshop : http://temps-possibles.tumblr.com/

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