MUSIQUE

PNL, “Dans la Légende”, vraiment ?

PNL est, depuis un peu plus d’un an, le groupe dont tout le monde parle. Que ce soit en mal ou en bien, le duo de frangins issu d’une cité de l’Essonne ne laisse personne indifférent. Son dernier album Dans la Légende, est sorti le 16 septembre dernier.

Depuis 2015, un groupe n’en finit plus de déchaîner les passions. Son nom : PNL (Peace N Lové / Paix et Argent pour les adorateurs de la langue de Molière). La simple évocation de ces trois lettres suffisent à diviser. Cette même année, les deux frères Nabil (N.O.S) et Tarik (Ademo) surprenaient et mettaient d’accord une bonne partie du public rap de l’Hexagone. D’abord avec QLF (Que La Famille). A ce moment-là, la mode était à la trap, aux sonorités bien lourdes et tout droit venues d’Atlanta. Pour prendre tout le monde à contre-pied, la formation a fait le choix d’instrumentales lentes, planantes et hypnotisantes du cloud-rap. Ajoutées à cela, des lyrics couplées à une utilisation efficace de l’auto-tune… Le succès était au rendez-vous ! Le premier album ”sobrement” intitulé Le monde Chico sorti quelques mois plus tard a convaincu : 15 000 copies (digitales et physiques) se sont écoulées depuis que la bête a été lâchée.

Aujourd’hui, nous sommes en 2016. Parler de PNL c’est prendre des risques, choisir un camp. D’un côté, il y a les adorateurs du groupe. De l’autre, les détracteurs. Ces deux clans n’en finissent plus d’aimer se haïr, se répondre, critiquer et remettre en cause les arguments des uns et des autres. Autrement dit, les petits gars issus de la Cité des Tarterêts ont réussi à faire parler d’eux et ne laissent personne indifférent ! Ils ont été les premiers rappeurs français à faire la une du très respecté et tant convoité magazine américain The Fader (Cocorico !). Ils ont même été caricaturés par plusieurs humoristes. Maskey a décrypté la recette de leur succès, Bapt&Gaël ont fait le choix du trash, le Palmashow a choisi la manière douce avec des paroles que n’aurait pas renié Walt Disney. Ne manquerait plus qu’ils aient leurs propres marionnettes aux Guignols…

Le 16 septembre, PNL a sorti son deuxième album, celui censé confirmer leur début d’emprise sur le rap en France. C’est aussi là que l’on voit si le succès de tel ou tel artiste est éphémère ou bien ancré. Le groupe a encore fait dans la modestie pour la titraille : Dans la légende, rien que ça ! Et autant le dire tout de suite, qu’on le veuille ou non, ils ont fait preuve de clairvoyance au moment de donner un titre à l’un des projets les plus attendus de l’année. 51 487 exemplaires se sont écoulés dans les différents formats lors de la fatidique première semaine de mise en rayon.

On ne change pas une équipe qui gagne

Quand ça marche, pourquoi changer ? Les deux frangins du 91 ont sûrement dû se dire une phrase de ce genre-là au moment de composer. Certes, on peut taxer les paroles d’être parfois simplistes (on va y revenir un peu plus tard promis !). Mais il convient de prendre en compte que ces lyrics sont pensées pour être rappées et chantées en présence du vocoder. Et à ce niveau, le groupe ne déçoit pas quand il s’agit d’utiliser cet outil à la fois adoré et abhorré. Les voix des rappeurs font en fait office d’instrument à part entière. Celui-ci venant compléter des instrumentales toujours plus enivrantes (Onizuka par exemple). En fait, tout l’album est construit de cette manière. Sauf deux morceaux qui sortent un peu du lot par leur côté plus « latino » : Luz de Luna et Béné. C’est là que se situent les prises de risques. Et elles sont plutôt efficaces d’ailleurs.

Sublimer la rage

Pourquoi faire compliqué, quand on peut faire simple ? Les textes ne paient pas de mine quand on pioche dedans. Et pourtant, quand le tout est mixé, il ressort quelque chose de cet album. Le duo a grandi, il a moins de difficultés, contées dans ses premiers projets. « Mon frigo n’a plus peur / Petit frère change de paire  » assure Ademo dans J’suis QLF. Même s’ils n’oublient pas leur passé lié à la vente de produits illicites. Le spleen et le côté routinier d’une vie de dealer est un des fils rouges de DLL : le morceau Jusqu’au dernier gramme en est l’exemple le plus parlant.

Ils voyagent toujours plus.  Ils n’hésitent d’ailleurs pas à nous « convier » d’une certaine manière à suivre leurs pérégrinations à travers le monde. Ceci à travers des clips à base de plans filmés avec un drone. Et pourtant, ils sont viscéralement attachés à leur quartier. Ademo, encore lui sur « Bambina » : « Faut qu’j’voie l’Japon, faut qu’j’voie la Chine, faut qu’j’voie l’Mexique / Faut qu’j’voie l’Afrique, faut qu’j’voie ma jungle, qu’Mowgli s’exprime. »

Cette jungle, c’est le quartier et ce n’est pas ce qu’il y a de plus joyeux. Alors N.O.S et Ademo crachent la rage née de cette vie passée dans un ghetto français. Kratos, Humain et le bonus de l’éditon orange Je t’Haine représentent la quintessence de ce paradoxe d’une haine parolière posée sur des mélodies faisant office d’adoucissant.

Toujours plus concentrés sur eux-mêmes, le slogan QLF est omniprésent. Le rap, en réalité, ils semblent s’en ficher royalement. « Ouais on n’est pas comme eux, ouais on pisse sur l’trône / On r’part avec les sommes   », lâche Ademo sur La vie est belle.

Platine en trois semaines

Les auteurs n’ont pas déçu, ne se sont pas vautrés. L’opus est cohérent. Et ils ont séduit, beaucoup même. Cette chronique a été rédigée le 5 octobre. Entre le 16 septembre et le jour de la rédaction de ces précédentes lignes, le groupe a écoulé 117 183 copies de ses galettes. Ça veut dire disque de platine en un peu moins de trois semaines. N’en déplaise aux haters. Et puis, comme disait un certain Elie, lui aussi disque d’or en indé avec son comparse Ali : « Si t’aimes pas renoi, t’écoutes pas et puis c’est tout… »

 

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