MUSIQUE

On ira tous au Paradis

Avec Recto Verso, Simon Mény et Pierre Rousseau, alias Paradis, frappent un grand coup. Dans un équilibre parfait entre chanson française et électro, Paradis invente et impose son style. Assurément le meilleur album de la rentrée musicale francophone.

Vous les aviez peut-être découvert en 2012, quand ils reprenaient La Ballade de Jim d’Alain Souchon, dans une version chill, où l’on pouvait entendre les premières aisances dans les arrangements, sur un titre culte. Le duo navigue ensuite, un EP, puis un autre, puis l’arrivée chez Barclay, et Couleurs Primaires, un troisième EP qui nous murmurait déjà le contenu de Recto Verso : Sur Une Chanson en Français bien sûr, mais aussi et surtout le tubesque Garde Le Pour Toi, qui figure sur l’album.

Sur le fil

La couleur musicale de Paradis est résolument électro : rythmes synthétiques, nappes de clavier, petit écho dans les voix, tout est minutieusement étudié. C’est ainsi qu’ils flirtent toujours avec le vieillot, le has been pour ne jamais tomber dedans, et s’en faire au contraire un véritable style, résolument moderne. Le duo joue sur les répétitions, en gardant souvent les mêmes mesures. S’il peut y avoir plusieurs moments différents dans un même morceau, il y a très peu de refrains musicaux.

Chanter l’amour

Ce qui n’empêche pas Paradis, bien au contraire, de raconter des histoires. D’amour, bien entendu, parce que oui c’est un album de chansons d’amour. Mais pas l’amour au grand jour, ou même l’amour déçu, ou torturé. L’amour discret, l’amour qui ne se dit pas, ou pas tout de suite, ou si peu. On tourne autour du pot, on demande à l’autre de se dévoiler, sans en dire trop sur soi-même. “Montre moi l’envers du décor à l’endroit / Montre moi le revers de ce que cache tout ça”, dit le titre éponyme de l’album.

Ils le disent eux-mêmes, l’objectif de Paradis, c’est d’abord de faire de belles chansons, la musique n’étant qu’un appui, un accompagnement pour sublimer le travail sur le texte et la voix. “Je me sens sale / Animal / Quand on m’explique / Ma musique”, extrait de Miroir, un morceau en deux parties qui illustre l’ambivalence du duo, entre l’acharnement à faire des chansons aux textes forts, marquants, beaux, et de l’autre côté l’envie de danser et de faire danser, de ne plus se prendre au sérieux.

Vers la musique de club ?

En ce sens, la reprise du Paradis d’Alain Chamfort, réalisée à l’occasion du best-of de l’artiste sorti en début d’année, et présente sur l’album, sonne comme une envie de se faire mouvoir les foules. Une version torturée, qui donne envie de se perdre sur un dancefloor habillé de rares lumières rouges et bleues. Avec Simon et Pierre, on peut aussi danser sur des rythmes venus d’un peu plus loin, comme avec Mieux Que Tout, ou enfin se sentir des envie de séduction lorsque résonne le beat lancinant de Toi et Moi.

Cela fait partie de leur ADN en tout cas au même titre que l’écriture qui leur tient tant à cœur. Qu’ils émeuvent ou fassent danser, l’important reste la signature Paradis. Un premier album qui tient toutes les promesses annoncées par les premières années du jeune duo. On en veut encore messieurs. Soyez sûr que pour vous, on ira tous au Paradis.

Auteur·rice

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