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Rencontre avec Beautiful Badness : « Un live fait de samples, ça m’emmerde »

 

Lors du Ronquières Festival, nous avons eu la chance de rencontrer Beautiful Badness. Ce groupe belge très prometteur balance entre la folk et la musique symphonique pour nous livrer des sonorités à la fois neuves et teintées de nostalgie. En compagnie de Gabriel Sesboué, chanteur et compositeur du groupe, nous avons eu l’occasion d’en apprendre un peu plus sur cette fantastique formation musicale.

Comment le groupe est-il né ?

Le groupe est né il y a un peu plus de quatre ans. A la base je vivais à Lyon et j’avais quelques compos en réserve que j’avais faites pour moi. Puis j’ai déménagé à Bruxelles pour suivre l’amour de ma vie. J’ai eu envie de développer mon projet solo, et il semblerait que j’ai une tendance à pas aimer les trucs en solo. Puisque ça a très rapidement pris la forme d’un groupe. Donc j’ai rassemblé progressivement plusieurs musiciens autour de moi. Certains ne sont dans l’aventure aujourd’hui, mais ils ont quand même fait quelques concerts. L’un des premiers est resté, Olivier le guitariste. Ensuite Gilles à la batterie. Puis ça s’est fédéré, on a eu quelques bassistes différents. On a fait rentrer un cinquième membre au clavier. A la base je suis pianiste de formation mais j’ai été victime d’une blessure qui m’a empêché de jouer puis on l’a gardé parce qu’on était plus à l’aise. Et la dernière arrivée c’est Raphaelle à la basse.

Pourquoi n’est-ce pas possible pour toi de travailler en solo ?

Composer c’est un truc que je fais tout le temps en solo, je suis même incapable de composer en groupe parce que j’ai toujours une idée fixe, un plan que je mène seul. Par contre, porter un projet de groupe avec tout ce que ça implique comme énergie, je trouve que tout seul c’est assez difficile. Quand tu as un coup de mou, une galère de date ou un découragement, si tu n’as pas un coéquipier pour te pousser dans tes moments de faiblesse, c’est difficile. Je me suis rendu compte que porter tout ça tout seul, je trouvais ça difficile, voilà pourquoi on est un groupe et que je ne regrette pas ce choix.

Sur le plan purement artistique par contre, je continue à travailler seul. Les maquettes sont de moi et quand j’arrive en répétition, j’amène un produit deja un peu fini.

Si le produit est déjà « un peu fini », est-ce que le reste du groupe a quand même son mot à dire dans ce que tu composes ?

Le reste du groupe a son mot à dire, qu’ils essayent seulement… Bien sûr on travaille en groupe. Même si je suis un peu touche à tout, je ne suis pas batteur par exemple, donc un batteur professionnel saura toujours mieux comment faire groover le tout, comment s’approprier quelque chose. J’essaye de plus en plus de leur laisser de la place. J’arrive avec un morceau pour donner l’esprit, mais s’ils ont envie de réadapter un peu leur partie chacun, je les laisse faire. Ils sont mieux placés que moi pour savoir comment leur instrument va sonner.

Comment définissez-vous votre style ?

Moi j’aime bien parler de pop lyrique. C’est pop mais c’est très influencé par la musique classique. Un peu à la manière d’Agnes Obel ou ce genre d’artistes qui n’hésitent pas à emprunter dans la musique ancienne, à laisser un son pur et très peu modifié. Les instruments sont organiques, c’est naturel.

Agnes Obel utilise des sonorités folkloriques scandinaves, est-ce que vous vous avez une influence particulière ?

Moi je suis très influencé de musique anglo-saxonne en général, mais surtout anglaise. Mes groupes ce sont les Beatles et Queen. Dans la partie classique j’aime beaucoup le XIXe siècle. Gabriel Fauré, Camille Saint-Saëns, tout ce qui est romantique et qui joue sur l’atmosphère. Les gens décrivent de plus en plus notre musique comme étant filmique, y’a un coté BO de films. Ce qu’on développe à fond grâce au fait qu’on est quatre chanteurs sur cinq musiciens c’est le chant polyphonique. Aujourd’hui on avait un set assez court, donc on a misé sur l’énergie. Mais quand on a plus de temps on commence le concert en a capella pendant quatre minutes et on attend de voir ce qu’il se passe.

Pourquoi ce n’est pas possible de faire ça en festival ?

En festival c’est pas toujours simple, ca tient de la prise de risque.

Pourtant hier soir Puggy a fait un guitare/voix et ça a conquis le public…

C’est Puggy, c’est How I Needed You, c’est un morceau que tout le monde connaît. Mais c’est vrai que ça se tente. On le fait quand on le joue en configuration de salle, soit à nos concerts, soit en première partie. On commence avec cette polyphonie et les gens se disent qu’il y a une ambiance différente.

Dans vos clips, on voit un coté nostalgique, enfance perdue, mélancolique. Alors qu’ici vous nous avez livré un concert ‘normal’, sans jeu sur cette ambiance qui vous caractérise. Vous le faites habituellement ?

En salle on a lightshow un peu plus poussé, on essaye d’appuyer les ambiances. Dans un festival, en journée et en plein soleil, il vaut mieux prendre un parti un peu différent. On ne trahit pas notre univers musical, on fait notre truc. Dans la vie on est pas si mélancolique qu’on ne le montre. On ne va pas surjouer ce coté quand ça n’a pas lieu d’être. J’aime être là, avec les gens, au soleil, gardons ce qu’on a dans le moment présent.

Ca me rappelle un concert qui m’a vachement marqué. J’étais allé voir Sanseverino une fois. Le mec commence son show en faisant le con pendant dix minutes, tu te demandes si c’est un concert ou un one man show, il lâche un rot ou deux. Et derrière ça il te fait une chanson tout en douceur, avec des cuivres d’une tristesse infinie. Tu passes d’une ambiance à une autre sans aucun problème. Y’a pas de souci à passer d’une émotion à une autre tant que ce n’est pas surjoué.

Il y a une énorme différence entre votre CD et votre version live. D’un côté c’est très orchestral, de l’autre c’est très rock. Comment expliquer cette différence ?

Y’a toujours un peu plus de patate en concert, c’est clair. On aime bien un peu se lâcher, surtout sur la fin du set. Encore une fois, c’est le contexte festival qui joue beaucoup. Il faut que ce soit plus pêchu, le contexte d’écoute est autre. Personnellement en tant que spectateur j’aime bien les atmosphères fragiles mais il faut que ça claque à un moment donné. Quand on est chez soi, tranquillement en train d’écouter un CD, on cherche peut-être une autre énergie. J’ai beaucoup de plaisir en tant que musicien à avoir la possibilité de faire les deux. Le risque c’est qu’un jour quelqu’un vienne nous voir et trouve quelque chose d’un peu différent de ce qu’il attendait. Mais en même temps c’est cool d’avoir ces deux facettes.

Vous l’avez trouvé comment le concert d’aujourd’hui ?

C’était un public de début d’après-midi haha. Mais il a fini par bien rentrer dedans. On sent que les gens ici sont hyper bienveillants. Presque personne ne nous connaissait ici. Autant au BSF la moitié des gens nous connaissaient, donc c’était plus facile dans le sens où ils chantaient avec nous. Autant ici, on arrive devant un public de gens qui nous découvrent. Ça prend un peu plus de temps mais au final ça bougeait très bien, ça participait, donc chouette moment.

Vous vous sentez en adéquation avec le reste de l’affiche ?

Oui vraiment. On s’identifie bien à Matt Simons, on n’est pas très éloigné d’Alice on The Roof même si on est moins electro. Je me sens relativement à ma place.

En parlant d’electro, vous êtes un des seuls groupes du weekend à ne pas utiliser de pads ou ce genre de chose.

Je dirais même qu’on est un des seuls groupes de l’été à ne pas jouer sur les sons electros. Ou même de l’année. On a un seul pad, mais il est tres discret. Mais ça s’explique par mon côté anti-mode et anticonformiste, ce qui n’est pas forcément un atout dans le métier. Aller à l’encontre de la mode c’est pas toujours facile. Mais j’aime bien avoir un son organique et pur. Y’a des supers trucs electros mais moi c’est pas ma cam. Globalement, c’est un truc qui me manque dans le paysage musical aujourd’hui, le fait de retrouver l’énergie d’un vrai groupe. Et plus que l’electro, ce qui me frustre énormément c’est l’omniprésence de bandes enregistrées. Voir un groupe où la moitié de ce que t’entends n’est pas joué live, ça m’emmerde. C’est une sorte de trahison. Y’a des groupes qui le font extrêmement bien, comme Puggy qui utilise des samples, mais ils le font avec beaucoup de talent. Ils ont un live, ils gèrent tout, ça reste du direct. Puis y’a des groupes qui ont tellement chargé leur prestation de samples que leur show a un son énorme et une énergie figée. C’est une impression que j’ai, qu’il y a de plus en plus de groupes monolithiques avec un son massif mais dans lequel le relief n’est pas présent. Plus que le coté tricherie, c’est le côté platitude.

Auteur·rice

Directrice de la communication, tout droit venue de Belgique pour vous servir. Passionnée de lecture, d'écriture, de photographie et de musique classique.

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