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Motocultor 2016 : entretien avec Atlantis Chronicles : “Allier beauté et violence”

Atlantis Chronicles représente la fine fleur du Death technique parmi les groupes français. Vous héritez un peu de Gorod. La différence, c’est votre son plus moderne et digeste. Votre nouvel album Barton’s Odyssey est sorti en mars 2016. C’est la suite d’un périple abyssal entamé avec un précédent album, Ten Miles Underwater, sorti en 2013. Pour résumer l’histoire, c’est la plongée dans un monde aquatique inexploré. D’où est venue cette passion marine ? Est-elle commune à tous les membres ?

Jérôme : à la base, c’est la passion d’Alex, qui compose tout. Il nous a embarqué dans son bateau aquatique. Au fil du temps, comme on aime la narration, raconter une historie cohérente et que le thème était forcément marin, on a fini par broder et obtenir des thèmes plus ou moins concluants qui allaient bien ensemble. On s’est laissé embarquer par Alex progressivement.

Pour le moment vous êtes sur des thématiques aquatiques mais ce n’est pas impossible que, demain, Atlantis Chronicles oriente sa narration différemment ?

Sydney  : impossible, on a déjà choisi notre camp ! De plus, le monde océanique est largement inexploré. Les thématiques qui peuvent en découler, fictions, romantisme et fantaisies, sont infinies. Tu peux avoir autant de thème sur l’espace que sur les fonds sous-marins. L’eau est quelque chose de fabuleux, ça ne se passera donc pas ailleurs que dans les océans. Sans doute qu’à l’avenir on ne fera pas de suite direct de ces albums, mais la recette aquatique est le fondement du groupe depuis le début, c’est ce qu’on développe dans la composition, on se sert de ces images pour écrire notre musique.

Il faut toujours servir la musicalité.

Ce nouvel album est caractérisé par un Death Metal technique et virtuose. On peut souligner l’apparition de chant clair sur Upwelling. Est ce que vous avez d’autre envies d’expérimentations sonores sur les prochaines sorties malgré cette contrainte du Death Metal ?

Sydney : la voix claire était une volonté de Jérôme. C’est un truc qu’il avait au fond de lui et qu’il voulait exprimer depuis très longtemps. Le deuxième album était une opportunité d’expérimenter de nouvelles choses et d’apporter des nouveautés harmoniques. Ça nous a donné d’autres idées, pour le troisième album effectivement. On part sur quelque chose de plus ambitieux en terme d’expérimentations. C’est une volonté, il n’y a encore rien de concret.

Je pensais notamment à Cynic qui n’hésite pas à utiliser du vocoder, il n’y a pas d’impossibilités ?

Sydney : concernant le vocoder, je ne suis pas sur parce que ça ne correspond pas à notre image et notre esthétique musicale. Par contre, il y aura d’autres expérimentations au niveau de la musique, ça c’est certain. Pour la voix, on va essayer des choses et on verra ce qui en ressort. Il faut toujours servir la musicalité. Il faut obtenir quelque chose d’homogène et uniforme. La volonté d’Alex, c’est de ne pas refaire un Barton’s Odyssey bis. On a été au bout et il faut avancer, expérimenter d’autres choses. Je ne pense pas qu’on décevra les gens qui sont fans de cet album. On va essayer de nouvelles choses et chacun y trouvera son compte, tant les anciens fans que les nouveaux qu’on va peut-être pouvoir fédérer avec ces essais.

Alex  : personnellement, je n’ai pas envie d’inventer l’eau chaude, mais d’aller sur un nouveau terrain. J’ai juste envie de tester de nouvelles choses, des transitions avec du son clair tout en restant en accord avec notre thématique, en restant fidèle à nous même, et en devenant plus massif.

atlantis fest

Toujours avancer et surtout surprendre.

Jérôme, pratiquais-tu déjà le chant clair avant de faire Atlantis Chronicles ?

Jérôme : je chantais régulièrement il y a presque dix ans. Il y a eu un trou énorme pendant lequel il n’y a pas eu de chant jusqu’à ce que des passages du deuxième album soient propices. Ce qui a débloqué le truc chez moi, ce sont les progrès qu’a fait Antoine au niveau du chant. Entre le premier et le deuxième album, il y a un fossé énorme en terme d’expression vocale chez Antoine, c’est colossal. Le travail qui lui a permis de faire ces progrès sont devenus des outils. Je me suis remis à bosser dans la foulée. À partir de là, en bossant, il y a de nouvelles idées qui viennent, mélanger le chant clair et le corser… ça m’a toujours intéressé.

On parle beaucoup du troisième album, on a compris que sur les deux précédents on entrait dans un voyage en deux parties. Le troisième album marquera t’il un triptyque ?

Sydney : on a évoqué vaguement des choses. Pour le moment, ce n’est pas une option. Toutes les bonnes choses ont une fin. Une suite de suite, ça fait recuit. Pour nous, l’idée est de toujours avancer et surtout de surprendre. Sur le deuxième album, on s’était dit qu’on allait surprendre en allant plus loin dans la technique, dans le tempo, en étant plus offensif tout en gardant la magie qu’on peut insuffler. C’était allier beauté et violence

L’équilibre est réussi. Dans le Death Metal, on peut vite tomber dans la surenchère de violence.

Sydney  : réussi ou pas, ça dépend des goûts de chacun. En tout cas, il est fait, c’est passé. On va continuer à jouer ce deuxième album un bon bout de temps. On ne va pas s’orienter vers quelque chose de radicalement différent, on va compléter le paysage musical qu’on a déjà commencé à peindre sur les deux premiers albums.

Parmi les influences que je ressens, je cite Sikth et August Burns Red. Est ce qu’il y a parmi vos influences des groupes qui jouent sur la composition et l’arrangement ?

Sydney  : tu touches juste pour Sikth et August Burns Red. Nous avons énormément écouté ces groupes. C’est une influence sous-jacente car il y en a des plus dominantes. Il y a forcément des choses qui en ressortent dans notre musique, notamment le côté massif. Je vais te donner d’autres influences qui sont plus Metal technique et Death Metal : The Faceless. Pour moi, c’est un des meilleurs groupes dans le genre. Évidemment, Gojira a eu une grosse influence. En plus du fait que leur musique est très originale, il y a des idées à piocher dedans. Après on va passer par des choses comme The Human Abstract, groupe tristement méconnu et qui a été une grosse influence pour Alex. On va retrouver, dans leur premier album, beaucoup d’idées qu’on peut aborder dans notre musique. Ce n’est pas copié collé, mais on s’inspire également de la scène Death Metal suédoise ou encore de Protest The Hero, même si ce n’est pas flagrant.

Chez Protest The Hero, il y a quelque chose d’assez fun dans leur approche de la composition. Votre musique semble plus digne.

Jérôme : l’énergie n’est pas la même, mais c’est vrai que Protest The Hero est beaucoup plus festif. Même si on a la banane quand on joue, notre projet est sérieux. On aborde des thèmes plus majestueux. On brasse une large palette de thème qui ont un lien avec le vivant et les choses mystérieuses qui s’en dégagent. C’est notre recherche.

Pour ce nouvel album, vous avez signé avec Apathia Records, jeune label qui peut se vanter de passer par toutes les esthétiques Metal. Comment s’est organisée cette rencontre ?

Sydney : Alex était déjà en contact avec Jehann, le boss. Il avait suivi notre premier album, il nous avait repéré, je pense qu’il avait bien aimé le premier. On l’a recroisé à un concert de Devin Townsend et Periphery sur Paris. On y allait en tant que spectateur, il était là, on a parlé avec lui et il a dit qu’il ne fallait pas qu’on hésite à envoyer des maquettes. C’était le premier vrai contact. La suite, c’était par mail : on a envoyé nos sons, il a bien aimé et il nous a proposé quelque chose d’intéressant. C’est assez commun de bosser par mail. On fait mixer nos pistes par mail ! L’avènement d’internet est un mal pour beaucoup mais c’est bénéfique pour un nombre encore plus grand en terme d’expansion musicale et de découverte.

La production est parfois vertigineuse, on ne peut pas toujours tout suivre. Ça a un double tranchant : on peut découvrir plein de supers talents, tout comme se retrouver noyé par les propositions.

Jérôme : avec internet, on a beaucoup plus d’information, c’est plus facile d’obtenir ce qui était inaccessible.

Sydney  : vu la profusion de groupe, notre démarche est de surprendre. Tout le monde n’est pas surpris quand on essaye de sortir notre épingle du jeu, mais il faut se différencier dans la myriade d’autres groupes.

Récemment, on a vu une partie du groupe en featuring avec Dali Thundering Concept, Kadinja et Betraying The Martyrs. Encore une fois, c’est l’atout d’internet : on peut produire un clip avec des noms de la scène Metal moderne française. Est ce que vous trouvez que la communauté Metal est soudée ?

Sydney : vaste question ! La communauté Metal peut-être, mais la communauté française je ne suis pas sur. Les groupes que tu as cité, ce sont des gens qu’on connaît très bien, ils sont nos amis. Tout se passe bien car on ne joue pas sur les mêmes terrains. Je vais commencer à cracher dans la soupe, mais j’ai l’impression que lorsque tu joues dans le même terrain, il y a une espèce de rivalité. Ça donne l’impression que les gens ne peuvent pas écouter deux groupes en même temps. On espère que la fraternité se développe au sein du Metal français. Ce n’est pas facile, mais on a vu que lorsqu’on ne joue pas à la même échelle, sur les mêmes scènes, les liens de fraternité se créent beaucoup plus facilement. Par exemple, Kadinja et Dali Thundering Concept, c’est typé Djent, et nous on ne l’est pas. L’amitié en bénéficie : on se donne des coups de main, on essaye d’être proche. Avec Betraying The Martyrs, la question ne se pose pas car ils sont sur des tournées internationales, il n’y a même pas de question de rivalité. Avec ces gens là, il n’y a aucun problème. Avec la scène dans laquelle on évolue, il y a des fois des tensions palpables, on entend des choses…

On va tâcher de terminer avec une note de soutien quand même. On l’a souligné, on a la chance d’avoir un vivier Metal qui est fertile en France, on a des groupes talentueux dont vous faites partie. Est ce qu’il y a parmi vos découvertes un groupe à ne pas manquer ?

Sydney  : Kadinja. Ils vont sortir leur album en fin d’année. On connaît bien les mecs, ça va vraiment être très méchant. Ils sont dans une démarche très positive et vont dans le bons sens. Je ne dis pas ça en donneur de leçon, mais on voit ce qu’ils font et, humainement, ce sont des gens très cools et qui voient les choses positivement. Sinon, Regarde Les Hommes Tomber qui font un peu l’unanimité j’ai l’impression. J’ai survolé, mais je sais qu’Alex adore ce groupe. Je pense qu’ils ne sont pas en vu pour rien, c’est un groupe à suivre, c’est certain. Je vais citer Hypno5e évidemment. Ce sont des mecs très simples et déconnectés du pseudo show business que certains veulent créer dans la scène Metal alors qu’il n’y a pas d’argent, il n’y a pas d’exclusivité ni de concurrence, pas de gros enjeux ! On est tous là pour faire la musique de niche qui est dure à développer en France. Autant se serrer les coudes.

Auteur·rice

HEADBANG 'TILL YOUR NECK BREAKS.

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