CINÉMA

Captain Fantastic : entre utopie et réalité

Premier film en compétition visionné par Maze, Captain Fantastic nous offre une belle entrée en matière.

Au cœur d’une immense forêt américaine se niche un tipi de la taille d’une petite maison. C’est là que vit la famille de Ben Cash, dont les six enfants sont élevés en toute liberté dans une utopie anticapitaliste, en parfaite osmose avec une nature sauvage qu’ils s’entraînent jour après jour à dompter, entre deux lectures de Chomsky ou Nabokov. Captain Fantastic, second long-métrage de Matt Ross, marque un moment de rupture dans l’équilibre de cette tribu colorée alors que la mort de leur mère les amène à quitter leur havre poétique pour se frotter au monde extérieur.

Le film est porté par un casting à la hauteur de ses personnages flamboyants. Viggo Mortensen d’abord, véritable figure de proue de l’histoire et de sa famille, parfait en père dévoué à l’épanouissement de ses enfants mais sans cesse tiraillé entre l’idéal qu’il s’est fixé et la dureté du monde réel qui finit par le rattraper. Les jeunes acteurs sont tous brillants, à la fois complémentaires et totalement uniques dans leurs personnages d’enfants aux aptitudes et personnalités hors normes. Leur aventure aux accents initiatiques est bercée de musique, entre les notes de guitare et de cornemuse jouées par Ben et les scènes –très belles- de communion familiale où les voix se mêlent. Chacun des jeunes prodiges apporte sa touche à travers un instrument différent. Captain Fantastic déploie un univers visuel foisonnant, tout en détails révélateurs de la personnalité de chacun, qui se cristallise dans certaines scènes d’une beauté empreinte de poésie.

Le film a un ancrage philosophique indéniable (les enfants sont même désignés par leur mère comme des « philosophes rois » héritiers de la République platonicienne), sans jamais être donneur de leçons, ni céder à la facilité. Tout est nuancé, et oscille entre légèreté et gravité alors que l’idéal créé par Ben et sa femme se confronte au cadre sociétal normé incarné par les grands-parents maternels, et révèle ses failles dans le désir d’émancipation des enfants. Matt Ross explore avec subtilité et humour les questions inhérentes à l’éducation : faut-il tout dire à ses enfants ou les abriter de certaines vérités douloureuses ? Comment les protéger et les armer au mieux face au monde souvent hostile qui les attend ?

Matt Ross n’assène pas de message à travers son film qui n’impose pas de conclusion tranchée mais se pose plutôt comme une question ouverte livrée à l’interprétation du spectateur. Au fond, personne ne sait vraiment comment ni quoi faire face à la vie : chacun fait du mieux qu’il peut et compose avec ses idéaux, qu’ils soient dans la norme ou en marge. Un film électrisant et résolument optimiste qui résonne au cœur de chacun, comme en témoignent l’enthousiasme et les applaudissements dans la salle au générique de fin.

Auteur·rice

Etudiante en cinéma à la Sorbonne Nouvelle, passionnée d'art et de culture, et aimant en parler.

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