MUSIQUE

Rencontre avec Soviet Suprem : “Nous serons candidats à la présidentielle”

Ils sont les OVNI des programmations de festival. John Lenine et Sylvester Staline forment le groupe Soviet Suprem. Plus qu’un projet musical, c’est tout une mise en scène que les deux compères façonnent, et un message alternatif qu’ils tentent de faire passer…

Votre projet musical est quelque peu atypique, on peut même dire fictionnel. Vous évoluez dans un monde où l’URSS a gagné la guerre froide, vous avez deux identités sur scène, John Lenine et Sylvester Staline…

Imaginons… La musique internationale, on appelle ça de la world music mais ça passe toujours par le biais des Etats-Unis. Nous, en France, on habite vraiment entre les deux. Ca n’a jamais été un pays communiste, il y a toujours eu l’influence des américains. Il n’y a jamais eu ce rapport des gens au communisme, où ils ont vécu cela comme une dictature. Il y a même une nostalgie, puisque le communisme est un parti très fort en France. Tout cela pour dire, pour parler musique et non politique, si nous avons usé de ce terme-là « Soviet Suprem », c’est avant tout par rapport à la musique.

Les musiques de l’Est et sa culture politique sont des influences pour vous ?

Thomas, lui, a grandi dans cette musique, puisqu’originaire de Pologne et Roumanie. Depuis qu’il est petit, il entend et joue cette musique. Et en parallèle, il a grandi dans une famille communiste, son arrière-grand-père était déjà au PC. Donc, il a déjà ces deux cultures. Moi aussi, j’ai grandi dans une banlieue rouge. On a tous les deux passé notre enfance à la fête de l’huma. J’étais assez politisé, notamment grâce à mon père, journaliste, qui a aussi été dans le mouvement de la paix, un mouvement communiste, et qui était un « pied rouge », le contraire des pieds noirs. Ce sont des gens qui sont partis en Algérie pendant la crise, avant que le pays ne devienne indépendant, et qui ont soutenu, qui ont formé les nouveaux cadres. Nous avons donc tous les deux grandis dans cet univers.

Quelles ont été les motivations à l’aube du projet ?

Nous avons débuté ce projet grâce à Thomas, qui avait un groupe (La Caravane Passe, NDLR), qui jouait des musiques de l’Est. Et qu’ont en commun toutes ces traditions musicales ? C’est de venir de pays de l’ex union soviétique. On ne pensait pas du tout à ça au début, c’est venu naturellement. Nous avons commencé à jouer dans des clubs, ce que l’on appelle les Balkans beats, qui sont des soirées où il y a des musiques des balkans, que l’on retrouve dans toutes les capitales européennes, où l’on mélange la musique électronique aux musiques traditionnelles de l’Est. Thomas y participait, il m’a invité et c’est là qu’on s’est vraiment marrés. Il y a une réelle spontanéité dans cette musique, c’est punk, mais en même temps avec le côté moderne de l’électro. Les gens dansent, ça va très vite, il y a quelque chose de beaucoup moins coincé que dans les soirées techno. C’est là que nous avons choisi de fonder le groupe. Et au moment de trouver un nom, on s’est dit que comme la musique s’appuyait sur la culture soviétique, et on a créé Soviet Suprem.

Soviet Suprem était donc un groupe comme un autre. Qu’est-ce-qui vous a fait passé à la création d’un monde autour du projet ?

On a bien déliré dessus. On a donc créé ces deux personnages de John Lénine et Sylvester Staline, un mélange de l’Ouest et de l’Est. On a ensuite décidé d’imaginer une histoire, celle de deux généraux cryogénisés, comme dans Goodbye Lenin où une femme tombe dans le coma et se réveille après la chute du mur. Ces deux généraux se réveillent donc eux dans les années 2000. Ils n’ont pas vu la chute du mur et imaginent ce que peut être la musique mondiale, au contraire des Etats-Unis, en mélangeant avec les traditions de l’Est… Mais en essayant de faire une musique internationale. Parce que si l’URSS avait gagné la guerre, on n’appellerait pas ça de la world music mais de l’Internationale. C’est pour cela que le premier album s’appelle ainsi et que le deuxième s’appellera 1917, en référence à la révolution d’octobre et parce que nous serons en 2017. Ce sera l’année des présidentielles, et nous serons tous les deux candidats. L’un contre l’autre.

On va organiser des primaires entre nous deux, puis on va se présenter officiellement. Ça va être dur de recueillir les 500 signatures de parrainage, mais on va les avoir.

Vous refusez d’être assimilés à la politique, mais vous tentez tout de même de faire passer un message, non ?

Nous avons un travail noble qui est celui de saltimbanque, de divertir les gens. Après, si nous pouvons faire passer des idées, c’est très bien. Mais le but et notre attirance, c’est de faire revivre les musiques traditionnelles. Le folklore a été beaucoup oublié depuis la centralisation ce qui fait qu’en France et en général dans l’Europe de l’Ouest, « musiques traditionnelles », ça ne veut pas dire grand chose. On a essayé de gommer, depuis la Révolution française, tous les particuliarismes régionaux, comme les accents. On demande à tout le monde d’avoir le même accent, l’accent versaillais. Mais dans le pays de Descartes, je pense donc je suis, mais on a oublié le corps. Nous, on cherche à réinvestir le corps. C’est une démarche intellectuelle parce qu’elle n’est pas naturelle ; contrairement au Brésil, où dès qu’il y a de la musique, les gens dansent. Finalement, les gens redécouvrent ce que c’est que de danser ensemble.

Vous êtes un peu des dictateurs de la bonne humeur en fait…

Non, on est des dictateurs du dance-floor. Si les gens ne dansent pas, on les envoie au goulag. S’ils chantent pas, c’est pareil. (rires). Plus sérieusement, on fait de la satire, on est des bouffons. Sur scène, un artiste va dire « allez tout le monde tape dans les mains », et tout le monde va taper dans les mains. Il y a un côté complètement dictatorial. Alors nous, on l’accentue pour le montrer.

Auteur·rice

Journaliste en terre bretonne, je vagabonde entre les pays pour cultiver ma passion de théâtre, de musique et de poivrons (surtout de poivrons). J'essaie tant bien que mal d'éduquer à l'égalité entre les sexes, il paraît qu'on appelle ça le féminisme. J'aime bien les séries télé dans mon canapé et passer des soirées dans les salles obscures. Bref, peut-être ici la seule personne normale.

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