Les Kassos : rencontre avec le producteur (sale gosse) David Alric

Cela fait maintenant trois saisons que la série animée Les Kassos sévit sur YouTube. Plus que de détourner des figures iconiques de la culture populaire, chaque épisode représente ce que la France produit de plus corrosif. Nous avons donc profité de la venue de l’équipe au Festival d’animation d’Annecy pour s’entretenir avec le producteur, David Alric. Il a été notamment question de liberté de ton, des nouveaux médias comme Internet, et d’un hypothétique film à venir.

Comment le projet Les Kassos est-il né ?

Il est né d’une envie de faire une série basée sur des personnages avec un acting fort et face caméra. Au départ cela devait être un programme court pour les enfants mais ça n’a pas marché, malheureusement. Du coup on l’a poussé adulte avec El Diablo et Balak [les scénaristes, ndlr]. Cela a donné Les Kassos et a intéressé Canalplus.fr qui a mis du budget pour faire une animatique de pilote et un test d’animation. Comme cela leur a plu ils ont mis le reste pour en faire une série.

Concernant votre liberté d’expression, vous ne vous êtes jamais censuré ?

En tant que producteur je ne censure rien, souvent  parce qu’il y a des arguments pour défendre l’idée. Concernant Canal, ils ont compris que c’était le côté borderline qui plaisait. Ils nous ont laissé faire quasiment tout, sauf une ou deux fois sur la saison deux et la saison trois.

Vous pouvez nous en parler ?

On était à une époque durant laquelle il y avait des problèmes concernant deux communautés qui s’affrontent depuis longtemps. C’était une blague communautaire comme on en fait des fois, de l’humour noir en référence à un phénomène historique. Du coup Canal ne voulait pas que l’on balance de l’huile sur le feu. C’est normal car ils sont co-producteurs, la série leur appartient.

Les Kassos à la télévision, c’est inenvisageable ?

Cela nous aurait intéressé mais ce n’est pas dans la culture de Canal+ la série d’animation adulte. Il n’y a toujours pas eu d’évolution. Ils se disent « l’animation c’est pour les enfants, le live c’est pour les adultes ». Cette frontière est mentale. J’espère qu’avec le succès de séries comme BoJack Horseman cela changera.

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Alien vu par les Kassos – Canal Factory

La série est basée sur des icônes de la culture populaire. Est-il arrivé de ne pas faire de sketch de peur que les personnages ne soient pas assez connus ?

C’est arrivé au tout début parce que la série se cherchait un peu. Mais on a remarqué que dans les commentaires lorsque quelqu’un n’avait pas la référence, la communauté lui répondait. À partir de ce moment-là on s’est dit qu’on pouvait tenter des choses un peu moins mainstream, ou aller chercher des références plus pointues.

Par exemple dans le dernier épisode de cette saison il y a une référence à Enter the void de Gaspar Noé, vous pensez que le public la saisira ?

Le grand public non, mais on a la chance d’avoir un public très cultivé. Par rapport aux autres youtubeurs on a des gens qui ont une vraie culture cinématographique, un background de films et de séries. Mais c’est pas grave si le public n’a pas la référence, le sketch marche quand même sans.

Les personnages que vous utilisez sont des marques. Est-ce que vous demandez l’autorisation à leurs propriétaires ?

Non on ne demande pas d’autorisation puisqu’on a le droit de faire de la parodie, avec certaines règles. Tant qu’on les respecte il n’y a pas d’autorisation à demander à Disney  pour utiliser La Reine des neiges.

Il est compliqué de gagner de l’argent lorsqu’on diffuse sur Internet. La série est-elle rentable pour Canal+ ?

Ils ont investi beaucoup d’argent et ils ont du mal à le récupérer. Eux, ils gagnent toutes les vues, mais ce n’est pas une série qui rapporte. Aujourd’hui je pense qu’ils perdent de l’argent. S’ils continuent c’est parce qu’il y a peut-être moyen d’en gagner avec les produits dérivés ou des choses comme ça.

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Le seigneur des anneaux vu par les Kassos – Canal Factory

Quel regard portez-vous sur la télévision aujourd’hui ?

Quand tu fais de l’animation à la télévision il faut que ce soit pour un public enfant, quasiment uniquement. Moi j’ai pas réussi. A priori le futur de la télé se fera sur le web : regarde les nouveaux entrants comme Netflix ou Amazon. Vu qu’il s’agit d’abonnements, il n’y a pas de publicité, donc moins de contraintes. Pour faire de l’animation adulte c’est vers eux qu’il faut se tourner, et oublier la télévision.

Donc si on a un projet ambitieux c’est sur internet que cela se passe ?

Alors ambitieux sur l’image, ça coûterait forcément plus cher. Mais faire quelque chose de trash au niveau du ton, non. Il faut penser à la liberté de ton avant tout et pour ça les chaînes, c’est mort.

Canal vient de vous proposer un film Les Kassos

Il n’y a pas grand chose à dire encore, c’est trop frais. On travaille mais il n’y a pas de choses évidentes. Ce n’est pas quelque chose que l’on attendait.

Vous n’avez pas peur que le public qui vous suit sur internet ne se déplace pas au cinéma ?

Cela dépendra du projet qu’on fait. Mais c’est vrai qu’on a remarqué que dès qu’il s’agit de sortir un peu d’argent, par exemple pour une place de cinéma, c’est plus compliqué. C’est sûr qu’on ne fera pas plus de 50 % du public de notre communauté, et encore ce serait énorme.

Vous avez envie de développer un projet autre que Les Kassos ?

Oui mais ça veut dire qu’on repart de zéro. Déjà que c’est compliqué de faire un court métrage tout court, alors de zéro… Mais la série c’est cool quand même. Cela permet d’installer les choses. J’aime bien ce format-là et on commence à comprendre comment il marche, donc on ne va pas se précipiter tout de suite sur le long métrage.

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