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Joyeux anniversaire Ronquières

Déjà cinq ans ! Cinq ans que la campagne profonde du Brabant Wallon vibre au rythme de la scène pop rock. Cinq ans que le Ronquières Festival n’en finit pas d’attirer un public toujours plus enthousiaste. Cinq ans, enfin, que nous adorons nous y rendre pour profiter pleinement des joies de la musique belge dans un cadre hors du commun sans jamais bouder notre plaisir.

 

C’est un premier cap à passer. L’anniversaire du festival belge montant a été fêté en grandes pompes. Comme d’habitude, la programmation a été pensée pour que tous les publics y trouvent leur compte. Pari réussi donc, puisque ce festival a été l’un des seuls de la saison à afficher sold out pour ses deux jours.

Outre une Zazie diva et condescendante avec la presse et une Alice on the Roof toujours plus effacée derrière le personnage de bimbo qu’on tente de lui faire adopter, les concerts ont été de grande qualité.

Dans la catégorie « petit groupe qui débute », il est important de féliciter Ulysse pour les quarante minutes d’hypnose offertes au public. La foule déjà massive au premier concert du weekend n’a pas été déçue par l’envoutante cloud pop proposée sur scène. Même si aucun instrument classique n’est présent sur scène (guitare électrique, synthétiseur et pads suffisent à l’instru, cela n’enlève rien aux capacités d’Ulysse.

A la même heure le lendemain se produisait le groupe bruxellois Fugitives dont le rock assumé a rameuté moins de monde, certes, mais quelle claque. Déjà très bien organisé, le groupe peut dignement marcher sur les traces de Vismets ou Ghinzu et écrire l’histoire du rock bruxellois à leur côté.

Enfin, toujours dans les collectifs moins connus mais pas moins talentueux, il nous reste à faire l’éloge de Beautiful Badness. La musique symphonique, polyphonique, harmonique et harmonieuse de ce groupe à mi-chemin entre la folk et la pop orchestrale a éveillé nos sens. Il y avait longtemps qu’un tel talent de composition n’avait pas été présenté en festival. C’est un pari risqué de faire grimper sur scène un groupe aussi apaisant et puissant à la fois. D’ailleurs la foule a mis du temps à être réceptive. Mais le jeu en valait la chandelle. Beautiful Badness nous a ravi. D’aussi belles instrus accompagnées de si jolies prouesses vocales, ça ne s’entend pas tous les jours.

En ce qui concerne les grands noms de la chansons, Ronquières a pu vibrer au son de l’éternel rock de Sharko. Ce groupe belge célèbre depuis vingt ans a récemment décidé de se reformer. On ne sait pas si la motivation à remonter sur scène est artistique ou financière. Ce qui est certain, c’est que le public n’a pas perdu une miette de ce retour tonitruent. L’énergie débordante des artistes, couplée à l’effervescence des fans venus revivre leurs souvenirs d’il y a vingt ans, a donné un cocktail détonnant qui a illuminé la scène.

Et puis il y a Puggy, l’apogée de ces deux jours de folie musicale. Avec leur nouvel album Colours, les trois copains qui se revendiquent belges ont enflammé le plan incliné. Il y avait tout, de l’énergie, de la joie et des flammes, aussi bien dans les yeux des artistes que dans le cœur de la foule. On ne sait quoi dire de plus sur cet excellent groupe, tant les ovations affluent depuis le début de leur carrière. On peut simplement les remercier, de nous apporter bonheur et bonne humeur à chacune de leurs prestations.

La jolie découverte du samedi était sans aucun doute l’élégant Mustii. Cet hybride, à mi-chemin entre le punch d’un homme et la grâce d’une fleur était tout simplement envoutant. Ses chansons annoncées sombres se sont révélées être d’une beauté sans pareille. Ses ambiances calmes et hypnotisantes accompagnées par ses pas de danse venus d’ailleurs ont convaincu le public qu’il était la révélation des festivals de cet été.

Tout aussi charismatique, Broken Back a fait soufflé un vent de renouveau sur le site. Avec la légèreté qui le caractérise, le jeune guitariste nous a emmené dans son monde à lui, plein de folk et de voix éraillées. Son timbre est inimitable, un peu comme celui de Janis Joplin ou The Tallest Man On Earth, version française. Et son sourire ravageur a fini d’achever ses auditeurs.

La guitare était la meilleure amie de Broken Back mais également de Milky Chance. Les deux jeunes hommes nous ont transporté dans leur univers. Ils nous ont prouvé que leurs capacités ne se limitaient pas à leur tube Stolen Dance et que le champ des possibles était immense. Ils ont joué dans une ambiance reposante, ils nous ont invité à la détente et nous ont promis de beaux jours à venir pour leur duo made in Germany.

Il nous reste à commenter la prestation du dernier représentant de la gente masculine pour la journée du samedi. AaRON, célèbre duo français interprète de l’ultra tube Lily nous a tout simplement bluffé. L’esthétique scénique réfléchie a joué pour beaucoup dans l’installation de l’ambiance. Une sorte de bulle de plénitude au milieu de cette ambiance de folie. La recette est simple et efficace : un éclairage sombre, un jeu d’ombre sur le visage de Simon Buret et beaucoup beaucoup de fumée pour transformer la scène en nuage. Le pari était totalement réussi. Ce dispositif couplé aux balades mélancoliques si chères au groupe ont donné un cocktail d’émotion détonnant.

Ronquières a aussi fait la part belle aux jeunes chanteuses de tous horizons, A commencer par Jain, ce petit bout de femme frêle en apparence mais débordante d’une énergie atomique sans précèdent a captivé l’assemblée. La foule était immense. Non pas parce que les fans étaient au rendez-vous, mais parce qu’il était tout simplement impossible de résister à l’appel de la danse. Les rythmes endiablés que la jeune femme nous propose étaient irrésistibles. A l’aide de ses pads et de son clavier, elle a, seule, fait bouger des milliers de personnes comme elle le voulait. Son style pop inimitable teinté de RnB lui promet un bel avenir dans la musique.

Autre femme, autre style, autre ambiance. Giedré et sa folie ont laissé Ronquières sur le cul, il n’y a pas d’autres mots. D’abord circonspect face à ce personnage haut en couleur, le public a compris qu’il fallait passer en mode second degré quand la chanteuse leur a demandé de mimer un anus avec leurs mains, le cœur étant trop commun. Ses titres vulgaires mais incroyablement drôles font toujours autant d’effet. Elle est un vrai rayon de soleil et et un vent de fraicheur pour tous les festivaliers qui se prennent trop au sérieux.

Certaines prestations commencent à devenir habituelles tant on les voit dans chaque festival de francophonie. Hyphen Hyphen, Lily Wood & The Prick et Naaman en sont un bon exemple. La prestation est rodée, le public est arimé des les premieres notes entamées, mais tout a déjà été dit sur eux, on peut seulement les feliciter de garder cette constance d’excellence dans leurs concerts.

Enfin, on déplorera l’absence de The Kooks, tête d’affiche du festival. Le batteur étant blessé, le groupe a été remplacé à la hâte par Balthazar. Bien sûr le groupe belge a livré une prestation sublime, mais beaucoup de festivaliers ont été déçus que les stars britanniques n’aient pas pu faire le déplacement.

En bref, on peut dire que cette cinquième édition du Ronquières Festival était excellente. Plus éclectique que l’édition 2015, mieux organisées, toujours plus conviviale, on ne souhaite que du bonheur a un festival qui réussit le pari de faire danser les gens à l’heure où l’ambiance nationale est plutôt maussade.

Auteur·rice

Directrice de la communication, tout droit venue de Belgique pour vous servir. Passionnée de lecture, d'écriture, de photographie et de musique classique.

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