CINÉMA

Trollhunters et Vaiana la légende du bout du monde présentés en exclusivité au Festival d’Annecy

Cette édition 2016 du Festival International du Film d’Animation d’Annecy a été marquée par deux événements majeurs, à savoir la présentation en exclusivité mondiale de deux nouveaux projets. D’un côté Trollhunters, la série animée de Guillermo Del Toro produite par DreamWorks pour Netflix, et de l’autre le Disney de Noël prochain, Vaiana la légende du bout de monde. Après avoir survécu à des files d’attentes interminables pour accéder à la salle, nous vous disons tout ce que nous avons appris.

« Faites un film pour lequel vous êtes prêt à mourir »

Trollhunters n’est pas une première dans le domaine de l’animation pour Guillermo Del Toro. Il a déjà offert ses services de consultant et de producteur pour certains des derniers films DreamWorks. À ce propos il a avoué avoir refait l’ouverture et la conclusion de Megamind et il serait à l’origine des morts parentales de Kung Fu Panda 2 et Dragons 2.
Il l’affirme fièrement, l’animation n’est pas un genre mais un médium, et est encore moins réservée aux enfants.

Son intérêt pour ce domaine est à trouver du côté du contrôle artistique. Selon lui l’animation représente la main mise ultime du réalisateur sur un film. Un film live représente tellement de batailles pour achever ses idées que cela revient à « attraper des papillons avec un filet ». Plus que les diriger, il est lui-même l’acteur en contrôlant le moindre mouvement de ses personnages.

Guillermo del Toro interrogé par Peter Debruge de Variety à Annecy - Copyright Nicolas Renaud

Guillermo del Toro interrogé par Peter Debruge de Variety à Annecy – Copyright Nicolas Renaud

Trollhunters devait être à l’origine une trilogie d’animation. Mais avant la sortie du troisième opus le boss du studio, Jeffrey Katzenberg « avait peur d’être trop vieux » et Del Toro, « trop gros ». C’est donc sous la forme d’une série animée pour Netflix que le projet voit le jour. Pour sa conception le Mexicain a pris soin de créer une bulle de créativité pour tous les artistes afin de leur donner une totale liberté, et éviter les interférences à la fois de DreamWorks et de Netflix. Il le définit lui-même comme un objet ambitieux, sombre et adulte dans la veine de l’esprit des productions Amblin des années 80.

A la vision des premiers extraits qui nous ont été projetés il semblerait que la promesse soit tenue. Quelques minutes suffisent pour constater l’écriture solide du héros (qui découvre un univers souterrain de Trolls) favorisant notre attachement. Visuellement Guillermo Del Toro a l’air de s’être donné à cœur joie avec sa caméra numérique. La mise en scène est à la fois ample et d’une grande fluidité, notamment dans un combat à mort contre un Troll au sein d’une arène. Et comme à son habitude, les designs des nombreuses créatures (et armures) sont soignés, inspirés et leurs aspects comic book assumés. Il est conforme à sa philosophie : « être toujours plus ambitieux que le budget donné, même si cela est un cauchemar pour le producteur ». Enfin, Ron Perlman, grand habitué de sa filmographie, prêtera sa voix aux côtés de Kelsey Grammer et du regretté Anton Yelchin, décédé récemment.

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Trollhunters – Netflix DreamWorks 2016

On attend donc avec impatience de découvrir la série dans son intégralité. Et souvenons-nous du conseil del Master : « Ne faites pas des films dont vous avez besoin, mais faites les films qui ont besoin de vous ».

« Quand Fury Road rencontre Disney »

Le duo John Musker et Ron Clements reprend du service après avoir participé à la popularité moderne du studio Disney avec La Petite Sirène, Aladdin, Hercule, La Planète au trésor et dernièrement La Princesse et la grenouille. Cette fois l’héroïne, Vaiana (qui veut dire océan) nous embarque au milieu du Pacifique, à Hawaï, pour une histoire mêlant destin d’un peuple, divinités, et navigation. A travers ce voyage initiatique elle va devoir retrouver son héritage, qui elle est, ou autrement dit, selon l’expression, connaître sa montagne.

Le film a été fabriqué dans l’esprit culturel du Pacifique. Pendant la phase de pré production les réalisateurs et une équipe réduite, sont allés pendant plusieurs semaines à Hawaï et aux Iles Fidji pour prendre des photos, et surtout pour s’imprégner de la culture et des croyances. On peut aussi citer Opetaia Foa’i, un Polynésien, qui a aidé à la composition des chants.

John Musker et Ron Clements au Festival d'Annecy - Copyright Nicolas Renaud

John Musker et Ron Clements au Festival d’Annecy – Copyright Nicolas Renaud

Difficile d’avoir un avis tranché après la vision des extraits qui enchaînaient plan finalisé, une planche de storyboard, puis une animation grossière. Néanmoins plusieurs choses nous ont frappés. Tout d’abord cela fait plaisir de voir Disney laisser de côté le post modernisme de ses dernières productions, pour un imaginaire débridé à travers des monstres géants, un monde sous l’océan et un respect des croyances fantastiques. La mise en scène respire en distillant des tableaux amples qui jouent avec les différentes échelles. On retiendra une scène d’action sur un navire détenu par des noix de coco et inspirée par le dernier Mad Max. Cependant on peut regretter les personnages secondaires, dont un Maori doublé par Dwayne Johnson, un cochon et un coq qui ont l’air de se disputer la médaille de la bêtise. Sans compter une blague déplacée sur Twitter.

Mais ces quelques scènes non finalisées ont suffit à nous faire prendre conscience du véritable tour de force du film : l’animation de l’océan. Cela fait déjà de nombreuses années que les animateurs ont modélisé les ondulations de l’eau, mais jamais avec autant de justesse. Les vagues, les remous, les éclaboussures, la lumière, les couleurs : tout sonne spectaculairement tangible. L’Océan justement semble être un personnage à part entière, ce qui est confirmé par une scène de premier contact avec Vaiana enfant. Une minute environ, sans dialogue, pendant laquelle l’eau s’écarte au fur et à mesure que la petite fille avance. Une scène, à la beauté sidérante, où la magie opérée rappelle le Ponyo sur la falaise de Hayao Miyazaki. La suite le 30 novembre prochain.

Copyright The Walt Disney Company France

Copyright The Walt Disney Company France

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