SOCIÉTÉ

Et si l’UEFA, ce n’était pas que du foot ?

À moins que vous ne soyez coupé du monde depuis environ un mois, vous avez forcément entendu parler du championnat de l’UEFA (ou Euro), de telle ou telle équipe, et des quelques scores et surprises qui sont sortis. Si ce n’est pas le cas, je vous propose de me contacter pour une interview exclusive, votre expérience et votre mode de vie nous intéressent. (Nous nous égarons).

Les années passées

Le Championnat d’Europe de Football existe depuis 1958 (première finale en 1960). Il a donc vu passer bien des époques et des pays différents. Par exemple, ont pu concourir l’URSS, la RFA et la Yougoslavie. Nous n’allons pas remonter jusqu’à ces époques dans notre analyse. En revanche, regarder les tendances des derniers tournois peut nous donner une idée des pays les plus en vue d’une manière générale.

Avant de nous intéresser aux cinq derniers tournois, regardons simplement les équipes ayant le plus de fois remporté la victoire. Ce sont l’Allemagne et l’Espagne qui sont en tête avec chacune trois coupes. On retrouve ensuite la France avec deux coupes. Ces trois pays sont donc les seuls à avoir remporté plus d’une fois la Coupe Delaunay (du nom de l’un des fondateurs de l’UEFA et premier secrétaire général de celle-ci).

Maintenant que nous connaissons les trois plus grandes stars de ce tournoi, intéressons-nous aux résultats depuis 1996 à compter des quarts de finale.

Participation des 6 pays les plus présents en phase finale entre 1996 et 2012 (5 tournois) :

Pays Allemagne Espagne Angleterre Italie France Portugal
Quart de finale 3 4 3 3 4 5
Demie finale 3 2 1 1 2 3

Les résultats impressionnants et persistants de ces six équipes laissent donc supposer qu’elles ont de très grandes chances d’atteindre les quarts de finale voire mieux au cours de la compétition de 2016.

Cette année

Pourtant, cette année, nous ne retrouvons que quatre de ces grandes équipes à partir des quarts de finale. A noter, l’absence de l’Espagne qui fait pourtant partie des grandes stars du championnat. Les autres pays participant à ce stade de la compétition sont :

  • la Pologne, qui ne s’est qualifiée que deux fois et atteint cette année pour la première fois les phases finales. Elle est éliminée face au Portugal aux tirs au but en quart de finale.
  • le Pays de Galles, qualifié pour la première fois en phase finale après plus de 50 ans d’absence des plus grands tournois. Il est éliminé 2-0 face au Portugal en demie finale.
  • la Belgique, finaliste en 1980. Elle n’avait depuis pas brillé malgré un retour prometteur en 2014 en phases de qualification pour la Coupe du Monde. Cela faisait 30 ans qu’elle n’était pas qualifiée pour le Championnat d’Europe. Elle est éliminée 3-1 face au Pays de Galles en quart de finale.
  • l’Islande, qualifiée pour la première fois au Championnat d’Europe. Elle est une équipe à l’ascension si rapide qu’on ne l’attendait pas si tôt dans ces phases de jeu. Elle est éliminée 5-2 face à la France en quart de finale.

Que peut-on en tirer ?

On pourrait s’arrêter là et dire qu’on voit ici l’émergence d’équipes avec beaucoup de talents. Mais ce serait un peu facile que de penser que la réussite d’une équipe n’a pour seul facteur que les joueurs plus ou moins doués qu’elle comporte. Bien sûr, cela a un poids non négligeable, mais ce n’est pas tout.

Pour qu’une équipe atteigne un tel niveau aujourd’hui, elle a aussi besoin de reconnaissance économique de la part du pays dont elle vient. Cette reconnaissance économique (les subventions, installations …) ne vient jamais seule. Elle témoigne d’une dynamique culturelle et d’un soft power forts. Monter, entraîner et entretenir l’équipe et les installations nécessaires à son bon fonctionnement sont onéreux. Le pays d’une telle équipe est donc soit en excellente position au niveau de ses dépenses et peut donner beaucoup de surplus aux domaines de la culture et du sport, soit que le pays est dans une démarche de promotion de ces domaines.

Ainsi, l’absence des phases finales de l’Angleterre et de l’Espagne peut être interprétée comme des signes de la situation politique et/ou économique tourmentée des deux pays. L’un fait face aux tensions internes et voit se profiler un éventuel effondrement de l’union. L’autre voit sa politique vivement remise en question et la nette émergence d’un nouveau parti dominant.

L’arrivée de la Pologne, de la Belgique et du Pays de Galles dans le haut du classement sont sans nul doute des signes de l’affirmation de leur position à l’international et de leurs politiques culturelles. La Pologne et les pays de la Baltique sont en effet en expansion économique et culturelle. Ils deviennent non plus des réserves de main d’oeuvre mais sortent de l’ombre de l’Allemagne et de la Russie pour investir dans les sciences et créer des pôles importants de niveau international. La Belgique peut elle aussi en profiter pour réaffirmer sa place dans l’Europe. Elle sort ainsi un peu des rivalités entre wallons et flamands. Le Pays de Galles quant à lui montre ainsi qu’il n’est pas seulement le petit frère de l’Angleterre mais bien une grande nation à part entière.

L’Islande, encore plus révélatrice

Le cas de l’Islande n’est pas anodin. Le pays qui a sombré avec la crise économique est aujourd’hui un bel exemple de prise de contrôle pacifique du pouvoir par le peuple. Alors que sa situation économique laissait peu d’espoirs quant à l’avenir, l’Islande a en effet su se relever et apprendre des affres du modèle capitaliste. Le peuple Islandais a pris un droit de regard et de contestation vis à vis de ses gouvernants et n’hésite plus à l’utiliser. La finance n’est plus dans les petits papiers de la politique, certains banquiers ayant même encouru des peines de prison.

Enfin, la culture islandaise rayonne de plus en plus au niveau mondial. D’une part avec les nombreux artistes venus de l’île qui ont gagné et gagnent encore une renommée internationale, les grands festivals qui s’y installent. D’autre part avec le sport, notamment la performance de l’équipe féminine islandaise, quart de finaliste au Championnat d’Europe de football féminin en 2013, et la performance de l’équipe masculine au championnat de cette année.

Ainsi, les compétitions sportives, même si elles ne nous intéressent pas pour le sport, restent importantes culturellement et politiquement tant elles sont révélatrices dans une certaine mesure de l’état du monde et du rayonnement des pays à l’international.

Sources :
http://fr.uefa.com/uefaeuro/season=2016/teams/index.html
http://fr.uefa.com/uefaeuro/history/index.html
http://www.les-sports.info/football-islande-femmes-resultats-identite-equ3611.html

Auteur·rice

Je suis un ingénieur créatif, étudiant en curiosité, vadrouilleur de l'Internet amateur de culture.

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